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Full text of "Les guerres de religion et les troubles de la fronde en Bourbonnais"

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PROFESSORJ. S.WILL 





ASSISES SCIENTIFIQUES DU BOURBONNAIS 1866 



LES 



GUERRES DE RELIGION 



ET LKS 



TROUBLES DE Là FRONDE 

EN BOURBONNAIS 



PAR 



>l. Ernest BOUCHARD, avocat 



Membre de l'Institut des Provinces, de la Société française d'Archéologie 
des Sociétés d'Agriculture et d'Émulation de l'Ailler, etc. 




MOULINS 



IMPRIMERIE DE C. DESROSIERS 




Digitized by the Internet Archive 
in 2013 



http://archive.org/details/lesguerresdereliOObouc 



La rencontre des deux armées Françoises a Conjjnac près Gannal en Anverône le 6 Janvier 1508. 



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de Mamans de 11 enseignes. 
» . Cavallene de Monsieur de Amenât <£ 1 

Messe 8 en mourut 
t. Cavallene deMonsieur de SresiewrA ledit deBresieuziue 



D. Enfans perdus du Régiment deMonsieur de Mouvait: 
i. . Cavallene de Monsieur de Eaulefueille & leàt Haute - 

fueille mort sut laplace 
F. Infanterie fuyans tant des compagnies dJwergneJo- 

resl que d'ailleurs 
(j. Cavallene du Visconie Bormquel 



H . Regimens de Foix 
I . le village nommé Cognac. 
R . leChasteau de Monsieur de Saulefuulk - 

L. Plusieurs soldais sautent une hâve pour ha: 
M. Infans perdus ,"• 1 / ■ - ..' ■•■■■":•/ '1er conduits va:.? 
CapiUme delà Besoniére qui 6 



ASSISES SCIENTIFIQUES OU BOURBONNAIS 1866. 



LES 



GUERRES DE RELIGION 



ET LES 



TROUBLES DE LA FRONDE 



EN BOURBONNAIS 



JM. Ernest BOUCHARD, avocat 

Membre de l'Institut de» Provinces, de la Société française d'Archéolog i< 
de» Sociétés d'Agriculture et d'Émulation de l'Allier, etc. 




MOULINS 

IMPRIMERIE DE C. DESROSIERS 



MDCCCLXVII 



s*. 




79362S 



A M. EMILE DESCHAMPS 



Cher Monsieur et illustre Maître, 



Laccueil bienveillant et sympathique, que vous 
avez bien voulu l'aire à mes premières Etudes histo- 
riques et littéraires sur le Bourbonnais, me fait un 
devoir de vous prier d'en accepter la dédicace. 

Sans attacher plus d'importance qu'il ne faut à 
ces quelques publications, je serais heureux, cher et 
illustre Maître, si elles pouvaient se présenter, dans 
le monde littéraire, revêtues de l'approbation et du 
patronage d'un des derniers survivants de la pléiade 
romantique, du chantre inspiré de Roméo et de Juliette, 
de l'auteur de tant de publications poétiques, histo- 
riques, littéraires et morales qui ont rendu votre 
nom si populaire, si sympathique et si respecté. 



Je ne veux pas oublier que c'est à notre excel- 
lent et digne ami, Monsieur Auguste Guyard, l'infa- 
tigable propagateur de l'idée de la Commune modèle, 
que je dois votre noble et généreuse amitié; qu'il 
en reçoive encore ici tous mes remerciments. 

Recevez, cher Monsieur et illustre Maître, la nou- 
velle expression bien sincère des sentiments les plus 
sympathiques et les plus respectueux de l'un de vos 
plus fervents admirateurs, 



Ernest BOUCHARD. 



Moulins, décembre 1867. 



- 3 - 

Outre le patronage d'un de* écrivains les plus distingués 
de notre littérature, ce travail, sur les guerres de religion 
et les troubles de la Fronde en Bourbonnais, a reçu en 
outre l'approbation et les encouragements de quelques-uns 
des hommes les plus compétents en semblable matière. 
Qu'il nous soit permis de reproduire ici quelques-uns de 
ces précieux témoignages. 



Monsieur, 

J'ai reçu, avec la lettre que vous m'avez fait l'honneur de 
m'écrire, l'intéressant fragment d'histoire locale que vous avez bien 
voulu m'adresser. Je le lis avec un grand plaisir. 11 me semble que 
les recherches sont exactes, les appréciations judicieuses, et les 
faits présentés d'une manière claire et animée. C'est par des tra- 
vaux de ce genre que se recompose et se complète l'histoire de 
France. 

Veuillez agréer, etc. 

ciiarles DE RÉMUSAT. 



Monsieur, 

M Philarcte Chasles me charge de vous adresser ses remercî- 
ments. Il lit votre ouvrage avec attention, et il n'hésite pas un seul 
instant à vous envoyer son approbation et ses encouragements. Il 
pense que si tout le monde comme vous reconstruisait ainsi l'his- 
toire locale, l'histoire générale delà France serait bientôt définitive. 

Agréez, etc. 

lucien RIGA DE, secrétaire 



Monsieur, 

Veuillez recevoir tous mes remercîments de l'envoi que rous 
avez bien voulu me faire de votre étude sur les guerres de religion 
et les troubles de la Fronde en Bourbonnais. C'est avec ces utiles 
et consciencieux travaux d'histoiie locale qu'on arrivera enfin à 



- '1- — 

compléter Thisloire générale de notre pays, (.eux qui. comme moi. 
s'occupent d'histoire générale, voient, avec une bien vive satis- 
faction, s'accroître constamment dans les départements, le mou- 
vement tant historique qu'archéologique -, votre ouvrage en est 
une nouvelle preuve. 
Agréez, etc. 

henri MARTIN. 



Monsieur, 

Comment vous remercier de votre précieux envoi ? Comment 
surtout ne pas vous en remercier mille fois du fond de mon cœur ? 

C'est beaucoup à notre ami M. Auguste Guyard que je dois cette 
grâce, et je l'en aimerais davantage si l'impossible était possible. 

J'ai lu avec autant de profit que d'intérêt votre excellent travail 
sur les guerres de religion et les troubles de la Fronde en Bour- 
bonnais. Bien des détails m'étaient inconnus et c'a été pour moi 
une bien bonne manière de les connaître que de les lire dans une 
œuvre où l'agrément et la pureté du style luttent, à toute page, avec 
les mérites de l'érudition et de la philosophie 

Au reste, Monsieur, j'ai été ravi et non surpris. Les publications 
si variées de tons et de sujets que vous doivent les sciences et la 
littérature, depuis un certain temps, étaient de sûrs garants du 
succès mérité de votre nouveau livre. 

Merci et bravo ! Monsieur. Et croyez à la reconnaissance comme 
à la vive sympathie de votre bien dévoué confrère. 

ém le DESCHAMPS. 



Nous croyons devoir terminer ces citations par le billet 
suivant : 

M. Michelet trouve, en rentrant à Paris, le très-curieux et très- 
important ouvrage de Monsieur Bou< hard. 11 Tétudiera sérieuse- 
ment. 

Il le prie de recevoir ses remercîments et ses très-cordiales 
salutations. 



LES 



GUERRES DE RELIGION 



EN BOURBONNAIS 



Au nombre des faits les plus importants enregistrés par 
l'histoire, se trouve sans contredit le grand mouvement in- 
tellectuel, moral et religieux du xvi e siècle. Depuis long- 
temps préparée par les nombreuses hérésies qui peu à peu 
s'étaient développées au sein du christianisme, et par ce ré- 
veil des esprits appelé la Renaissance, la chrétienté devait 
s'ébranler et se partager à la voix de Luther, consommant 
ainsi l'œuvre du temps. Qu'on interroge les plus vastes ci- 
tés, les bourgades les plus obscures, presque toujours, soit 
dans notre France, soit ailleurs, la Réforme, puisqu'il faut 
l'appeler par son nom, a laissé des traces et des traces inef- 
façables. Et cependant, combien de faits encore inconnus, 
négligés ou oubliés? Si notre province, située au centre de 
la France et éloignée par conséquent du théâtre des grands 
événements de cette époque si troublée et si malheureuse, 



n'eut pas tant à souffrir que beaucoup d'autres, elle eut 
cependant sa part de calamités et de misères, comme les 
faits qui vont suivre ne le démontrent que trop. Aucun ré- 
cit détaillé et suivi n'ayant encore été fait sur cette partie 
de notre histoire locale, c'est pour combler cette lacune que 
nous venons essayer de traiter cette question du program- 
me des Assises Scientifiques : « Quel retentissement ont eu 
dans la province bourbonnaise les guerres de religion ? » 

Qui ne sait que les conciles de Pise (1409), de Constance 
(1415) et de Bàle (1431-1443;, appelés incidemment à por- 
ter remède aux désordres qui de plus en plus envahissaient 
les choses religieuses, avaient reculé devant une tâche aussi 
difficile ? Depuis longtemps donc, les esprits les plus élevés 
et les plus religieux avaient senti le besoin de régénérer 
l'Eglise, sans toutefois se séparer d'elle. En France, nous 
nous contenterons de citer Jean Gerson, le docteur très- 
chrétien ; l'évèque de Meaux, Guillaume Briçonnet ; le véné- 
rable Le Fèvre d'Etaples et son élève Farel. 

Tel était l'état des choses et des esprits quand, dans les 
premières années du xvf siècle et à propos d'une querelle 
suscitée par le trafic des indulgences entre deux ordres 
monastiques, Luther proclama la nouvelle doctrine qu'on 
peut ainsi caractériser : liberté d'examen, liberté de con- 
science, liberté de culte. De l'Allemagne, la Réforme péné- 
tra rapidement en Suède, en Danemark, en Suisse, en 
France et en Angleterre. Une résistance énergique, qu'on 
comprend assez, fut organisée par l'Eglise et par le pou- 
voir pour arrêter ces nouveautés dangereuses, comme on 
disait alors, et que rien ne devait cependant arrêter, ni les 
foudres du Vatican, ni les guerres et les tueries organisées 
depuis le massacre de Vassy, en 1562, jusqu'à Tédit de 
Nantes, en 1598, sans parler de tout ce qui devait suivre. 
C'est pendant ces trente-six années de deuil, de calamités 
et de misères que se déroulent toutes les péripéties et les 
drames de nos huit guerres religieuses : Prise de la ville de 



Rouen, batailles de Dreux, de Saint-Denis, de Jarnac, de 
Montcontour, de Dormans et de Coutras. C'est aussi pen- 
dant ce même laps de temps qu'ont été faits, entre autres, 
les traités de paix d'Amboise, de Longjumeau, de St-Ger- 
main et de Loches, et qui tous plus ou moins peuvent être 
désignés sous le nom de paix boiteuses et mal-assises, 
comme le langage du temps avait, du reste, nommé l'un 
d'eux. Enfin, au-dessus de ces batailles et de ces traités, 
brille d'une lueur sinistre l'exécrable journée du 24 août 
1572. 

IL 

Le premier fait historique connu en Bourbonnais au su- 
jet des guerres de religion, est daté de l'année 1561, l'année 
même du colloque de Poissy assemblé pour procéder, 
comme disait le chancelier L'Hjpital, à la réforme des 
mœurs et de la doctrine. C'était aux portes de Moulins, du 
château du Riau, entouré de fossés et muni d'un donjon 
avec pont devis flanqué de deux tours en briques, que de- 
vait partir chez nous le signal de la guerre contre les Pro- 
testants. Il est en effet question à cette époque d'une petite 
expédition que firent alors, en Nivernais, « sans autre mo- 
tif que les dissidences religieuses (1), » les gens du ba r onde 
Riau, sur les terres de Nicolas de Bèze, frère de Théodore 
de Bèze, l'un des plus illustres représentants du protestan- 
tisme français. Cette première campagne des catholiques 
du Bourbonnais contre les protestants fut heureuse, puis- 
qu'ils firent prisonniers toutes les personnes qu'ils trouvè- 
rent sur les lieux (2). 



(î) La Loire historique, etc.. par Toncbard —La Fosse, t. h, 
l ,e partie, p. 233. 
(2) Ancien Bourbonnais, lorneu, page 216 du Voya je pittoresque. 
Pour compléter ce qui a trait aux premiers faits relatifs au pro- 



— 4 



III. 



Malgré toutes les précautions prises pour refouler la 
nouvelle doctrine loin du berceau des Bourbons, et nous 
venons de voir un des procédés employés en pareille cir- 
constance, il est hors de doute qu'avant l'année 1562 Mou- 
lins, pour ne parler que du chef-lieu de la province, comp- 
tait un certain nombre de personnes ayant embrassé la 
Réforme, puisqu'en cette même année 1562 « le sieur de 
Montaret fut envoyé en cette ville, avec charge de persécuter 
les religionnaires (1). » D'où étaient venus ces partisans des 
nouvelles doctrines? Qui avait pu, au centre du royaume 
de France, introduire la religion de Luther et de Calvin? 
Etait-ce quelque habitant du pays, voyageant pour ses af- 
faires, ses intérêts ou ses plaisirs et revenant de quelques 
villes qui avaient embrassé la Réforme? Etait-ce plutôt 
quelque ministre envoyé de Bourges ou d'Orléans, centres 
qui possédaient depuis quelques années (environ vers 1555) 
des églises complètes, c'est-à-dire un Consistoire, des mi- 



teslantisme dans le pays, nous devons ajouter qu'on lit. à la page 
46idu second volume de Y Ancienne Auvergne, que « l'édit de 
1651, œuvre du chancelier de THospital, avait concédé aux protes- 
tants l'exercice public de leur culte dans les faubourgs d'un cer- 
tain nombre de villes, dont trois furent désignées en Auvergne : 
c'étaient lssoire, St-Pourcain et Aurillac. » Et à la page 463 du 
même volunoc qu'on remarque « que les principaux foyers de la 
réforme, en Auvergne, claient des villes possédées féodalement 
par des abbayes ou des chapitres réguliers : lssoire Brioude, Au- 
rillac, Saint-Pourçain. » 

(1) Dulaurc, description des principaux lieux de France, tome vi, 
page 57. 



nistres, une autorité stable, une discipline reconnue? (1) 
L'hérésie venait-elle au contraire du Nivernais où la ré- 
forme devait avoir fait quelque progrès, puisqu'en 1559, 
l'évêque de Nevers, Jacques Spifamo, quittait son évêché 
pour se rendre à Genève ? (i) L'histoire étant muette sur ce 
point, nous en sommes réduits à de simples conjectures. 
A ce premier point d'interrogation s'en joint tout natu- 
rellement un second. On se demande, en effet, comment la 
réforme ne fit pas plus de progrès dans notre pays, quand 
on lit dans l'Ancien Bourbonnais, soit les faits, soit les lut- 
tes incroyables du clergé de Moulins pendant les xv e , xvi e 



(li G. de Félicc, Histoire des Protestants de France, p. SI. 

(2) Henri Martin, Histoire de France, t. vin, p. 500. 

Après son départ, le 16 juin, le Parlement donnait un arrêt de 
prise de corps contre l'évoque. 

L'hérésie serait-elle venue, au contraire, du Dauphinc, car nous 
lisons à la page 671 de Y Inventaire général de l'Histoire de Fiance, 
par Jean de Serres, que quand le sieur de Montaret vint à Mou- 
lins, « il rit pendre six hommes, noyer cinq autres revenus d'Or- 
léans., avec trois marchands dauphinois ; » ce qui prouverait qu'il 
y avait alors des rapports entre ces divers pays. 

En ce qui regarde Nevers, voici ce que nous lisons à la page 6"0 
du même ouvrage de de Serres : « L'unziesme de may 1562, les 
catholiques de Nevers appelleront plusieurs gentilshommes du pays, 
se saisirent des portes, et trois jours après se ruèrent sur les Pro- 
testants. La Fayete y survint, fourragea leurs maisons, fit rebaptiser 
les enfants, réitérer les mariages, chassa ceux qu'il voulut, puis, 
gorgé d'un butin d'environ cinquante mil escus, se retira chez luy 
en Auvergne. Noisat, mareschal de la compagnie de La Fayete. fit 
pareil traitement à ceux de Corbigny. Le capitaine Balanay surprit 
la ville peu de jours après, et restablit les protestants en l'exer- 
cice public de leur religion. » — Voir aussi ce qui a trait à la 
Charité. 



- 6 - 

et xvn e siècles (1). Laissant de côté toute cette histoire, con- 
tentons-nous pour caractériser la situation délaisser la pa- 
role à Nicolaï, géographe du roi et seigneur d'Arfeuilles, 
en 1572. Voici donc ce que nous trouvons aux pages 11 et 
12 du manuscrit de la Description générale du pays et duché 
de Bourbonnais (2), conservé à la Bibliothèque publique de 
la ville, détails que le copiste du manuscrit possédé par la 
Société d'Emulation de l'Allier, avait cru devoir supprimer, 
tout en indiquant naïvement en marge : « Ici il manque 
quelque chose... » 

« 11 y a plusieurs prieurés, commanderies, hôpitaux et 
maladreries, outre un grand nombre de cures et sept égli- 
ses collégiales, le tout bien fondé et de bons revenus, mais 
très-mal servy, car au lieu d'y avoir de bons pasteurs, 
pleins de bonnes mœurs et de sainteté de vie et bien ins- 
truits aux sainctes lettres pour purement prescher les pau- 
vres brebis égarées, l'on ne voit pour la plus grande partie 
pourvoir en l'ordre ecclésiastique que gens indignes de tel 
état, pleins d'ignorance et d'avarice, lesquels n'ayant rien 
moins en recommandation que le culte et service de Dieu 
et la charité des pauvres qui tant leur est recommandée, ne 
font résidence ni Visitation en leurs bénéfices, sinon quand 



(1) Ancien Bourbonnais tome h, p;iges 8î, 83, 8i-, i *3, 178, °207, 
251,381. 

En parlant des luttes et des procès que les curés eurent à sou- 
tenir contre les envahissements des chanoines, pendant plus do 
deux siècles, ï Ancien Bourbonnais va jusqu'à dire, à la page 83, 
qu'il ne croit pas « qu'on trouve rien dans l'histoire d'aucune 
ville d'aussi indécent, que cette rivalité, que n'ont pu détruire ni 
les édits royaux, ni les arrêts de la sénéchaussée, ni les mande- 
ments des évèqucs. • 

(2) Cette description avait été demandée à ISicolaï par la reine 
Elisabeth d'Autriche, qui avait suivi le roi à Moulins, en 1566. 



il est temps*d'en prendre la dépouille , qui est cause que 
tant de beaux temples, monastères, grandes maisons et 
métairies à fauste de réparation tombent en désertion et 
totale ruine. Je ne parlerai des traffics, marchandises, ven- 
tes, achapts, maquignonages qui se font journellement des- 
dits bénéfices, en toute liberté et sans aucune reppréhen- 
sion en mépris de l'honneur de Dieu et de son Eglise, pour 
re que chacun le voit assez et nul ne s'en cache ny chastye. 
Dont ne faut s'émerveiller sy entre la malice des hommes, 
nous voyons croistre et pulluler si grande diversité de sec- 
tes et tant de malheureuses guerres civiles qui est suffisant 
témoignage que ce grand Dieu immortel a déployé ses 
fléaux de vengeance contre nous pour nous châtier en son 
ire pour nos démérites, mais pour cela nul ne se retourne 
à meilleure vie. » 



IV. 



Quoiqu'il en soit, ce qu'il y a de certain, c'est que l'an- 
née même où Charles IX cédait la jouissauce du Bourbon- 
nais à Catherine de Médicis, sa mère, pour faire partie de 
son douaire, c'est-à-dire en 1562, les protestants devaient 
être assez nombreux à Moulins, puisque le duc de Guise, 
le chef du parti catholique, jugea utile et nécessaire, comme 
nous l'avons déjà dit, d'y envoyer pour les réduire, les dis- 
perser e' les anéantir, uq de ses capitaines les plus énergi- 
ques, le sieur de Montaret, « âme vigoureusement trempée 
et fort peu tolérante» (1) qui possédait, près de Souvigny, 
un castel avec double enceinte de remparts, deux ponts- 
levis et dont les appartements aux vastes cheminées étaient 



(1) Ancien Bourbonnais, tome n, page iS du Voyage pittoresque. 



— 8 - 

couvertes de peintures et d'or et rehaussées de devises 
amoureuses et chevaleresques, (i). 



V. 



D'après les documents recueillis par Théodore de Bèze, 
dans son Histoire ecclésiastique des Eglises réformées au 
royaume de France, on peut encore ajouter que, vers la 
« mi-mars \ de cette même année 1562, « ceux de la ville 
de Moulins, qui avaient connaissance de la religion, ayant 
entendu la venue de François Bourgoin, ministre de la pa- 
role de Dieu, et passant seulement parla pour tirer ailleurs, 
le prièrent de leur faire quelques prêches et de dresser 
leur Eglise, ce qu'il leur accorda au moyen du seigneur de 
Foulet, qui reçut l'assemblée en son château, près Mou- 
lins, où il prêcha à trois diverses fois et dressa l'Eglise se- 
lon la discipline des Eglises de France ; » le seigneur de la 
Vauguyon étant alors sénéchal du Bourbonnais. « Quelque 
temps après, à savoir le 6 avril, arriva pour en être minis- 
tre un nommé de Cougnat, lequel ayant achevé de prêcher, 
fut aussitôt constitué prisonnier avec le seigneur de Foulet, 
et furent tous deux menés dans les prisons de Moulins par 



(!) Ancien Bourbonnais, tome n, page 145, du Voyage pittores- 
que. — Voici le portrait du sieur de Montaret, tel qu'il se trouve 
dans la Loire historique : « Ce catholique orthodoxe avait la con- 
science large en fait de propriété ; ses soldats n'avaient pas d'au- 
tres auberges que le domicile des habitants, qu'ils tuaient sans pi- 
tié, pour peu qu'au jugement de ces hôtes sanguinaires les infor- 
tunés ne se montrassent pas assez généreux. Montaret, parodiant 
Louis XI, marchaittoujours accompagné d'un bourreau qu'il ap- 
pelait son compère. •» (tome n, 1 re partie, p. 163). 



- 9 — 

les gens du roi et par le seigneur de Montaret, » s 'arrogeant 
un pouvoir qu'il n'avait pas encore. 

Le savant calviniste Jean de Serres, nommé historiogra- 
phe de France par Henri IV, et frère d'Olivier de Serres, 
considéré à juste titre comme le père de l'agriculture en 
France, nous a conservé dans ses écrits le récit des exploits 
et des cruautés du sieur de Montaret. Aussitôt arrivé à Mou- 
lins, et sans l'orme de procès, il fit pendre deux artisans 
qui avaient changé de religion et qui étaient sans doute 
considérés comme les chefs des protestants du pays. Nous 
regrettons de ne pouvoir enregistrer ici que l'un des noms 
des deux premiers martyrs de la Réforme en Bourbonnais, 
Grand-Jean « pauvre menuisier, excellent ouvrier de son 
métier. » Après avoir frappé ce premier coup, destiné sans 
doute à intimider les Religionnaires, il fit procéder dans le 
pays à une levée de trois mille hommes de troupes; et avec 
elles, il chasse de Moulins toutes les personnes suspectes 
d'hérésie ou qui pouvaient lui porter quelque ombrage. 
Mais là ne devaient pas s'arrêter les exploits de l'envoyé dn 
duc de Guise. Une fois maître de la ville, il s'empressa de 
lâcher la bride à ses soldats ou aventuriers qui saccagèrent 
et pillèrent, dans les campagnes des environs, un grand 
nombre de métairies, tuant et égorgeant plusieurs villa- 
geois. 



VI 



Pendant que le sieur de Montaret, aidé par ses deux lieu- 
tenants Bussette et Monquoquiers, se complaisait à tous 
ces excès, servant ainsi les passions et le fanatisme de 
la populace, Moulins faillit tomber au pouvoir d'une armée 
de huguenots commandée par deux capitaines, l'un du nom 
de PierrePape de Saint-Aubain et l'autre du nom de Saint- 



- 10 — 

Jean, qui, venant du Languedoc, avaient été forcés de tra- 
verser le Bourbonnais pour se rendre à Orléans, « leur mère 
nourrice. » (1). On sait que cette ville de première impor- 
tance, par saposition qui commandait le passage entre le nord 
et le midi de la France, était alors le boulevard du Protes- 
tantisme, puisque Paris était aux mains des catholiques. 
Sollicité par « plusieurs pauvres fugitifs » qui avaient appris 
leur arrivée et qui étaient allés « au devant d'eux jusque 
au port de Digoin, pour leur faire leurs justes plaintes et 
les supplier de leur aider, s'il en avaient le moyen, pour 
délivrer la ville d'une telle tyrannie ; » Saint-Aubain écrivit 
alors à Montaret « du port de Digoin, distant de dix bonnes 
lieues de Moulins, qu'il le voulait aller voir. » Ne tenant 
aucun compte de cette missive et ne se doutant pas que les 
faits suivraient de si près les paroles, cet adversaire achar- 
né des religionnaires faillit être surpris le lendemain, dans 
une promenade qu'il faisait « derrière les murailles du Parc, 
dans les bois, à demi-lieue de la ville , » si un gentilhomme 
nommé Poigue ne l'avait averti de cette brusque arrivée. 
A l'approche de l'ennemi, le tocsin sonne, les bourgeois 
courent aux armes, les portes de la ville sont fermées et on 
délibère sur les mesures à prendre en pareille circonstance. 
Le danger qui menaçait Moulins ne lit cependant point 
oublier aux magistrats qu'aux portes mêmes de la ville, la 
vieille abbaye d'Iseure, de l'ordre de Saint-Benoît, cou- 
rait grand risque d'être saccagée par ces hérétiques. Aussi, 
et malgré le danger qu'ils pouvaient courir, voyons-nous 
Jean Feideau, seigneur de Clusor, lieutenant particulier du 
Bourbonnais, Guillaume Duret, lieutenant-général du do- 
maine et Nicolas Lappelin, procureur du roi, se rendre en 
toute hâte à Iseure, prévenir les religieuses de l'arrivée d'un 
pareil ennemi, afin qu'elles puissent mettre leur vie en 



1) De Serres, page 696- 



— 11 - 

sûreté, en se réfugiant immédiatement dans la ville. Il était 
temps ; car le prieuré venait à peine d être abandonné, 
quand les Huguenots arrivèrent. Il eut le même sort que 
bien d'autres. Pris et dévasté complètement , son sac servit 
de prélude à ce qui devait suivre. (1). Quant à l'enquête 
relative à ce pillage, elle n'eut lieu que trente-deux ans 
plus tard, en 1594. Le lendemain, 5 juin, Saint-Aubain 
commença de miner du côté « de la porte de Paris; mais 
les mines furent incontinent éventées. » 

Saint-Aubain et Saint-Jean étaient depuis deux ou trois 
jours occupés à faire le siège de Moulins, quoique ne possé- 
dant « aucunes pièces, » lorsqu'ils reçurent des lettres d'Or- 
léans qui les obligèrent d'en partir sur le champ, « après 
avoir parlementé avec Montaret, qui leur rendit le sieur 
Foulet... détenu prisonnier dès le mois d'avril, avec un autre 
gentilhomme aussi prisonnier, nommé Sappet. >» Mal dé- 
fendue, la ville serait infaiblement tombée en leur pouvoir 
et avec elle Montaret et tous ses coreligionnaires. A peine 
l'armée protestante a-t-elle quitté les abords de la ville,que 
la populace se met à sa poursuite et se saisit de plusieurs 
personnes parmi lesquelles nous voyons figurer ce même 
sieur de Foulet dont les ruines du manoir se voient encore 
sur la route de Moulins à Iseure, et un avocat du nom de 
Claude Brison ou Brisson, parent probablement du savant 
jurisconsulte Barnabe Brisson, nommé par Henri III avo- 
cat général au parlement de Paris, puis président à mor- 
tier et employé ensuite par ce prince dans plusieurs négo- 
ciations importantes. Le sieur de Foulet qui devait avoir 
plus tard, en 1640, un des membres de sa famille comme 
intendant de la généralité de Moulins (2) et l'avocat Claude 



(1) Ancien Bourbonnais, tom. n,p. 124 du Voyage pittoresque. 

(2) Le premier intendant à été Pierre Foulet; la généralité de 
Moulins s'étendait sur une petite partie de l'Auvergne, sur presque 



— 12 — 

Brisson , ainsi « qu'un sien laquais » turent tués sur le 
champ et leurs corps jetés « dans l'étang nommé de Trem- 
blay , où ils demeurèrent jusqu'au lendemain que la 
justice les ayant fait tirer hors de l'eau , en fit enter- 
rer deux sur les lieux, à savoir : les corps de Foulet 
et de son laquais. Mais quant à Brison , son corps 
apporté à la ville fut, par ordonnance de la justice, 
pendu dans l'espace de vingt-quatre heures en la grande 
place delà ville, entre quatre ou cinq corps puants et in- 
fects. — Ici ne faut taire un acte très généreux et digne 
d'éternelle mémoire de la femme du dit Brison, comme 
aussi Dieu l'avait douée en dehors d'une beauté singulière, 
accompagnée d'un amour vraiment remarquable envers son 
mari. Cette femme donc, après avoir en vain cherché tous 
moyens de pouvoir faire dépendre le corps de son mari , 
accompagnée d'une sienne sœur, eut bien la hardiesse de 
monter avant le jour, elle-même, avec une échelle au gibet, 
duquel ayant dépendu son mari, avec larmes et pleurs, 
toutes deux le portèrent près d'un bois où elles avaient 
préparé une fosse où elles le mirent, elles n'eurent le loi- 
sir de le bien couvrir, de sorte qu'il y a apparence que de- 
puis, le corps de cet homme de bien , par le témoigne même 
de la conscience de ses ennemis, après avoir été meurtri, 
noyé, pendu et rependu , fut finalement mangé des 
bêtes. » 

Devant et voulant tenir la balance égale entre les deux 
partis, laissons encore la parole à Théodore de Bèze, pour 
nous raconter toutes les souffrances qu'eurent à endurer les 
protestants; afin que plus tard, lorsque nous les verrons à 
leur tour à l'œuvre, nous ne soyons pas tenté de faire tom- 



la totalité du Nivernais, et sur plus de la moitié de la Marche. 
Histoire du Bourbonnais et des Bourbons qui l'ont possédé, par 
Coifiier de Moret, tome u, page 452. 



— 13 - 

ber sur eux seuls toute la responsabilité des crimes et des 
malheurs de ce temps. « Il advint, continue-t-il, un autre 
fait étrange en ce même jour, que le siège fut levé, à l'en- 
droit d'un pauvre gentilhomme, lequel surpris d'une telle 
maladie, qu'il lui fut fort difficile de suivre la compagnie 
qui délogeait, et se trouvant logé chez un boulanger nom- 
mé Jean Mon, qui se disait être de la religion, se fia telle- 
ment en lui qu'il aima mieux demeurer en arrière que 
passer outre, ayant montré à son hôte l'argent qu'il avait, 
lequel lui promettait de le bien garder contre la commune 
avec un autre petit frère d'icelui, âgé de treize à quatorze 
ans. Mais tant s'en fallut que ce malheureux leur tint pro- 
messe, qu'au contraire, aussitôt que la nuit fut close, il les 
mena hors de la maison sur le fossé, là où il ne les tua qu'à 
demi : tellement qu'ils y demeurèrent l'espace d'un jour à 
respirer sans pouvoir vivre ni mourir, sans qu'aucun en 
eut pitié ni compassion. Mais Dieu en lit la vengeance 
quelque temps après, étant advenu que ce méchant étant 
en garde, un sien compagnon, sans y penser, lui perça 
le bras d'une arquebusade, dont il languit l'espace de trois 
mois, puis mourut enragé 

Ceux qui étaient dehors, voyant que Saint-Auban n'a- 
vait pu leur aider comme il prétendait, suivirent ses 
compagnies, au moins ceux qui le purent faire, mais 
tous n'étaient pas propres à porter longuement le travail 
de la guerre. Entre lesquels se trouvaient un nommé Jean 
Babot, sieur de l'Espaut, Jean de Camp, un autre nommé 
Thomas, un autre natif deMoutauban, lesquels se retirant 
avec deux gentilshommes et pris non guère loin de Moulins, 
furent pendus et étranglés en présence de leurs parents : 
cinq autres un mois après venant d'Orléans, et trois mar- 
chands, de Pierre-Latté, enDauphiné, dont les deux étaient 
frères germains. » Du reste, l'historiographe de Serres 
ajoute que tous les protestants qui avaient le malheur de 



— Ut — 

tomber au pouvoir du farouche Montaret, n'avaient eu pers' 
pective que le bourreau qu'il appelait familièrement son 
compère (1), « lequel il chérissait jusque, à le faire manger 
à sa table. » (2). 



VII. 



Après la paix d'Amboise qui accordait aux protestants 
la liberté de culte dans certaines villes désignées, après la 
reprise du Havre aux Anglais par les deux partis, comme pour 
expier leurs discordes civiles, la reine mère, l'ambitieuse 
Catherine de Médicis entreprit, en 1564, avec le jeune roi 
Charles IX, déclaré majeur, un voyage dans les différentes 
provinces du royaume « alin de réchauffer l'action des ca- 
tholiques, d'intimider les huguenots » (3) et « de préparer 
à son esprit ardent des impressions favorables à ses desseins 
futurs. D'une occasion admirable de rappprocher étroite- 
ment tous les cœurs, de forcer l'esprit de secte à déposer 
son aigreur ou du moins à sensiblement s'adoucir, l'Ita- 
lienne fit un moyen d'espionnage et de perfide dissimula- 
tion (4). » 

A l'aide des pièces fugitives pour servir à l'histoire de 
France, nous allons résumer l'itinéraire du cortège royal de 
Blois à Moulins (5). Leur voyage du midi terminé, et il dura 



(1) Dulaure, 6° vol., page 57. — Ancien Bourbonnais, tome n, 
page 48 du Voyage pittoresque. 

{% Théodore de Bèze, Histoire ecclésiastique des églises réfor- 
mées au royaume de France, tome n, livre 7. 

(3) DeFélicc, Histoire des Protestants de France, page 184. 

(4) Imberdis, Histoire des Guerres religieuses en Auvergne pen- 
dant les xvi e et xvn e siècles, tome i, page 111. 

(5) Itinéraires des Rois de France, par M. d'Aubois (Charles de 
Baschi), 3 vol in-4° 1759. 



deux aimées, Catherine de Médicis et Charles IX arrivèrent à 
Blois où ils séjournèrent huit jours. Le 14 décembre 1565, 
ils se mirent en route pour le Bourbonnais. La première 
ville de cette province dans laquelle le cortège royal s'ar- 
rêta fut Franchèse, où l'on dina le vendredi 21. De là, on 
alla le même jour coucher à Saint-Menoux, célèbre par sa 
belle abbaye de religieuses. Après le dîner, on gagna Sou- 
vigny, pour se rendre ensuite à Moulins où le roi fit son en- 
trée le samedi 22 décembre. 



VIII. 



Le séjour de la cour à Moulins dura trois mois, du 22 
décembre 1565 au 23 mars 1566, ce qui lui permit d'y cé- 
lébrer la fête de Noël, celles des Rois et de Notre-Dame de la 
Chandeleur. L'imagination se retrace facilement les fêtes 
et les plaisirs qui furent offerts au jeune roi et à sa mère 
danscechâteau des ducs de Bourbon, « de telle grandeur et 
structure, dit Nicolaï, qu'il s'en trouve peu de plus capable 
et accommodé pour loger roy et princes (1). » Comme nous 



(I) Voici du reste, la description entière du château de Moulins 
d'après Nicolaï : « Dans la d. ville au plus haut et éminent lieu 
est le château des ducs de Bourbon de telle grandeur et structure 
qu'il s'en trouve peu de plus capables et accommodé pour loger 
Roys et Princes, étant décoré sur son milieu de l'une des plus 
belles fontaines de ce royaume, puis au-dessous diceluy du côté 
ou le soleil se couche, sont les grands et spatieux jardins bien 
entretenus et cultivés, largement peuplés d'orangers, citronniers, 
mirthes, lauriers, pins et chesnes communs et verds et tout autre 
espèce d'excellents arbres fruitiers, et ne sont les parterres moins 
fournis selon les saisons de toutes sortes de melons, concombres, 



— H) — 

allons le voir, en nous servant des propres expressions de 
Jean de Serres, « Les prémices de ceste année sont extrême- 
ment louables ; et si les progrès eussent équipollé l'espé- 
rance qu elles donnoient, la cueillette eust esté très-heu- 
reuse, mais ceux qui ne se tient que sous bon gages, et ne 
prennent en payement toutes sortes de monnoyes, s'om- 
brageoient infiniment, à cause des conclusions prises en ce 
voyage, pour le leur rendre plus spécieux et moins sus- 
pect (1). * 

En janvier 1566 eut lieu la célèbre assemblée de Mou- 
lins, l'événement le plus remarquable assurément dont 
cette ville ait été le théâtre. S'occuper des affaires de l'Etat 
et des intérêts de la justice, faire cesser la mésintelligence 
qui régnait entre les Guise et les Coligny, et par conséquent 
entre les catholiques et les protestants , tel était le double 
but de cette réunion présidée par le roi en personne, en- 
touré des plus grands personnages de son royaume, parmi 



courges, citrouilles, cardes, artichaux et herbes potagères, que de 
diversité d'herbes et fleurs très-odoriférentes, outre le plaisir du 
grand pavillon et du petit fort des Connils verds, des grandes et 
larges allées, et du beau et industrieux labirinte, et sont lesdits 
grands jardins séparés du château par deux larges et spacieux 
fossés pleins d'eau entre lesquels sont les longues lisses à piquer 
et dompter chevaux et à courir la bague, à l'un des bouts desquels 
devers midy est la maison et jardin de Loisellerie, et à l'autre 
bout qui regarde les champs vers le septentrion sont les feuries 
pour les grands chevaux et courteaux. Il y a\*ait un autrejardin du 
même coté en forme de terrasse audedans duquel passe le tuyau 
de la fontaiue qui découle quand on veut dans un vaisseau de 
pierre rond en façon de puy et delà remplit deux grandes et pro- 
fondes cuves de pierre de taille bien cimentées pour servir de 
baignoir ou tenir poisson, ladite eau au sortir des cuves se répan- 
dant par divers canaux court et arrose tout le jardin. » 
(1) Itinéraire général VHisioire de France, page G93. 



- 17 — 

lesquels il suffira de citer : ceux de Guise et de Chastilion, 
comme dit de Serres, le duc d'Anjou, frère du roi, les ma- 
reschaux de Bourdillon et Vieilleville, les évèques de Va- 
lence, d'Orléans, de Limoges, Christophe de Thou et Pierre 
Séguier, et les présidents des parlements de Toulouse, Bor- 
deaux, Grenoble, Dijon et Aix. 

La première séance fut ouverte par un discours de Char- 
les IX, dans lequel le jeuue roi parla des tristes ravages oc- 
casionnés par la dernière guerre civile et des heureux ré- 
sultats qu'il espérait que cette illustre et nombreuse as- 
semblée aurait pour le bien du pays, priant et enjoignant 
aux membres qui la composaient de s'appliquer à seconder 
ses intentions. 

Le chancelier de l'Hôpital « avec sa grande barbe blan- 
che, son visage pâle, sa façon grave, qu'on eut dit à le voir 
que c'était un vrai portrait de Saint-Hierome » prit ensuite 
la parole, et, dans un style simple et énergique tout à la 
fois, retraça les malheurs qu'avaient éprouvés et qu'éprou- 
vaient encore les habitants des campagnes, par les insolen- 
ces, les brigandages et les cruautés infinis des militaires et 
des gentilshommes. Ces maux, continua-t-il, résumant ainsi 
le triste état dans lequel se trouvait alors la France, étaient 
causés et entretenus aussi par l'impunité et la licence, et 
parce que les juges, amis ou esclaves des grands, n'em- 
ployaient la force qui leur était confiée qu'à protéger les 
attentats des plus forts contre les plus faibles. Enfin, tout en 
proposant de nouvelles lois judiciaires et la suppression de 
plusieurs tribunaux subalternes, il termina en insinuant 
qu'il était à propos de soumettre les juges à la censure et 
de les obliger à rendre compte de la manière dont ils exer- 
çaient leurs charges. (I) Ce court résumé ne doit point tou- 
tefois nous dispenser de citer un des passages de la haran- 



(1) Dulaure, tome vi, pages 58 et o9. 



- 18 - 

gue du chancelier conservée par La Popelinière, dans sa 
vraie et entière histoire des derniers troubles (depuis 1562); 
car, comme le dit M. Henri Martin, « c'est là l'éternelle ré- 
ponse de la vertu à cette fatalité qui est, dans les temps 
d'anarchie morale, l'excuse et le refuge des âmes faibles et 
des cœurs corrompus. » « Qu'on n'accuse pas, s'écria-t-il, le 
temps de telle perversité, ains (mais) la malice des hommes. 
11 n'est saison si fâcheuse qui puisse détourner ni le bon 
juge de faire droiture, ni le bon théologien d'interpréter sai- 
nement les écritures, ni le sage capitaine de bien servir son 
roi et défendre le royaume (1). » 

Ce ne fut toutefois qu'après plusieurs réunions, et au 
mois de février suivant, que l'ordonnance de Moulins, dis- 
cutée seulement entre l'Hôpital et les présidents des parle- 
ments, fut rédigée, résumant en un corps de 86 articles 
toutes les réformes que le chancelier apportait à la législa- 
tion. Cette ordonnance renfermant « des innovations telle- 
ment heureuses qu'elles subsistent encore dans nos lois ac- 
tuelles » (2) n'était, il faut bien dire, que la continuation de 
l'œuvre poursuivie par l'Hôpital depuis la grande ordon- 
nance d'Orléans, « dont les articles les plus importants 
étaient demeurés sans exécution par la résistance de 
Rome et des parlements et par les désordres de la guer- 
re. » (3). 



(1) Il faut lire tout le chapitre I er du livre 6 e du 1 er volume de 
l'ouvrage de M. Imberdis sur les Guerres religieuses en Auvergne, 
pour comprendre parfaitement la grande âme du Chancelier de 
L'Hospital, « du plus illustre des Auvergnat » comme il l'appelle, 
et connaître sa saine et noble appréciation des deux partis catholi- 
que et protestant. 

(2) Histoire de France par MM. Bordier et Edouard Charton , 
tome ii. page 70. — Voir notamment les articles 931 et 1341 du 
code civil. 

(3 Henri Martin, Histoire de France, tome ix, page 198. 



- 19 - 

L'affaire capitale néanmoins, le but essentiel de l'assem- 
blée de Moulins étaient les affaires de religion. Gomme dans 
toutes les assemblées de ce genre, on vit toutes les bonnes 
et les mauvaises passions des deux partis se donner libre 
carrière. L'impartiale histoire a toutefois constaté, d'après 
tous les documents du temps, et ce à la gloire de l'Hôpital 
que « ce rude magistrat, cet autre censeur Caton » d'après 
le langage même de Brantôme, avait de beaucoup surpas- 
sé, soit comme bon citoyen, soit comme véritable homme 
d'Etat, tous les plus grands et les plus illustres personnages 
alors assemblés. Qui aurait donc pu soutenir la comparai- 
son ? Assurément, ce n'étaient pas les cardinaux de Bourbon 
ou de Lorraine. On ne put donc pas malheureusement s'en- 
tendre. Les catholiques, et à leur tête le bon et ignorant car- 
dinal de Bourbon et l'arrogant et fanatique cardinal de Lor- 
raine, ne voulaient pas permettre à ceux de la religion pré- 
tendue réformée de s'assembler, quand bon leur semble- 
rait, pour tenir leurs prêches et à leurs ministres d'exercer 
leurs fonctions pastorales. Les protestants, de leur côté, tout 
en réclamant la liberté qui leur était nécessaire, avaient 
été amenés, par la force même des choses , à mêler la poli- 
tique à ia religion, en un mot, à constituer un Etat dans 
l'Etat. 

Brantôme, qui assistait à l'assemblée de Moulins, nous a 
conservé quelque chose de la discussion qui eut lieu entre 
le cardinal de Lorraine et le chancelier de l'Hôpital qui, 
quelque temps auparavant, avait voulu, par un édit par- 
ticulier, adoucir un peu la situation malheureuse dans la- 
quelle se trouvaient les protestants des provinces. A l'em- 
portement avec lequel le cardinal blâma la tolérance du 
chancelier, celui-ci aurait répondu : Monsieur, vous êtes 
déjà venu pour nous troubler. Ecoutez la réponse qui fut 
faite à cette simple interpellation; elle peint bien l'homme. 
Je ne suis pas venu vous troubler, mais empêcher que ne trou- 
bliez, comme avez fait par le passé, bélistre que vous êtes ! 



— 20 — 

A cette cruelle injure, le chancelier se contenta de répon- 
dre : Youdriez-vous empêcher que ces pauvres gens, aux- 
quels le roi a permis de vivre en liberté de leurs consciences, 
ne fussent aucunement consolez 7 ! Emporté de plus en plus 
par la colère et la passion, le cardinal, affirmant sa manière 
de voir en pareille matière, s'écria : Oui, je le veux empê- 
cher, car Von sait bien que souffrant telles choses, c'est taci- 
tement souffrir les prêches secrètes, et l'empêcherai tant que 
je pourrai (1). D'une pareille assemblée, on comprend 
qu'il ne pouvait rien résulter d'avantageux pour la France 
en général et pour notre malheureuse contrée en particu- 
lier. Le fanatisme l'emporta sur la sagesse de l'Hôpital, 
l'édit particulier fut révoqué et les persécutions continuè- 
rent malgré la réconciliation des Guise et des Coligny qui 
n'avait été qu'une vaine représentation faite uniquement 
dans le but de contenter pour un moment les protestants, (2). 



IX. 



Avant de quitter le Bourbonnais pour se rendre en Au- 
vergne, le roi et toute sa cour s'arrêtèrent à Bessay, à St- 
Germain-des-Fossés et à Vichy. Le 23 mars, on alla cou' 



(1) Dulaure, 6 e volume, pages 59 et 60. 

(1) Brantôme nous a encore conservé deux anecdotes qui ont 
trait, Tune à l'amiral de Coligny, l'autre au chancelier de l'Hôpi- 
tal, pendant leur séjour à Moulins à cette époque-. - Les person- 
nes qui seraient curieuses de les lire, les trouveront : A Celle re- 
lative au chancelier, à la page 385 du 5 e volume des œuvres de 
Brantôme ; et 2° celle relative à l'amiral, dans le discours 79 du 
6 e volume. Du reste, elles se trouvent l'une et l'autre, aux pages 
5*2 et 53 du Voyage pitoresque renfermé dans le 2 e vol. de Y An- 
cien Bourbonnais. 



— 21 - 

cher à Bessay, où l'on passa toute la journée du dimanche 
et celle du lundi, à cause delà fête de Nolre-Dame-de-Mars. 
Le mardi, la cour se rendit à Saint-Germain; et, après dî- 
ner, on se dirigea sur Vichy pour le roi aller coucher au 
couvent des Célestins de cette ville, qu'on devait quitter le 
27. On traversa ensuite l'Auvergne, en passant successive- 
ment à Marin g ues, au Pont-du-Château, à Vic-le-Comte, 
Saint-Amand , Saint-Saturnin , Clermont , Montferrand , 
Riom et Aigueperse. Et, le 4 avril, nous laisserons Char- 
les IX et sa mère à Ebreuil, petite ville située sur la rive 
gauche de la Sioule et qui, dans le siècle précédent, à l'é- 
poque des guerres de la Praguerie, avait, pendant deux 
jours, possédé Charles VII se rendant du Poitou en Auver- 
gne, pour châtier et réduire le parti des princes et seigneurs 
révoltés commandés par Jacques de Chabannes (1). 

De tout ce grand voyage de Catherine de Médicis et de 
son fils, voyage préparé par le chancelier de L'Hôpital dans 
les plus nobles vues, M. Imberdis, s'inspirant des historiens 
de Thou, Davila et La Popelinière, a fait une peinture si 
saisissante et si éloquente, que nous nous empressons de 
la reproduire : « Mais partout Catherine, dit-il, qui rêvait 
peut-être déjà un parti fatalement décisif, présentait au 
prince des scènes qui exaltaient sa tête remplie de sombres 
méditations. C'était la croix abattue sur son passage et 
souillée de boue; c'étaient l'église dépouillée et l'autel pro- 
fané. Le hasard semblait avoir dirigé les pas du monarque, 
et il se trouvait en face d'un cimetière couvert d'ossements 
épars auprès des tombes brisées. Le culte catholique appa- 
rut à ses yeux comme une statue antique mutilée par de 
sauvages destructeurs. 11 s'irrita par degrés et conçut contre 
les Huguenots cette haine implacable et silencieuse que 
trahissaient brusquement de menaçantes exclamations. 



(1) Dulaurc, lome v, p. 85 et 86. 



— 23 - 

Souvent il couvrait le sens ambigu de ses réponses aux am- 
putations des religionnaires par des mots affectueux : alors 
la fausseté perçait sous le manteau fleurdelisé. La multitude 
était pavée pour crier : Vivent le roi, la reine et la 
messe! » (1). 



X. 



Toutes les personnes qui se sont occupées de l'histoire du 
Bourbonnais n'ont pas manqué de parler de notre célèbre 
bataille de Cognât, dont Lancelot Voisin, seigneur delà Po. 
pelinière, et François de Belleforest, nommé plus tard, sous 
Henri III, historiographe de France, furent comme les his- 
toriens. N'ayant pas entre les mains les ouvrages de Belle- 
forest et delà Popelinière, nous prendrons pour guide Du- 
laure et surtout M. Imberdis qui seuls, selon nous, sont 
entrés dans des développements en rapport avec un événe- 
ment de ce genre, tout en ne négligeant rien, toutefois, de 
ce que nous pourrions trouver ailleurs, de manière à être 
le plus complet possible. 

La guerre venant de se rallumer dans toute la France, 
catholiques et protestants cherchaient dans le même pays 
des auxiliaires, sans parler des troupes qu'ils tiraient les 
uns et les autres de l'étranger. Montluc recommençait ses 
courses dans la Guyenne et la Saintonge, et Condé atten. 
dait pour reprendre Chartres, Orléans et un certain nombre 
d'autres villes, qu'il eût fait sa jonction avec dix mille Alle- 
mands venus du Palatinat, et qu'il eût rallié vers la Loire 
l'armée des princes confédérés, qu'on appelait aussi l'armée 



(1) André Imberdis, Histoire des guerres religieuses en Auvergne 
pendant les xvi e etxvn e siècles, 4 1 vol., p. 111 et M2. 



22 

dos quatre vicomtes, parce qu'elle était commandée par 
Bernard Roger de Comminges, vicomte de Bruniquel, Ber- 
trand de ttabestens, vicomte de Paulin, le vicomte de 
Montclar et le vicomte de Caumont. Forte de sept mille 
hommes environ, cette armée avait à sa tête, comme géné- 
ral en chef, Dacier , baron de Crusol, dont les soldats 
avaient, dans le Quercy, rejoint le premier corps d'armée. 
L'Auvergne et le Bourbonnais fournirent à leur tour, en 
septembre 1567, trois mille hommes de pied et cinq cents 
chevaux, dont le quartier-général était à la Pacaudière. 
Leurs chefs étaient un sieur de Verbelais, de la maison de 
Senectcrre, et un gentilhomme du Bourbonnais, du nom 
de Poncenac, qui déjà, dans la même année, avait pris d'as- 
saut la ville de Feurs (1), autrefois capitale du Forez jus- 
qu'en 1441, époque à laquelle Charles I e *-, duc de Bourbon 
et comte du Forez, transféra ce titre à la ville de Montbri- 
son, par lettres patentes du 6 mai. 

Une fois réunis, on discuta sur la route à suivre. Fallait- 
il se diriger directement et immédiatement sur Chartres, 
« l'un des principaux magasins à blé de Paris, et prise ac- 
commodait fort Testât de protestants? (2) Fallait-il, au con- 
traire, attendre l'armée des calvinistes du midi, afin de 
s'avancer ensuite plus sûrement à travers un pays occupé 
par des armées catholiques, d'après l'ordre et les plans de 
Catherine de Médicis? Pendant qu'on délibérait ainsi, le 
petit corps d'armée de Verbelais et de Poncenac diminuait 
chaque jour de plus en plus. On résolut alors, comme seul 
moyen de salut, d'aller sur le champ rejoindre l'armée des 
vicomtes; plan de campagne qui devait leur coûter assez 



(1) Le même fait est indiqué sous l'année 1562 ou 1563, à la page 
685 de l'ouvrage de Jean de Serres déjà cité. 

(2) De Serres, inventaire général de Y Histoire de France, depuis 
Pharamond jusqu'à présent (1636), p. 697. 



- 24 - 

cher comme nous allons le voir. A peine l'avant-garde, 
forte de trois cents chevaux et de six cents arquebusiers 
commandés par Verbelais, s'était-elle mise en marche pour 
gagner le Forez, que la nouvelle en parvint aussitôt au sieur 
de Montaret, alors gouverneur du Bourbonnais en l'absence 
du duc de Nemours, lieutenant-général du Lyonnais. Comme 
on le pense bien, il n'eut rien de plus pressé que de pren- 
dre les mesures nécessaires pour empêcher cette jonction 
des protestants du centre avec ceux du midi. Il se servit, 
pour arriver à ses tins, du marquis de la Chambre, de Ter- 
ride, de La Valette et autres seigneurs qui, à la tête de huit 
mille hommes de pied et de quinze cents chevaux, se ren- 
daient en Guyenne et qui regardèrent probablement comme 
une bonne fortune de se détourner un peu de leur chemin 
pour tomber à l'improviste sur cette petite armée de pro- 
testants. Ce fut au bas de Cervière, non loin de ce fameux 
ruisseau du Lignon, rendu plus tard célèbre par le roman 
de YAstrée, d'Honoré d'Urfé, près d'un village appelé Cham- 
poly, que l'armée catholique rencontra le gros de l'armée 
protestante, commandée par Poncenac. Prévenu à temps, 
notre gentilhomme bourbonnais aurait pu, sans éprouver 
trop de pertes, rejoindre Verbelais à peine à une demi-lieue 
de là, s'il ne s'était suivi un peu de confusion dans ses 
rangs, en se repliant pour éviter, en le tournant, un ravin 
profond et escarpé. Saisissant ce moment, la cavalerie des 
catholiques se précipite sur l'ennemi, met le désordre dans 
ses rangs et force Poncenac lui-môme à lâcher pied, trop 
heureux encore de pouvoir rallier sa cavalerie et de trouver 
avec elle son salut dans une fuite précipitée. Quant à l'infan- 
terie, elle s'était empressée de gagner un parc clos de murs 
pour essayer de se défendre, laissant ainsi peut-être à Ver- 
belais le temps de venir à son secours. Ce secours inespéré 
arriva bien, mais trop tard. Les Huguenots étaient en 
pleine déroute, laissant sur le champ de bataille de Cham- 
poly trois cents hommes environ, parmi lesquels se trou- 



— 25 - 

vait le capitaine Villenoce, qui avait chèrement vendu, sa 
vie en ralliant sa cornette. Malgré leur victoire, et quoique 
maîtres des points culminants, le marquis delà Chambre, 
Terride et Lavalette ne purent empêcher Verbelais et Pon- 
cenac, enfin réunis après une heure de marehe forcée, de 
gagner l'armée des princes confédérés sous les ordres du 
baron Dacier, qui lui-même avait éprouvé des pertes consi- 
dérables, puisque quatre mille hommes seulement passè- 
rent la Loire au pont de Saint-Rambert et traversèrent le Fo- 
rez pour se rendre à Gannat, où ils ne devaient arriver 
qu'après avoir livré et gagné la bataille de Cognât, dont 
nous allons maintenant essayer de retracer toutes les pha- 
ses et toutes les péripéties. 

Pour se rendre à Chartres, où l'attendait Condé, l'armée 
des confédérés était obligée, en quittant le Forez, de tra- 
verser l'Allier; et, tout naturellement le pont de Vichy qui, 
dit Dulaure, faisait de cette ville un poste important pour 
le passage des troupes, devait être franchi. Poncenac, comme 
étant du pays et connaissant parfaitement les chemins les 
plus favorables, fut cette fois chargé de guider la marche 
de l'armée. Arrêtons-nous un instant, avec le seigneur de 
Poncenac, dans son château de Changy, près de Lapalisse, 
où il était allé prendre quelques dispositions avant de se 
mettre en route, et représentons-nous, par la pensée, ce 
castel du xv e siècle dont la façade, appuyée de deux ailes 
flanquées de deux tours, avec donjon et porte d'entrée mu- 
nie d'assommoir et chapelle, se faisait tout particulièrement 
remarquer par trois lignes de remparts formant une espèce 
d'amphithéâtre (1). Ses dispositions prises, il se dirige sur 
Vichy, et, avec cinquante cavaliers, se rend maître du pont, 
ce qui permit à l'armée protestante tout entière de passer faci- 
lement l'Allier, le 4 janvier 1568, et de séjourner le 5 dans 



(1) Ancien Bourbonnais, tome h, p. 275 du Voyage pittoresque . 

3 



— 26 — 

cette ville, pour se reposer un peu des fatigues de la route. 
C'est pendant ce court séjour qu'ils firent à Vichy que le 
couvent des Célestins éprouva une première dévastation. Ce 
convent et monastère des Célestins, fondé en 1410 par le 
bon duc Louis II et madame Anne, Dauphine, sa femme, 
était situé, comme nous l'apprend Nicolaï, « hors de la 
ville, du côté d'orient, tirant au midy.... où il y avaient 
grands et magnifiques bâtiments, tant en temple, cloître, 
grand corps de logis à loger rois et princes, qu'en autres 
offices et jardins... » Les ravages occasionnés par le* Hu- 
guenots furent si considérables que « dans l'église des Cé- 
lestins, continue le géographe du roi, n'y est rien demeuré 
d'entier par les susdittes troupes de Borniquet, et Mouvant, 
excepté une fort belle et riche chapelle, de la fondation des 
seigneurs de la Vouguion, laquelle est à droite de la d. 
Eglise auprès du cœur, estant iichement peinte, et décorée 
de plusieurs épitaphes escrittes en lettres d'or sur fin azur, 
contenant par ordre ce qui suit... (1) » Ce doit être aussi à 
la même époque que plusieurs villes des environs furent 
forcées de prendre part à nos malheureuses guerres de re- 
ligion ; et, entre autres, on cite Varennes et St-Germain, 
dont la terre dépendait de la châtellenie de Vichy, et pour 
certaines parties de celle de Billy (2). 

On ne pouvait s'arrêter long-temps, Condé, comme nous 
l'avons dit, attendant avec impatience des secours. Aussi, 
se remit-on en marche le six au matin, après avoir de 
nouveau traversé le pont de Vichy, se dirigeant du côté de 
la forêt de Randan, afin de pouvoir, selon M. Imberdis, 
se rendre, à marches couvertes, à Gannat et à Charroux. 
Avant d'atteindre la forêt, ils furent obligés de traverser le 
village de Cognât ; et, quel ne fut pas leur étonnement, 



(1) Nicolaï, p. 59 et 61. 

(2) Ancien Bourbonnais, tome n, p. 323 du Voyage pittoresque. 



— 27 — 

en apercevant des hauteurs sur lesquelles s'élève cette 
bourgade , toute l'armée catholique disséminée dans la 
plaine et prête à leur disputer le passage. Le premier mou- 
vement fut de s'arrêter, pour essayer de reconnaître la 
force de l'ennemi et délibérer ensuite sur le parti le plus 
avantageux à prendre. Cet examen terminé, on résolut d'en 
venir aux mains sur le champ, pour venger, s'il était pos- 
sible, la défaite de Champoly et faire voir à leurs adversai- 
res qui avaient l'air de les traiter avec dédain, qu'ils avaient 
pour eux et la vaillance et le bravoure nécessaire à des 
soldats qui combattent pour leur foi et pour leur indépen- 
dance. Le pont de Vichy détruit par les ordres de Poncenac 
coupait court du reste à toute pensée de retraite. Il fallait 
vaincre ou mourir. 

Avant de voir s'entrechoquer ces deux armées impatientes 
d'en venir aux mains, essayons d'en faire le dénombrement 
et d'indiquer parmi les chefs ceux que les circonstances 
avaient placé aux premiers rangs. Nommons parmi les chefs 
de l'armée catholique : le grand-prieur et gouverneur d'Au- 
vergne Saint-Herem, Saint-Chamond, le baron de Lastic, de 
Gordes, et d'Urfé, Bressieu, le seigneur de Cognât , Jean 
Mottiéj de la Fayette, surnommé Haute-Feuille, et parmi 
eux tous se faisait remarquer l'évêque du Puy, casque 
en tête, cuirasse au dos, espadon au poing. Nous connais- 
sons déjà les chefs des Huguenots ; outre les quatre vicom- 
tes de Bruniquel, de Paulin, de Montclar et de Caumons, on 
peut citer encore Verbelais, Poncenac et Claude de Lévis, 
seigneur d'Audon. Nous ne pouvons pas indiquer d'une ma- 
nière exacte le nombre des cavaliers et des fantassins dont 
se composait chaque corps d'armée ; nous savons seule- 
ment que l'armée des catholiques, moins forte d'infanterie, 
se trouvait, en cavalerie, supérieure à ses ennemis. On peut 
même ajouter que, d'après les mémoires du temps, et vu la 
façon dont les uns et les autres étaient armés et équipés, 



— 28 — 

le désavantage était du côté des protestants, beaucoup moins 
nombreux du reste. 

Tout autour du monticule sur lequel s'élève Cognât se 
place en trois divisions l'infanterie de l'armée protestante. 
A l'avant-garde composée des régiments de Foix et de 
Rapin se trouvent Claude de Lévis et le capitaine La Bois- 
sière. Dans le corps d'armée, on remarque huit enseignes 
de Montclar et les onze de Mouvans, chef Jes provençaux. 
A l'aigle gauche, se range en bataille, sous le commande- 
ment du vicomte de Paulin, la cavalerie forte des gendarmes 
deBruniquel,de Montamor et de Savignat dont la principale 
mission est de seconder les mouvements des troupes de Pon- 
cenac échelonnées hors du village. Entre les deux armées, 
coule le ruisseau de Chalons le long duquel avait pris posi- 
tion l'armée des catholiques dont la nombreuse cavalerie 
était sous le commandement en chefdeBressieu, ayant sous 
ses ordres les principaux officiers nommés plus haut. 

Une reconnaissance poussée un peu trop loin par trois 
cents arquebusiers et par un certain nombre de lanciers de 
l'armée catholique énergiquement repoussés par quelques 
arquebusiers que Mouvans avait fait cacher derrière une haie 
va faire engager le combat. Saisis d'effroi à la vue de cette 
déroute inattendue, les chefs jugèrent prudent et nécessaire 
de faire avancer toute l'armée dans la plaine, espérant bien 
y attirer les Huguenots et profiter ainsi de l'avantage que 
leur donnaient et la situation des lieux et le nombre 
d'hommes beaucoup plus considérable qu'ils comptaient 
dans leurs rang. L'armée protestante quitte en effet ses po- 
sitions, et, tout en gardant son ordre de bataille, s'avance 
dans la plaine, résolue d'en finir et de ne pas attendre que 
des forces encore plus imposantes viennent l'arrêter dans 
sa marche. 

La mêlée s'engagea, parait-il, au moment où l'infanterie 
des Religionnaires, flanquée de deux corps de cavalerie et 
précédée et protégée par un certain nombre d'arquebusiers. 



29 — 

arrivait près d'une fondrière que l'ennemi venait d'aban- 
donner. Les Huguenots voient aussitôt leur aile droite atta- 
quée par Bressieu et le seigneur de Cognât, l'un à la tête 
d'un bataillon de gens de pied comptant cinq enseignes, et 
l'autre à la tête d'un corps de cavalerie. Pendant que les 
arquebusiers soutenaient ce choc impétueux, et que quel- 
ques gendarmes de Bruniquel se précipitaient sur l'ennemi, 
le baron et le vicomte de Paulin ainsi que Poncenac fon- 
daient à la tête de leurs troupes sur la cavalerie catholique. 
De leur côté, le vicomte de Caumons, Montamor et les au- 
tres gendarmes de Bruniquel se ruaient sur l'infanterie 
commandée par le prieur d'Auvergne et l'évêque du Puy, 
et déjà grandement entamée par l'avant-garde de Claude 
de Lévis. C'en est fait de l'armée catholique. Malgré les 
prodiges de valeur de Saint- Cliamond qui eut un cheval 
tué sous lui et du baron de Lastic, il faut céder aux troupes 
de Montclar et de Mouvans appuyant l'aile gauche des Hu- 
guenots, et aux régiments de Foix et de Rapin parvenus à 
entamer les escadrons du baron de Gordes. 

Parmi ceux qui, dans cette mêlée affreuse, tombèrent 
pour ne plus se relever, nous pouvons citer Bressieu de 
Lupé, lieutenant de la compagnie d'Urfé, le seigneur de 
Cognât dit Haute-Feuille, Saduret prévôt du Forez et Pon- 
cenac. Ces deux derniers, victimes de leur ardeur à pour- 
suivreles fuyards, reçurent la mort, au milieu de l'obscurité, 
des mains même de ceux des leurs restés à Cognât pour 
garder les bagages. Au nombre des quelques prisonniers 
que firent les vainqueurs, l'histoire a conservé, pour le 
couvrir d'un stigmate vengeur, le nom d'un gentilhomme 
d'Auvergne, La Forest de Bulhon, qui fut tué impitoyable- 
ment pour s'être vanté d'avoir fait subir les derniers ou- 
trages à toute femme huguenotte que la guerre faisait tom- 
ber en son pouvoir. En résumé, cette victoire fut très peu 
meurtrière pour les protestants et coûta cher aux catho- 
liques complètement mis en déroute. 



- 30 - 

Avant de quitter le champ dé bataille de Cognât, confon- 
dons dans une seule et même réprobation et vainqueurs et 
vaincus, pour les tristes excès auxquels ils se livrèrent, une 
fois cette lutte terrible terminée. Si les Huguenots, selon les 
lois de la guerre dans ces temps malheureux, incendièrent 
et brûlèrent le château et l'église de Cognât ; que dire des 
représailles auxquelles se livrèrent les hommes de Saint - 
Chamond et d'Urfé qui, en gagnant leur pays, trouvèrent 
sur leur passage le castel de Changy où avait été enterré 
Poncenac, un des braves assurément et de Champoly et de 
Cognât? L'histoire est là pour dire, qu'après avoir exhumé 
le corps du capitaine calviniste et l'avoir frappé de plu- 
sieurs coups de poignard, « ils voulaient, raconte La Po- 
pelinière, le traîner et prostituer à toutes dérisions, sans 
l'Ecluse qui les chassa plus par force de bastonnades 
que de remontrance et répréhension de leur inhumaine 
cruauté. » 



XI. 



Pendant que l'armée des catholiques gagnait en toute 
hâte les places fortes d'Auvergne voisines du théâtre de sa 
défaite, c'est-à-dire Aigueperse, Riom, Clermont et Mont- 
ferrant où un triste sort les attendait, l'armée des Religion- 
naires se dirigeait vers le Berry, laissant, elle aussi, par- 
tout des traces de son passage, et notamment à Gannat, 
Charroux, Chantelle, Le Montet, Hérisson, Cérilly etAinay- 
le-Château. Les vainqueurs se rendirentjimmédiatement 
de Cognât à Gannat, dont la châtellenie comprenait en 
cette même année 1568, quinze paroisses et quatorze cent 
dix feux. N'ayant plus à craindre de rencontres dangereu- 
ses, l'armée s'était divisée, probablement afin depouvoir- 
rejoindre plus vite et plus facilement Condé qui lesjatten- 
dait dans le Berry. 



— 31 — 

De Gannat, un détachement, à la tête duquel se trouvaient 
Bruniquel etMouvans, prend le chemin de Charroux ; pré- 
ludant à leur entrée dans cette ville par le pillage et la 
la destruction de la commanderie de la Marche, ancienne 
abbaye de Templiers. Indignée de cet acte de barbarie, 
malheureusement trop commun alors de part et d'autre, la 
ville s'apprêta à faire une résistance énergique, voulant 
défendre jusqu'à la mort ses croyances et son roi. Mais, 
malgré toute la bravoure des bourgeois et des soldats, Char- 
roux tomba au pouvoir de l'ennemi qui, s'il faut en croire 
les documents du temps, se serait livré à tous les excès 
d'une soldatesque en délire. La garnison est passée au fil 
de l'épée, les murailles d'enceinte de cette place de guerre 
sont renversées, un grand nombre de maisons sont rasées et 
les autres pillées. Les Bénédictins de l'abbaye du Peyroux 
ont le même sort que les religieux de la commanderie de 
la Marche. En un mot, ce sont toutes les horreurs d'un 
siège en règle qu'eurent à subir les habitants de cette mal- 
heureuse ville que tant de calamités et de misères avaient 
déjà atteint, particulièrement dans le XV e siècle où, outre 
les pestes et les épidémies qui l'avaient ravagée, elle avait 
été saccagée une première fois par Charles VII poursuivant 
le Dauphin son fils, et un peu plus tard, en 1470, par les 
troupes bourguignonnes. 

Chantelle qui avait pris rang parmi les cités les plus im- 
portantes du Bourbonnais, à cause de son redoutable châ- 
teau, devait aussi, comme Charroux, avoir à souffrir du pas- 
sage des bandes huguenottes. Un ouvrier tanneur, du nom 
de Jacques Bort, un sieur de la Presle, membre de la même 
famille, et Simon Lartaud, seigneur de Treillis, se seraient, 
paraît-il, fait remarquer d'une façon toute particulière, 
dans les efforts tentés par la population pour repousser de 
tels ennemis. Palma Cayet indique même que Chantelle 
fut prise et pillée en 1580 (1). 

(1) M. l'abbé Boudant, Histoire de Chantelle, pages 158 et 159, 



— 32 - 

La vieille église du monastère du Montet-aux-Moines, 
élevée par les princes de la maison de Bourbon et llanquée 
d'un formidable donjon, tomba aussi à cette époque (1568) 
au pouvoir des protestants qui détruisirent « les cinq ab- 
sides qui terminaient ce glorieux édifice. » (1). 

De Charroux, de Chantelleet du Montet, pour arriver 
à Hérisson, il y avait encore une assez grande étendue de 
pays à parcourir. Que de ravages et de ruines, inconnus et 
ignorés maintenant, les malheureux habitants des pays 
ainsi traversés ne durent-ils pas souffrir ? La ville d'Héris- 
son, située dans une position très pittoresque et très favo- 
rable comme poste militaire, et l'une des dix-sept châtelle- 
nies du Bourbonnais, comprenant plus de trois mille cinq 
cents feux, possédait alors un château « de fort belle 
marque, ditNicolaï, situé sur un haut rocher près du fleuve 
d'OEil, dans une vallée environnée de montagnes et de 
rochers. » (2). Grâce à son château-fort pourvu de neuf 
belles toursdontune servant de donjon, les habitants d'Hé- 
risson durent pouvoir se défendre, de façon à repousser les 
attaques des Huguenots, et à les empêcher de pénétrer dans 
l'enceinte des fortifications, puisque nous lisons dans M. de 
Coiffier, qu'en 1572, seulement quatre années par consé- 
quent après le passage des troupes protestantes à Hérisson, 
cette ville qui ne comptait que cent trente-quatre feux était 
encore entourée de fortes jnurailies d'une hauteur hors de 
portée d'échelles (3). 

Au nord d'Hérisson, et encore à une assez forte distance, 
se trouve, sur la rive droite de la Marmande, la petite ville 
de Cérilly, aujourd'hui chef-lieu de canton. L'histoire, dit 



(1) Mémorial de V Allier, n° du 25 octobre 1866, article de 
M. L. H. Hivon. 
(?) Nicolaï, page 136. 
(3) M. de Coiffier, tome h, page 108. 



— 33 - 

M. de Jolimont, ne fait mention de la ville de Cérilly que vers 
L'année 1568* Elle fut alors prise par les protestants, elle 

fut mise au pillage, les habitants massacrés et les ma-isons 
détruites. » (1). 

La dernière ville du Bourbonnais où nous rencontrons 
encore les vainqueurs de Cognât, avant de les voir péné- 
trer dans le Berry, est Ainay-le-Château, située dans un 
vallon, sur la rivière de Sologne, près de son confluent avec 
la Marmande, et l'une des plus considérables châtellenies 
de l'ancien duché de Bourbonnais, dont le ressort s'éten- 
dait sur soixante-dix paroisses et plus de quatre mille feux. 
Malgré son château, « de forme carrée et bien fossoyé,» ses 
murailles et ses tours dont une partie subsiste encore, 
« ville et faubourgs ont été fort affligés en 1568, dit Nico- 
laï, par ceux de la religion qui les saisirent et y exercèrent, 
et aux environs, des meurtres infinis, et la pillèrent même- 
ment la ville de Cérilly qu'ils saccagèrent, aux grands meur- 
tres de ceux de la ville, et au départir d'icelle et d'Ainay, 
non sans grande violence, tuèrent le lieutenant-général de 

"S 

)' 



XII 



Pour trouver maintenant un fait de quelque importance 
ayant trait aux guerres de religion en Bourbonnais, nous 
sommes obligé de passer de l'année 1568 à l'année 1570, 
l'année même où, le 8 août, fut signé à St-Germain-en- 
Laye un traité plus favorable aux réformés que les précé- 
dents. 



ladite châtellenie. » 



(1) L'Allier pittoresque par M. de Jolimont. 

(2) Nicolai, page 151. 



— 34 - 

Avant d'aller plus loin, il est bon de caractériser quel 
était alors l'état et la situation du protestantisme en Bour- 
bonnais, comme dans toute la France. « Bien que les pro- 
testants, dit M. de Félice, fussent encore nombreux au 
midi de la Loire, ils avaient perdu beaucoup de terrain. 
Paris appartenait désormais sans partage à l'Eglise ro- 
maine. La Picardie, l'Artois, la Normandie, l'Orléanais, la 
Champagne, tout le nord et une portion considérable du 
centre de la France ne comptaient plus que des troupeaux 
épars et craintifs. Les plus braves avaient péri : les plus ti- 
mides étaient rentrés dans la communion dominante. Une 
foule de ceux qui exerçaient des emplois publics, de gen- 
tilshommes et de riches bourgeois en avaient fait de même. 
Les femmes aussi, pour échapper aux brutales violences 
qu'on leur faisait subir, s'étaient réfugiées en grand nom- 
bre dans le catholicisme comme dans le dernier asile de 

leur pudeur 

. Chacun avait pris nettement parti 

pour une Eglise ou pour une autre ; les opinions s'étaient 
tranchées et murées : la population flottante avait dis- 
paru. » (1) 

C'était donc, comme nous venons de le voir, en em- 
ployant l'intimidation et la violence, que la majorité essayait 
d'étouffer la nouvelle doctrine, l'empêchant par tous les 
moyens possibles de faire de nouveaux prosélytes. Jl ne 
faut laisser debout aucun foyer d'hérésie ; il faut à tout ja- 
mais anéantir ce monstre nouveau II va sans dire que les 
religionnaires du Bourbonnais, sous un tel régime, durent, 
comme presque partout, abjurer ou garder un prudent si- 
lence. Il n'en fut pas de même, toutefois, d'une femme hé- 
roïque, de Marie de Brabançon, veuve de Jean de Barres, 
sieur de Neuvy-le Barrois. Forte de sa foi et se rappelant, 



(1) Histoire des protestants de France, par de Félice, p. 197. 



— 35 — 

sans doute, le courage de son beau-frère, M. de Cany, 
tombé en brave trois ans auparavant à la bataille de Saint- 
Denis, elle veut relever, s'il est possible, tout autour d'elle, 
les courages abattus, les consciences troublées, en faisant 
de son château de Bannegon, la haute forteresse du pro- 
testantisme dans ce pays. Le bourg de Bannegon, situé à 
trois lieues de St-Amand et de Sancoins, possédait, en effet, 
un château très-bien fortifié et qui, dans le xv° siècle et 
surtout en 1454 et 1455, avait servi d'habitation à 
Charles VII, au milieu des chagrins que lui causait l'hosti- 
lité de son iils. De nombreuses ordonnances ou lettres pa- 
tentes ont alors été datées, d'après M. Raynal, de Mehun, 
de Bourges, de Bois-sur-Amé et de Bannegon (1). C'est 
contre cette forteresse, l'asile et le refuge des protestants du 
Bourbonnais, que Montaret, gouverneur de la Province, va 
épuiser toutes les ressources dont il pouvait disposer. Au 
commencement de novembre 1570, il conduisit lui-même 
une armée de trois mille hommes et quelques canons pour 
en faire le siège en règle. A la tête de cinquante hommes 
seulement renfermés avec elle dans le vieux château de 
Bannegon, nouvelle Jeanne Hachette, Marie de Brabançon, 
l'illustre dame de Neuvy, l'attend de pied ferme et se défend 
avec une énergie et un courage qu'elle sut communiquer à 
cette poignée de braves, bien digne assurément d'un meil- 
leur sort. Pendant quinze jours, l'artillerie ne cessa de bat- 
tre en brèche le château, dont les murailles et les tourelles, 
quoique tombant en ruines, n'empêchèrent pas notre hé- 
roïne détenir bon pendant plus de deux grands mois en- 
core. Malheureusement les vivres et les munitions étant ve- 
nus à manquer, et presque tous ses braves ayant trouvé 
une mort glorieuse aux assauts et au sorties, il fallut capi- 
tuler et abandonner le dernier rempart du protestantisme 



(1) Raynal, Histoire du Berry, tome m, p. 26 et 44. 



— 36 - 

en Bourbonnais. Malgré toutes les horreurs de ce siège, tout 
porte à croire cependant que notre contrée n'eut guère à 
souffrira cette époque; car, généralement, dans les provin- 
ces où les rel.'gionnaires étaient en petit nombre, et ce de- 
vait être le cas chez nous, on commit peu d'excès (\). Fu- 
rieux d'avoir éprouvé une telle résistance de la part d'une 
femme et d'avoir essuyé de si cruelles pertes, en vainqueur 
impitoyable et barbare, le sieur de Montaret fit piller et 
ruiner le château de Bannegon et emmena la noble dame 
de Neuvy prisonnière à Moulins. Heureusement que « le 
roi, dit M. Raynal, frappé de tant d'héroïsme, la lit mettre 
en liberté et la confia seulement à la garde d'un noble du 
voisinage, le seigneur de Grossouvre. » (2) 



XIII 



L'année 1572, si triste et si funeste pour toute la France, 
n'eut rien de bien caractéristique pour le Bourbonnais, qui 
avait alors, selon M. de Coiffier, trente villes ou villottes, 
cinq cent soixante et quatorze paroisses, douze cent-douze 
vassaux nobles, possesseurs de justices ou de fiefs, et envi- 
ron trente-six mille feux ou maisons. 

Il est cependant, à ce sujet, un fait qu'il importe tout d'a- 
bord de ne pas passer sous silence. C'est, en effet, à Mou- 
lins, que l'arrêt du Louvre, ordonnant le massacre des pro- 
testants d'Auvergne, fut adroitement et heureusement en - 



(-)) Histoire des l'rotestants de France, par de Félice, p. 215. 

(2) Raynal, Histoire du Berry, tome iv, p. 95. 

« 11 se trouva, continue M. Raynal, d'après de Thou et La Pope- 
pelinière, un jeune gentilhomme qui s'enthousiasma d'une gloire 
si rare et sollicita la main de cette femme de cœur. » 



- 37 - 

levé par un calviniste échappé du massacre , à François 
Combelles de Clermont, colonel au régiment de Martinenge 
et frère du président de la Cour des aides de Montferrand. 
Voici, du reste, succinctement comment les choses s'étaient 
passées. Notre officier auvergnat ayant été amené à faire 
route avec ce calviniste qui, pour se soustraire à tout dan- 
ger, s'était donné comme porteur d'un ordre de massacre 
pour le maréchal duc de d'Amville, gouverneur du Lan- 
guedoc, avait à son tour avoué à ce dernier que lui aussi 
était porteur d'un ordre de ce genre pour le comte deMont- 
morin. Nos deux messagers arrivèrent à Moulins où, par 
un hasard providentiel, ils furent installés dans la même 
chambre d'hôtel. On devine facilement le reste, ainsi que 
l'étonnement et la colère du colonel Combelles à son ré- 
veil. Il se hâte de continuer sa route, espérant rejoindre 
bientôt te faux messager. Mais, heureusement, il arriva seul 
à Clermont, tandis que le calviniste, pour sauver ses core- 
ligionnaires, entrait dans ïssoire, remettant l'ordre de mas- 
sacre au pasteur Baduel, qui s'empressa de gagner le Lan- 
guedoc avec tous ceux qui purent partir immédiatement (1). 
Rappelons ausssi que parmi les énergiques protestations 
qui, plus tard, s'élevèrent de toute part contre les horreurs 
et les massacres de la Saint-Barthélémy, notre Bourbonnais 
peut, avec orgueil, en enregistrer une prononcée par un 
de ses plus illustres enfants, le Jésuite Henri Griffet, dont 
nous avons essayé, ailleurs, de faire connaître et la vie et 
les œuvres. A la page 137 de son Traité des différentes 
preuves qui servent à établir la vérité de l'Histoire, il dit 
hardiment que la Saint-Barthélémy a été une affreuse pros- 
cription ; et, à la page 165, il l'appelle un horrible massa- 
cre, qu'on aura toujours de la peine, quoi qu'on puisse 
dire, à faire passer pour avoir eu lieu sans préméditation, 



(1) lmberdis, tome i ei \ p. 185 et 186. 



— 38 — 

condamnant ainsi toutes les apologies qui en ont été faites. 
Dans le tome X de son Histoire de France, le Père Daniel 
est loin d'avoir cherché à excuser ou à affaiblir l'horreur 
d'un tel fait; cependant Griffet, affirme, à la page 403, que 
cet historien s'est mal expliqué sur ce massacre , quoiqu'il 
soit, poursuit-il, plus impartial que bien des gens ne pen- 
sent. Aussi, dans ses observations sur le règne de Charles IX, 
s'appropriant trois vers du poëte latin Stace, que Christo- 
phe de Thou, premier président au Parlement de Paris, 
avait coutume d'appliquer à la Saint-Barthélémy, il la flé- 
trit avec ce cri d'indignation d'une grande àme : 

Occidat illa dies aevo : nec postera credant 
Ssecula; nos certe taceamus et obruta multa 
Nocte teginostrse patiamur crimina gentis (1*. 

Si la Saint-Barthélémy n'eut pas d'écho dans le Bourbon- 
nais, elle fut, toutefois, quoique indirectement, cause de la 
mort du gouverneur de la Province, puisque nous lisons, à 
la page 713 de Y Inventaire général de l'Histoire de France, 
de Jean de Serres, que « Ligneroles, gouverneur du Bour- 
bonnais et des plus favoris du duc d'Anjou, venait de payer 
au prix de son sang, la témérité de sa langue, pour avoir 
babillé de chose qu'il avait aprisede son Maistre en secret.» 
Ce duc d'Anjou dont il est ici question, et qui, plus tard, 
monta sur le trône sous le nom de Henri III, est celui-là 
même qui, par brevet en date du 25 avril 1572, avait établi 



(1) Voici la traduction des trois vers du poêle Stace, né à Na- 
ples, l'an 61 de Jésus-Christ, et mort à trente-six ; cette traduc- 
tion se trouve à la page 580 du dixième volume de YHistoire de 
France, du Père Daniel : « Que ce jour funeste soit effacé de nos 
annales ; puisse-t-il être inconnu aux siècles à venir. Gardons-nous 
de le leur apprendre, et laissons plutôt ensevelir dans un éternel 
oubli les crimes de notre nation. » 



— 39 — 

à Moulins la compagnie des chevaliers de l'Oiseau. C'était, 
comme on sait, sur un monticule dominant l'étang Bré- 
chimbault, et situé par conséquent à l'angle d'un terrain 
formant aujourd'hui la rue de l'Oiseau et le boulevard de 
Pont que, pendant cent quatre-vingt-treize ans, de 1572 à 
1765, la jeunesse de cette ville tira le Pape-gai, s'exerçant 
ainsi à pouvoir défendre, en cas de besoin, la royauté et 
leur propre cité. De nombreuses immunités étaient accor- 
dées à celui qui était assez heureux pour abattre l'oiseau 
de fer-blanc. « Ainsi, dit M. Batissier, il avait une exemp- 
tion totale de toutes les charges publiques, ne payait ni im- 
pôt, ni huitième, ni taille, ni droits d'entrée, de péage, de 
pont, de gué et de gardes, ni les droits môme qui pouvaient 
être établis dans la ville, clans les faubourgs ou dans la 
banlieue ; celui qui abattait l'oiseau, pendant trois années de 
suite, jouissait de ces privilèges toute sa vie; cependant le 
vainqueur pouvait vendre ses droits à qui il voulait, pourvu 
que celui à qui il les transférait fit partie de la compa- 
gnie. » (1) 

XIV. 



La mort de Charles IX, de triste mémoire, ne devait pas 
donner le repos à la France ; car elle avait encore « à su- 
bir un des règnes les plus déplorables de son histoire.» (2). 
A peine Henri III a-t-il quitté la Pologne, pour venir prendre 
possession de sa nouvelle couronne, qu'il annonce à Lyon, 
en septembre 1574, « sa résolution de ne point faire de con- 
cession aux protestants (3). » Calvinistes, etpolitiques, f mena- 



(1) Ancien Bourbonnais, tome n, page 49 du Voyage pittoresque. 

(2) Ozaneaux, Histoire de France, tome n, page ICO. 

(3) Sismondi, Histoire des Français tome xix, page 309. D'après 
de Thou et Davila. 



— 40 — 

ces d'être poursuivis, répondent au manifeste royal de Lyon, 
par une union qui va mettre une fois de plus la patrie à feu 
et à sang. Ces nouvelles luttes pour lesquelles les deux partis 
appellent l'étranger en même temps à leur aide vont encore 
être de nouvelles causes de ruines et de misères pour nos 
malheureuses contrées. Car, c'est alors (1576) que Condé et 
le prince Casimir entrent en France par Bassigni (Lorraine), 
à la tête de dix-huit mille hommes dont six mille reitres, 
deux mille cavaliers français qui étaient venus les joindre 
à la frontière, deux mille landsknechts, deux mille Wallons 
infanterie et six mille Suisses, traînant avec eux seize piè- 
ces de campagne. (1) Pour se mettre à l'abri d'une telle 
invasion, toutes les villes fermèrent leurs portes, laissant 
détruire villages et hameaux. Le jeune duc de Mayenne char- 
gé d'arrêter leur marche « ne put rien entreprendre : une 
effroyable anarchie régnait dans l'armée royale, qu'on ne 
payait pas, et qui s'en dédommageait en saccageant le pays 
plus impitoyablement que les étrangers eux-mêmes. » (2). 
Politiques et protestants poursuivent donc leur marche 
et passent la Loire à la Charité. Vers la fin de février 1576, 
Vichy tombe en leur pouvoir, ce qui leur permet de se 
réunir au duc d'Alençon, le chef des politiques, près de 
Moulins, où escortée de son escadron volant, se rendi Cathe- 
rine de Médicis, négociant pour le roi qui semblait fort peu 
se mêler de ses affaires. Là, se trouvaient aussi, avec les 
députés du duc d'Alençon, ceux du prince de Condé, de 
Damville, du roi de Navarre et du comte de Ventadour. (3). 
La contrée est traitée en pays conquis, partout on lève des 
contributions considérables , savoir trente mille francs sur 
le Nivernais, cent cinquante mille sur la Limagne d'Auver- 



(1) Simondi, Histoire des Français, tome xix, page 355. 

(2) Henri Martin, Histoire de France, tome.ix, page 425. 

(3) Sismondi, Histoire des Français, tome xix, page 362, 



— 41 - 

gne, et quarante-mille sur le Berry. (1). «La désolation des 
campagnes, ditM. Henri Martin, ne saurait s'exprimer.» (2). 
Avant de se rendre dans le Gatinais, les troupes de Condé 
et de Casimir séjournèrent quinze à dix-huit jours dans le 
pays, soit à Vichy, soit dans les environs. A Vichy, ils lais- 
sèrent pour traces de leur passage les ruines du couvent 
des Célestins, cette seconde fois presque ruiné de fond en 
comble. Le Verne t, le bourg d'Escholles, le village de l'An- 
glard, Brout, Saint-Didier et Vendat eurent, entre autres 
localités, beaucoup à souffrir de toutes ces dévastations. 
Métairies brûlées, châteaux détruits, vins et provisions 
pillés, villages renversés ; tel était l'aspect qu'offrait alors 
cette partie du Bourbonnais. Le mal avait été si grand que, 
sur une pétition adressée au sieur du Buysson, président au 
présidial de Moulins et présentée ensuite au roi par un de 
ses conseillers et trésorier général des finances de cettegéné- 
ralité, l'écuyer Jean de Milles, général de la maison du 
comte d'Auvergne, seigneur des Morelles, de Vodot, d'Eco- 
lettes, d'Ambourg et autre lieux qui possédait une grande 
partie des terres de la parroissedu Vernet, ce bourg et celui 
d'Escholles furent exempts de payer toute espèce d'impôt. 
Plus loin, et à la môme époque, ce sont les villes de Mont- 
luçon, d'Huriel et de Domérat qui sont chargées de contri- 
butions de guerre par les troupes qui les traversent (-3). 



XV, 



Par les grandes concessions et les nombreux avantages 
qu'elle faisait aux princes et aux réformés, la paix de Mon- 



(1) Sismondi, Histoire des Français, tome xix, page 361. 

(2) Henri Martin, Histoire de France, tome îx , page 4-25. 

(3) ancien Bourbonnais, tome n, Yoyatje 'pittoresque. 

4 



— 42 - 

sieur, signée en Touraine le 6 mai 1576, devint comme le 
signal de cette ligue qui, pendant de nombreuses années, 
de 1576 à 1593, devait encore déchirer et ensanglanter 
le royaume de France. En effet, « lorsqu'on sut les condi- 
tions du traité de paix, lisons-nous dans M. Henri-Martin, 
un long cri de douleur et de colère s'éleva des profondeurs 
de la masse catholique. Eh quoi ? tant d'efforts, de luttes 
et de carnage n'aboutissaient qu'au triomphe de l'hérésie ! 
Terrassée, noyée dans son sang, elle se relevait victorieuse 
par les bras des « faux catholiques » et des étrangers ; on 
la reconnaissait comme l'égale de l'Eglise ; on l'autorisait à 
installer ses prêches dans toutes les bonnes villes, en face 
des cathédrales naguère profanées par ses sectateurs f Les 
hommes les moins exaltés s'indignaient en pensant que l'or 
arraché aux sueurs de la France allait récompenser des mer- 
cenaires étrangers d'avoir ruiné nos campagnes » (1). 

Pour faire changer cet état de choses, Henri duc de 
Guise, poussé par le cardinal de Lorraine, forma en France, 
en l'année 1576, une confédération du parti catholique, 
dans le double but de défendre la religion catholique con- 
tre les hérétiques et de renverser Henri III ; confédération 
qui devait, pour employer le langage pittoresque de Jean 
de Serres, « jetter ensuite de foisonneux provins par tous 
les quartiers de ce royaume (2). » Ce fut à Péronne, et sous 
l'instigation de Jacques d'Hunières, gouverneur de cette 
ville, que le formulaire qui la constituait fut signé le 12 fé- 
vrier 1577. En présence d'un tel péril, Henri III essaya en 
vain de se concilier les deux partis. 



(1) Henri Martin, Histoire de France, tome ix, page 429. 

» Les catholiques oubliaient qu'il y avait à peu près autant d'é- 
trangers de leur côté que du côté de leurs adversaires, et que 
ceux-ci, après tout, n'avaient fait que se défendre. » 

(2) De Serres, page 750. 



— 43 - 

Après avoir été, en 1587, battu à Coutras par les protes- 
tants, et avoir été chassé l'année suivante de Paris par le 
duc de Guise, à la tête des ligueurs , dans la journée des 
barricades, Henri III fut obligé, pour essayer de résister à 
ce mouvement qui, peu à peu, entraînait tout le royaume, 
de se porter avec une armée au centre de la France, sur la 
Loire, et d'envoyer le duc de Guise dans le Nord contre les 
levées protestantes de l'Allemagne et de la Suisse, le duc 
de Joyeuse dans le Languedoc, et le duc d'Epernon dans la 
Provence. Le 23 décembre 1588, le duc de Guise est assassiné 
par ses ordres aux Etats de Blois. Mayenne le remplace. Ex- 
communié par Sixte V pour ce crime qui avait soulevé d'hor- 
reur la France entière, Henri III fait, avec le Béarnais, une 
alliance heureuse contre les Ligueurs, mais de bien courte 
durée, puisqu'il est assassiné lui-môme par le dominicain 
Jacques Clément, le 2 août 1589. Henri IV eut alors à com- 
battre Mayenne, le Pape, et le roi d'Espagne Philippe II. 
Enfin , il met fin à la Ligue, en abjurant le calvinisme en 
juillet 1593 ; abjuration que « les vieux huguenots n'avaient 
pu apprendre sans irritation et sans douleur. » (1). 

« L'insurrection ligueuse, dit M. Imberdis, levait la tête à 
chacun des confins de l'Auvergne : le Lyonnais, le Forez, le 
Bourbonnais, le Yelay, le Vivarais, fourmillaient principa- 
lement de réunions populaires où s'agitait le drapeau de l'u- 
nion (2).» Aussi, allons-nous voir encore, pendant ces dix- 
sept années que durèrent ces autres guerres civiles et reli- 
gieuses, notre malheureux pays avoir beaucoup à souffrir, 
notamment Saint-Pourçain,Gannat, Souvigny, Le Veurdre, 
Cérilly, Sancoins, Saint-Amand, Ainay-le-Château, Yaren- 
nes, Vichv, Brout et Le Vernet. 



(1) Imberdis, tome n, page 4-83. 

(2) Imberdis, tome n, page 104. 



- 4'± — 



XVI. 



Saint-Pourçain, admirablement située sur la rive gauche 
de la Sioule, doit son nom à Saint-Portianus, l'un de ces 
hommes de foi et de courage dont le VI e siècle a conservé 
les noms et qui eut le bonheur de préserver le pays des dé- 
vastations de Thierry, roid'Austrasie. Pendant plusieurs siè- 
cles, le monastère fondé par notre saint, et appelé Miradense 
monasterium, dépendant de l'abbaye de Tournus, fut l'un 
des monuments les plus considérables des environs et 
jouissait, entre autres immunités, d'être à l'abri de l'excom- 
munication des évêques et des archevêques. Aussi, son 
Prieur, escorté de ses huit religieux « tous de la vraye qua- 
lité et vertu des moines (1)» était-il le seigneur de la ville et 
le prieuré devait-il gîte au roi ; droit, qu'entre autres, Saint- 
Louis perçut à son retour de la Terre Sainte en 12o4. Ce 
droit était de cinquante livres pour les bourgeois et de vingt- 
cinq livres pour le monastère. Gomme pendant au monastère, 
s'élevaient, dans le faubourg de Paluet, un établissement de 
Templiers, et, près delà Sioule, un couvent de Cordeliers (2). 



(-1) Nicolai, page, 187. 

(2) Le couvent des Cordeliers était desservi par six religieux 
qui avaient, outre la besace, 200 livres de rente, et une maison de 
travail où ils pouvaient tenir quatre ou cinq prisonniers « Depuis 
les troubles de Tan 1566, dit Fodéré, le monastère a très bien esté 
conservé, par la grâce de Dieu, en ses bastiments n'ayant point esté 
ruiné, sinon ce qui est tombé de soy-mesme, faute d'entretienne- 
ment et réparations ; mais pour les vivres, il est toujours allé en 
décadence, mesmement encore depuis les dernières guerres, 
que le peuple a esté tant afïigé, et par la longue fréquentation 
des gendarmeries, devenu si corrompu es mœurs et si peu chari- 



- 45 - 

Nous tenons à rappeler qu'au XV e siècle, cette villeétait, avec 
Lyon, Marseille, Beaucaire, Béziers et Sancerre , une de 
celles où le célèbre Jacques-Cœur avait un comptoir et un 
dépôt de marchandises. (I). Saint-Pourçain, enclavée dans 
le Bourbonnais et du ressort de la Généralité de Moulins, 
faisait, comme chacun sait, partie delà Basse-Auvergne dont 
les treize Bonnes-Villes étaient Clermont, Biom, Montfer- 
rand, Billom, Aigueperse, Saint-Pourçain, Brioude, Issoire, 
Cusset, Langeac, Saint-Germain-Lambron, AuzonetEbreuil. 
Mais, parmi elles, Clermont, Montferrand, ïssoireet Saint- 
Pourçain furent les seules qui, dès le commencement de la 
Ligue, osèrent se déclarer pour le roi contre les ligueurs, 
malgré l'active propagande, en faveur de la Ligue, de Jean 
de la Bochefoucauld, comte de Randan, nommé gouver- 
neur d'Auvergne à l'instigation du duc de Mayenne, lieute- 
nant-Général de l'Etat et couronne de France, et de son 
frère, François de la Rochefoucauld, évèque de Clermont. 

Au milieu des maux qui désolaient la France, Henri III 
avait déclaré aux Seize « qui se faisaient désormais appeler 
Messieurs de Paris » et qui s étaient rendus à Chartres, pour 
entrer en communication avec lui, sa haine pour les héré- 
tiques et son désir de les exterminer. Il leur fit aussi con- 
naître qu'il s'était déjà occupé de soulager son peuple et qu'il 
était résolu de convoquer les Etats-Généraux du Royaume à 
Blois, pour le 15 août 1589. (2) On s'occupa donc partout 
de nommer des députés. Pour en arriver là, Saint-Pourçain 
désigna B. Giraut, consul, et C. Meschin, délégué, pour choi- 
sir, de concert avec les autres treize bonnes villes de la 



table, que ce couvent est réduit à telle nécessité et disette, que 
cinq religieux ont peine de s'y entretenir, sans rendre leur voca- 
tion méchanique. » 

(1) Raynal, tome m, page 66. 

(2) Sismondi, Histoire des Français, tome xx, page 369. 



- 46 — 

Basse Auvergne, quatre députés qui devaient se rendre à 
Blois. Le Comte de Randan, et son frère l'évêque de Cler- 
mont surent si bien agir, que toute l'élection du Bas-Pays 
qui comptait douze cents gentilshommes et possédait trois 
cents châteaux, vota en faveur de l'opinion catholique, 
c'est-à-dire de la Ligue, en nommant Frétât, le savant 
jurisconsulte, Basmaison-Pougnet, Urion et Gostet. 

De Bourgogne où il s'était retiré, le duc de Mayenne 
s'empressa de mander au gouverneur d'Auvergne de pren- 
dre ses précautions, en faveur de la cause qu'ils défendaient 
l'un et l'autre. Pour réponse, le comte de Randan fait 
soulever la province et établit sa place d'armes à Riom, 
seconde ville d'Auvergne où son frère et lui étaient tout- 
puissants. Clermont du parti du roi, Riom devait tout natu- 
rellement se donner corps et âme à la Ligue, vu la rivalité 
qui de tout temps avait existé entre ces deux villes. 

Revenus des Etats de Blois, les députés de l'Auvergne pro- 
\oquèrent dans le Haut-Pays, à Saint-Flour, une tenue d'E- 
tats ; et le jour même que la destitution du comte de Randan, 
comme gouverneur d'Auvergne, était expédiée de Tours, 
ils se réunissaient à Billom en grande pompe, sous la pré- 
sidence du fougueux évoque de Clermont, environné d'un 
nombreux clergé. Saint-Pourçain, à l'exemple de Clermont, 
Montferrand, Issoire et Auzon, n'avait point envoyé de re- 
présentants à cette assemblée de ligueurs. Quelques-unes 
de ces villes, lisons-nous dans M. Imberdis, furent aisément 
excusées « scavoir Saint-Pourçain, Yssoire et Auzon, lesquel- 
les n'ont faizt semblable déclaration, ains ont donné quelque 
espérance de la vouloir faire telle que ferait le général du 
pais, y ayant doubte que leur absence ne soye causée seule- 
ment que par la difficulté des chemins » On décide 

ensuite que ^ces trois villes excusées seraient de nouveau 
conviées à l'Union et que, dans les quarante jours, elles 
devraient approuver et signer une déclaration d'alliance, 
faute de quoi, elles seraient traitées comme Clermont et 



— 47 — 

Montferrand séparées et séquestrées du corps de cette pro- 
vince. 

Glermont et Riom, en ennemis acharnés, ne connaissent 
bientôt plus de bornes à leur ressentiment et à leur haine. 
Toutes deux, elles méditent de faire d'Issoire, cette cité bel- 
liqueuse considérée ajuste titre comme la clef de la Pro- 
vince, le champ-clos de leur terrible duel. En apprenant 
l'union de Henri III et du Béarnais, Riom, cette tête de la 
Ligue en Auvergne, jure de défendre ses murs tout à la 
fois contre les protestants et les royalistes. Saint-Hérem, le 
marquis de Canillac font alors cause commune avec le 
comte de Randan, pendant qu'au nom du roi, le marquis 
d'Allègre s'empare d'Issoire qui retombe bientôt après, en 
juillet 1589, aux mains du comte de Randan appelé par les 
principaux bourgeois. 

A son tour, Aigueperse qui, depuis les commencements 
des guerres de religion jusqu'à la Ligue, avait constamment 
eu à souffrir de toutes sortes de déprédations, comme ville 
de passage et d'étape, se voit attaquer par une armée assez 
nombreuse de ligueurs. Le 15 juillet 1589, la tour de la Bus- 
sière, commandant à la plaine entière, tomba au pouvoir 
de l'ennemi. Immédiatement, on dépêcha des courriers aux 
seigneurs et aux villes d'alentour dévoués à la cause 
royale. Saint-Pourçain se hâta de répondre à cet appel, en 
envoyant un détachement à marche forcée au secours de la 
ville assiégée. Trois jours suffirent pour forcer les ligueurs 
à capituler, avant que leur chef, le comte de Randan, ait 
même eu le temps d'apprendre le succès de ses partisans. 
Cette délivrance rapide, à laquelle concourut de son mieux 
notre bonne ville de la Basse-Auvergne, releva le courage 
et l'énergie des habitants d'Aigueperse et leur suggéra de 
faire un vœu à Saint-Quintien leur patron ; vœu qu'ils for- 
mulèrent ainsi le 30 juillet : « Les comparans en la pré- 
sente assemblée ont voué à Dieu et à Monseigneur Saint- 
Quintien de faire refaire la châsse de mon dit seigneur Saint- 



- 48 - 

Quintien d'argent, comme elle estoit cy devant avant qu'elle 
t'ust dépouillée, et mieux et plus richement si taire se peut, 
sitost qu'il plaira à Dieu par l'intercession de mondict sei- 
gneur Saint-Quintien, bailler les moyens et en paix aux 
dicts habitants de ce faire qu'ez extrêmes néces- 
sités qui se présentent chaque jour et chacune heure, et les 
menaces ordinaires qu'ont faict contre ceste ville et habi- 
tans les dicts habitans iront implorer la miséricorde de 
Dieu et prières de Nostre-Dame et Monseigneur Saint- 
Quintien, patron de cette ville, et à cet effect seront indicts 
jeûnes publics et trois processions générales (1). » 

Ardent soutien de la cause royale, Saint-Pourçain va de 
nouveau, au mois d'août suivant, être appelée à prendre 
part à ces luttes sans cesse renaissantes, dont l'Auvergne 
était le théâtre. Le marquis d'Allègre, le chef de ce parti, 
se dispose à reprendre Issoire aux Ligueurs. De concert avec 
le sénéchal de Florat, avec d'Effiat, Frédeville l'aîné, les 
capitaines La Pdvière et Vermont, Clermont de Chastes, le 
duc de Montpensier, Ibois, Buron, Mercurol, La Grange de 
Pons, de nombreuses troupes sont levées et les châteaux et 
les tours sont armés de façon à pouvoir agir avec avantage 
pour la cause commune. Dans cette nouvelle levée de bou- 
cliers, n'oublions pas le neveu d'Effiat, le baron de Grisse, 
qui « commandait la troupe aguerrie casernée à Saint- 
Pourçain. » 

Cette première tentative n'ayant pas réussi ; avec Marin* 
gués, Montferrand et Thiers, St-Pourçain s'empressa de ré- 
pondre à un second appel. Le parti royal est cette fois ren- 
forcé de quatre-vingts cuirasses, de cent argoulets et de cent 
fantassins conduits par Chazeron, empêché jusque là de 
prendre part à la lutte, à cause du passage du comte de 
Neuvy à travers son gouvernement agité du Bourbonnais, 



(1) Archives d'Aiguepersc. 



— 49 — 

pour gagner Randan et les ligueurs réunis devant Issoire. 
Le marquis de Chabannes-Curton était, comme général en 
chef, à la tête de cette expédition. Parmi les autres, con- 
tentons-nous de citer le gouverneur Chazeron, à la tête de 
l'avant-garde, et le capitaine Johannel, comme comman- 
dant des volontaires d'Aigueperse et de Saint-Pourçain. 
Avant d'arriver à Issoire, entre cette ville et la montagne 
de Cros-Rolland, s'engagea, le jour même de la célèbre ba- 
taille d'Ivry, un combat des plus meurtriers , dans lequel 
nous voyons les volontaires de Saint-Pourçain se distinguer 
avec ceux de Germon t, de Montferrand, de Thiers et d'Ai- 
gueperse, en se tenant devant les fantassins ligueurs comme 
des soldats aguerris (1). Le comte de Randan perdit la vie 
dans cette terrible mêlée qui décida du sort d'Issoire, rendue 
cette fois encore aux royalistes, avec le marquis d'Allègre 
pour commandant. « En Auvergne, comme dans le reste de 
l'empire, la Ligue était frappée au cœur (2). >■> Il est bon de 
noter que quelque temps auparavant, en décembre 1589, 
et comme pour préluder à la prise d'Issoire, les barons de 
Grisse et de Sansat s'étaient emparés de Saint-Pourçain, 
après avoir repoussé plusieurs attaques dirigées par le ba- 
ron de Précol et Châteauneuf. Ces succès et ces victoires 
avaient à tel point jeté le désordre parmi les ligueurs, que 
Randan était allé jusqu'à proposer une trêve de trois mois, 
si les troupes royales, qui tenaient garnison à Saint-Pour- 
çain. et à Maringues, voulaient évacuer ces places (3). 

Terminons ce qui a trait à Saint-Pourçain, en indiquant 
les événements qui, à cette époque, se passèrent dans l'in- 
térieur même de la ville ou à ses portes. 

L'histoire a conservé le nom d'un fameux ligueur appelé 
Michelet qui, au début de la ligue, avait voulu s'opposer à 



(t et 2) lmberdis, tome u, p. 306 et 315. 
(3) lmberdis, tome n, p. 262 et 263. 



- 50 — 

ce qu'on ouvrit les portes au sieur deTavannes, venant, au 
nom du roi, prendre possession de cette petite ville tout 
entourée de fossés et de murailles. Cette résistance lui 
coûta la vie ; et, comme exemple, il fut pendu à la porte de 
sa maison à un crochet de fer (i). 

En 1587, Saint-Pourçain ouvre ses portes aux ligueurs. 
Au mois de novembre 1590, le maréchal d'Aumont vient 
l'assiéger, pour la faire rentrer sous l'autorité royale. Comme 
particularité de ce siège, indiquons qu'au milieu des prépa- 
ratifs de l'investissement de la place, on échangea les pri- 
sonniers et on se rendit réciproquement les bestiaux enle- 
vés. De son côté, le duc de Nemours, la tête et le bras de 
l'Union auvergnate, rassemble des forces pour se porter au 
secours de Saint-Pourçain attaquée par d'Aumont. Il envoie 
d'Urfé dans le Forez et le charge « d'écrire à Montbrison, 
aux échevins de Lyon, pour réclamer en son nom quatre 
milliers de poudre. » « Vous ne sauriez en meilleure occa- 
sion, leur dit le bailli, faire paroistre la bonne volonté que 
vous lui portez ; mais surtout la diligence est requise, car 
j'ai doupte que ceux de Saint-Pourçain soyent pressez. 
Toutefois, le maréchal d'Aumont n'avoit point encores faict 
venir de pièces, qui me faict juger de deux choses l'une, ou 
qu'il prétend l'avoir par famine, chose qui sera fort malai- 
sée, car elle estoit fort bien pourveue de vivres, à se que 
m'a dict Monsieur de Neuvy, ou bien qu'il ne la veult point 
opiniâtrer . Mais il faut prendre touttes choses au pis, et 
croire qu'il le faira, et pour cest effaict ce disposer à lui 
faire lever le siège, à quoy mondit seigneur de Ne- 
mours est tout résollu, m'ayant renvoyé, et tous les mes- 
sieurs d'Auvergne qui l'avoyent accompagné, pour faire 
nouvelles levées et les luy ramener en diligence, car il doict 
aujourd'hui estre de retour à Aigueperse. Il vous asseure 



(1) Rue Saint-Nicolas, 



- 51 — 

que toute cesle noblesse est extrêmement bien disposée à 
l'assister. Tellement que je tiens pour certain qu'il ne tire 
pas moins de sept à huit cens chevaux d'Auvergne, sans le 
secours que lui amène Monseigneur de Pompadour ; et 
quant à moy, je partiray jeudi sans faillir pour l'aller trou- 
ver, car j'estime bien qne nous donnerons une bataille si 
le mareschal d'Aumont opiniâtre Sainct-Poursain.... (1). » 
Une bataille eut lieu, en effet, et ce devait être la revanche 
de celle de Cros-Rolland. A la tête de la noblesse ligueuse, 
on remarquait avec Nemours, Lastic, d'Urfé et Ganillac. 
D'Aumont prend position, avec toutes ses divisions concen- 
trées « au point de la vallée qui découvrait le plus la ville, 
en s'écartant un peu du confluent du Limon et de la 
Sioule. » La fortune favorise d'abord l'armée des royalistes, 
soutenue par deux serpentins et un fauconneau, qui font 
reculer infanterie et cavalerie. L'armée de Nemours est en- 
tamée et près d'être mise en déroute. A l'exception d'un 
seul régiment, l'aile gauche tout entière avait plié. Au mo- 
ment même où Lastic, d'Urfé et le commandant en chef se 
réunissaient en toute hâte pour parer à ce pressant danger 
et essayer de mettre quelqu'ordre dans une retraite immi- 
nente, une circonstance fortuite vint changer la face des 
choses. Un artilleur, en faisant par imprudence sauter un 
baril de poudre, jette l'épouvante et le désordre dans l'ar- 
mée des royalistes, que d'Aumont et d'autres braves capi- 
taines essaient en vain de ramener au combat, pour faire 
face aux ligueurs prêts à prendre la fuite. Grâce, néan- 
moins, à la conduite héroïque de la réserve et d'un esca- 
dron de cuirassiers, la déroute fut moins meurtrière qu'elle 
n'aurait pu l'être, en présence de la panique qui, malheu- 
reusement, s'était emparée des troupes. Le vieux maréchal 



(1) Correspondance avec les consuls et les échevins de Lyon. — 
Archives de Lyon. 



d'Aumont lève précipitamment le siège de Saint-Pourçain. 
Et, après avoir séjourné deux jours dans la ville recon- 
quise, accompagné de Lastic, Nemours s'empresse déporter 
la guerre dans la Haute-Auvergne. 

Il est un des épisodes de cette guerre que nous tenons 
à reproduire ; car il indique naïvement et brièvement quels 
étaient alors et les moyens de défense et les facilités des 
communications. Voici les faits dans toute leur simplicité et 
tels qu'ils sont consignés du reste dans Y Ancien Bourbon- 
nais et dans Y Allier pittoresque. « Un jour n'ayant plus de 
munitions, les habitants (de Saint-Pourçain) élurent quatre 
échevins pour aller chercher à Riom six livres de poudre, 
et les envoyés mirent huit jours à faire ce voyage. (1). » 

En 1593, Saint-Pourçain tenait encore pour le parti du 
duc de Nemours qui, avec le parti royal, celui du Maine, 
de Valois et d'Espagne se partageait le pays. Enfin, en 1594, 
et par l'influence du baron de Gimel, gouverneur du Li- 
vradois, notre villle de la Basse-Auvergne ouvrit ses portes 
aux officiers de Henri IV, en môme temps que Brioude, 
Ambert et La Chaise-Dieu. Ce nouvel état de chose permit 
fort heureusement d'ouvrir, dans toutes les villes, les cachots 
et les prisons aux captifs pour cause d'opinion. 

Guerres civiles et religieuses, luttes de seigneurs, pestes 
et épidémies, tel est le triste spectable que Saint-Pourçain 
offre aux regards de l'historien dans ces temps malheureux. 
Fodéré a donc eu raison de dire : « qu'elle estoit plus tra- 
vaillée qu'aucune autre de tout le pais, ayant été prise et re- 
prise, pillée et repillée, par diverses fois, et alternativement 
par les deux partis qui en faisaient la retraite de toutes leurs 
voleries, et l'ont si longtemps tenue et tellement désolée, 
que c'est merveille, comme elle est encore habitée de pré- 
sent. » 



(1) Ancien Bourbonnais, tome n, page 331 du Voyage pittoresque. 



53 



XVII 



A rencontre de Saint-Pourçain, Gannat, quoique ville 
fortifiée, n'aurait eu jamais beaucoup à souffrir des guerres 
qui désolaient les contrées voisines. Elle avait un procédé 
assez commode pour garder son repos: procédé qui consis- 
tait tout simplement à ouvrir ses portes à l'ennemi, sans 
faire aucune résistance. Ainsi lit-elle, dit le chroniqueur, 
avec moult joie à Charles VII, dans la guerre de la Pra- 
guerie. 

Avec la Ligue, les choses changèrent ; elle sut se garder 
des ligueurs, montrant cette fois qu'elle pouvait résister. 
Aussi Henri IV la récompensa-t-elle de sa conduite éner- 
gique, en lui conférant une charte datée du 16 juin 1596, 
charte coniirmative des privilèges de sa fidélité accordés 
aux manants et habitants de sa ville de Gannat, comme 
« s'étant, dit-il, toujours montrés fermes et constans contre 
ceux qui étaient lors nos ennemis, leurs voisins tenant les 
places de Montpensier,Aygueperse, Riom, Sabazat, Artonne, 
Combronde, Ebreuil, Saint-Pourçain, Vichy, Escurolles, et 
plusieurs autres qui faisaient continuellement de nouvelles 
entreprises sur eux, dont une partie des habitants ont été 
tués, aucuns pris prisonniers de guerre, et autres morts de 
pauvreté et long travail, pour conserver la dite ville. » (1). 



il) Quant aux privilèges qu'Henri IV accorde à Gannat, voici 
comment il s'explique, selon M. Batissier dans V Ancien Bourbon- 
nais, tome ii, page 354-. — 11 leur délivre ces lettres dit-il, « pour 
par eux prendre, cueillir et lever à savoir : quatre deniers tour- 
uois sur chacun chariot, à quatre roues, trois deniers tournois sur 
chacune charette, et deux deniers sur chacune bête chevaline con- 
duisant bleds ou autres denrées, qui seront vendues et débitées en 



— 54 — 

Complétons ce qui concerne Gannat, en disant, qu'après 
la reprise d'Aigueperse aux ligueurs par le comte d'Auver- 
gne, dans la nuit du 28 au 29 janvier 1592, cette malheu- 
reuse ville épuisée et à bout de ressources, n'ayant pu ver- 
ser immédiatement la somme de 3,600 livres qui lui était de- 
mandée, fut livrée pendant une heure au pillage. « Ce qui 
restait de mobilier dans les maisons jadis les plus opul- 
lentes fut emporté et vendu partie à Gannat, partie à Ma 
ringues ou à Clermont même. » (1). A la suite de ces évé- 
nements, un des huit principaux bourgeois d'Aigueperse 
jetés en prison, pour forcer les habitants à payer, Martin 
Agier passa au capitaine Saint-Hilaire, gouverneur de Gan- 
nat, pour gage de quatre cents livres dues à sa compagnie. 



ladite ville, et deux sols six deniers lournois sur chacun minot de 
sel aussy vendu en icelle, et ce, durant le temps de 25 ans, en 
suivant et consécutifs, à commencer du jour et datte des présentes 
et pour les deniers provenants d'iceux octrois être convertis et em- 
ployés auxdites réparations, portes, ponts, pavés et autres né- 
cessités de ladite ville, et non ailleurs sous peine d'en répondre 
par lesdits habitants et leur propre et privé nom, pourvu, toutefois, 
que nos deniers n'en soient retardés, que la plus grande et saine 
partie desdits habitants et le maître adjudicataire du grenier à sel 
dudit lieu, ce soient à ce consentir, et consentent, et depuis l'ex- 
piration du susdit octroi, les supplians n'ont délaissé de faire 
cueillir et lever lesdits deniers, ne pouvans a cause des susdits 
troubles se retirer par devant nous, nous avons validé et validons 
icelle levée, qu'ils soient continués jusqu'à présent, à la charge 
de compter lesdits deniers à sçavoir : du passé, cy fait n'a été, et 
dorénavant de trois ans en trois ans par devant nos gens de nosdits 
comptes, ainsy qu'il est accoutumé. » 
(1) Imberdis, tome n, page 419. 



- 55 — 



XVIIL 



En parlantde Saint- Pourçain et de Gannat, il ne faut pas 
oublier de mentionner la résistance énergique des forts de 
Montphand et deChantelleau sujet de la Ligue. Dans son His- 
toire de Chantelle, M. l'abbé Boudant, président des Assi- 
ses scientifiques , nous fait connaître quelques détails 
que nous nous empressons de consigner ici en les résu- 
mant. C'est par lui, en effet, que nous apprenons que la Li- 
gue avait pour chef, en Bourbonnais, le seigneur de la Bou- 
laye, et que parmi les officiers de la suite de M. Chazeron se 
trouvaient MM. de Sallevert, de laTremouille, de Nérestan, 
de la Fontaine de Saint-Pourçain, de Motte-Talion, de la 
Maisonneuve , le capitaine Bonenfant , etc. Ce fut de 
Chantelle que, le 23 mars 1593, M. de Chazeron intima l'or- 
dre aux différentes paroisses des environs d'avoir à lui 
fournir ce qui était nécessaire pour soutenir avec avantage 
la cause royale. D'après les registres de Charroux, nous 
voyons que cette ville qui, quelques années auparavant, 
avaitdéjà eu tant à souffrir, ne devait rien moins donner que 
trois mille cinq cents livres de mitraille ; elle en fut quitte 
toutefois pour cent cinquante écus.Ce n'est pas tout, en avril 
1595, nous retrouvons encore les troupes de M. de Chaze- 
ron et du seigneur de Grillon à Chantelle. Les malheureux 
habitants de Charroux furent encore une fois obligés, 
pour éviter le passage des troupes royales, d'envoyer une 
députation dans laquelle on remarquait le seigneur des 
Rulliers et le lieutenant Bonnelat ; encore quatre cents 
écus qu'il en coûta et qui furent versés entre les mains du 
seigneur de Sainte-Colombe, mestre- de-camp du maréchal 
de Grillon. En 1596 et en 1598, nouvelles réquisitions qui, 
de gré ou de force, produisirent de nombreuses provisions 



— 56 — 

emmagasinées à Chantelle, l'une des plus fortes places du 
parti royal en Bourbonnais. 

Parmi les Seigneurs de la contrée qui se signalèrent le 
plus en combattant contre la Ligue, nous pouvons nommer 
le seigneur des Morelles , l'écuyer Jean de Milles que 
nous connaissons déjà. Tombé au pouvoir d'une troupe de 
ligueurs commandée par les capitaines Lacroix et Bonen- 
fant, un jour qu'il se reniait d'Ussel, où il était allé voir un 
sieur Minard, à Gannat, il fut conduit et enfermé dans le 
château fort de Montpensier. Pour une telle capture, on de- 
manda, comme on le pense Jbien, r une forte rançon dont 
ie seigneur des Morelles pensait toujours pouvoir se dis- 
penser , comptant sur de puissantes protections. Mal- 
heureusement, ce fut en vainque l'évêque de Clermont. 
Mgr de Larochefoucault, fut sollicité par le prieur de Brout 
et qu'un chirurgien de Gannat nommé Leclerq se rendit à 
Lyon auprès du duc de Nemours. Les démarches et les 
présents de sa femme, Michelle de Raynaud, n'eurent pas 
plus de succès. Pour en finir, on recourut au plus cruels 
tourments ; et ce n'est que vaincu par la douleur qu'ils lui 
arrachèrent un testament, et aussitôt après ils le tuèrent, 
juin 1591. Telle fut la mort du riche et puissant Jean de 
Milles, le sauveur de la contrée après les désastres de 1576. 
triste exemple des malheurs engendrés par les guerres ci- 
viles. 



XIX. 



La petite ville de Souvigny, célèbre par son ancien et 
riche prieuré de l'ordre de Saint-Benoit, et de la congréga- 
tion de Cluny, avait pris, comme beaucoup d'autres centres 
du Bourbonnais, parti pour la Ligue. Cette préférence se 
comprend assez, par la grande influence que devaient 



- 87 - 

avoir les religieux sur l'esprit des habitants. Ils durent 
même y organiser une résistance assez énergique, puisque 
trois fois le gouverneur du Bourbonnais se vit forcé d'or- 
donner la démolition de ses murailles qu'elle put néan- 
moins toujours conserver, grâce à l'intervention de Laure 
de Biragues près d'Henri IV. Morte le 22 avril 1597, Phi- 
lippe de Biragues, quarantième prieur de Souvigay, donna 
pour lieu de sépulture à sa mère le sanctuaire même de 
l'église du prieuré. Pleine de largesses pendant sa vie pour 
les habitants de Souvigny, elle n'oublia pas non plus le 
monastère auquel elle lit donation d'une rente de vingt 
livres tournois, afin qu'on pût chaque année célébrer avec 
pompe son anniversaire. (1). 



XX. 



« Sur les frontières du Bourbonnais et du Berry, les li- 
gueurs, dit M. Raynal, occupèrent le château d'Ainay et ce- 
lui du Veurdre, les villes de Cérilly, de Sancoins et de St- 
Amand. » Complétons cette brève indication par quelques 
développements puisés ailleurs. 

Ce fut en 1589 que le sieur de Neuvy se rendit maître 
d'Ainay-le-Château. Au mois d'août de l'année suivante, 
les sieurs de Montigny, d'Arquian et de Beaupré, ainsi que 
le grand prieur de France reprirent, à la tête des armées 
royales, cette place , à l'aide d'une tactique peu usitée , 
croyons-nous, dans les fastes militaires, moyennant deux 
mille écus payés au sieur de Neuvy, qui s'engageait, bien 
entendu, à ne plus faire la guerre en Bourbonnais; mais 



(1) Ancien Bourbonnais, tome n, page 178 du Voyage pitto- 
resque. 

36 



— 58 - 

serment qu'il oubliait quatre mois après, en reprenant 
Ainay par surprise et en y rétablissant une garnison (4). 

Dans son Histoire du Berry, M. Raynal nous apprend que 
cette ville eut encore beaucoup à souffrir, ainsi que les vil- 
les voisines, les foires, les marchés, les grands chemins, des 
courses et des déprédations d'une troupe commandée par 
un capitaine de partisans, du nom de Viîlars, « qui, pen- 
dant la Ligue, avait longtemps défendu Saint-Pourçain, » 
et par son lieutenant, le cadet des Aix. 

En 1591, nous retrouvons les protestants maîtres de Cé- 
rilly. Un membre delà maison de Chazeron, propriétaire de 
l'antique seigneurie de Mont-Faucon, en Berry, compre- 
nant dix-sept paroisses (2), et alors gouverneur du Bour- 
bonnais, en fit faire le siège. La ville, sérieusement investie, 
courait grand risque de tomber au pouvoir du parti du roi. 
Aussi voyons-nous accourir, pour porter secours aux assié- 
gés, le capitaine Loys et un homme de guerre que nous 
connaissons déjà, le sieur de'Neuvy qui, heureusement pour 
la ville assiégée, mirent en fuite des compagnies d'arquebu- 
siers que de Chazeron envoyait aux assiégeants. Cent vingt 
hommes restèrent, paraît-il, sur le terrain, sans compter 
les prisonniers (3). 

Varennes, une des villes closes du Bourbonnais, qui, 
dans le temps, avait pris part aux guerres du bien public, 
fut elle aussi ruinée durant ces guerres de la Ligue, h' An- 
cien Bourbonnais rapporte qu'elle fut prise et reprise par le 
duc de Nemours et par M. de Chazeron, gouverneur du 
Bourbonnais, en 1591 (4). 

Située sur le ruisseau d'Argent, près des frontières du 



(1) Ancien Bourbonnais, tomcn, p. 237 du Voyage pittoresque. 

(2) Raynal, Histoire du Berry, tome n, p. 459. 

(3) ancien Bourbonnais-, tome n, p. 217 du Voyage pittoresque, 
[i) Ancien Bourbonnais, tome n, p 274 du Voyage pittoresque. 



- 59 - 

Berry et du Nivernais, Sancoins, le Tinconcium de l'itiné- 
raire d'Antonin et le Tincollura de la table Théodosienne, 
fut Tune des villes du Bourbonnais qui eut le plus à souffrir 
des guerres de la Ligue. Après avoir été repoussé d'Aubi- 
gny par la courageuse et héroïque intervention de Cathe- 
rine de Balzac, M. de la Châtre, avec les débris de son ar- 
mée de ligueurs, deux canons et une couleuvrine, alla oc- 
cuper, pour se venger du duc de Nevers qui s'était pro- 
noncé pour Henri IV, la Chapelle-Dam-Gillon, les châteaux 
de Pesselières, de Mont -Faucon et de Jouy. Sa petite armée, 
renforcée de nouvelles troupes levées en Bourbonnais et que 
lui amenait M. de Neuvy-le-Barrois, investit Sancoins qui 
ne put résister longtemps. Pour éviter le pillage, s'en ra- 
cheter comme on disait alors, les malheureux habitants fu- 
rent obligés de payer une contribution de mille écus d'or au 
soleil, et de recevoir pour gouverneur un sieur de Ponsus. 
Au mois de septembre de la mémo année, le gouverneur 
du Bourbonnais, M. de Chazeron, se présenta en vain de- 
vant cette ville pour la faire rentrer dans l'obéissance 
royale; le gouverneur seul, M. de Ponsus, trouva la mort 
dans une embuscade que lui avait dressée M. de Chazeron. 
Attaquée de nouveau par le duc de Nevers, au mois de mai 
1592, Sancoins lui fut rendue par composition. La maison 
de l'ancien prieuré de l'ordre de Saint-Benoît, bâtie comme 
une forteresse, eut le même sort que la ville elle-même ; 
prise et reprise plusieurs fois, elle fut rasée en 1592 par or- 
dre du roi, et la ville renfermée dans une enceinte, mesure 
qui força les religieux du prieuré d'abandonner une partie 
de leurs droits pour conserver l'autre (i). 

Les ravages et les désordres, qu'entraînait cet état perma- 
nent de guerre, étaient si grands qu'on n'avait plus de res- 



(i) Raynal, lome iv. — Dulaure, tome vi. — Ancien Bourbon- 
nais , lome ii, Voyage pittoresque. 



- GO - 

sources, que toutes les bourses étaient épuisées. Une lettre, 
datée du 28 janvier 1591, que rassemblée de la ville de 
Bourges adresse, au nom des habitants, à M. de la Châtre, 
caractérise cette triste situation. On écrit donc « qu'on dési- 
rait entendre à la trêve qui estoit proposée pour parvenir à 
un repos public ; par laquelle soit accordé que le commerce 
se fasse librement, que le laboureur soit conservé en pa- 
tience ; que les biens, tant ecclésiastiques que des particu- 
liers, habitans des villes, bourgs et bourgades, ne soient au- 
cunement saisis ni empeschez d'une part ni d'autre, et que 

chacun puisse librement aller et vaquer à ses affaires; 

qu'on le supplioit de tenir la main à ce qu'il se puisse faire 
chose qui procure quelque soulagement et utilité au pauvre 
peuple, qui porte tout le faix et incommodité de cette misé- 
rable guerre ; et est temps d'en avoir pitié et compas- 
sion (1). » 



XXI. 



Après avoir guerroyé près d'un mois en Auvergne, Anne 
d'Urfé, marquis deBagé, baron de Châteaumorand, cheva- 
lier de l'ordre du roi, capitaine de cinquante hommes d'ar- 
mes, bailli et gouverneur du Forez, et général de l'armée 
destinée pour l'Auvergne, en l'absence de monseigneur le 
duc de Genevois et de Nemours, rentre dans son gouverne- 
ment du Forez. 11 vient prendre des troupes fraîches etplus 
nombreuses pour aller mettre le siège devant Vichy, se 
promettant bien de faire bon usage des munitions de 
guerre par lui demandées à Lyon le 9 octobre 1590, et que 
Claude Coucher, l'un de ses sujets de Saint-Just, lui a 



(1) Raynal, tome iv, p. «94., 



— 61 — 

apportées. Aidé du marquis de Saint-Sorlin, il investit cette 
petite place dont les murailles, les fossés et les trois portes, 
en mauvais ét:it, ne paraissaient pas pouvoir offrir une sé- 
rieuse résistance. Les habitants s'apprêtaient, néanmoins, 
à résister de leur mieux, quand la nouvelle de l'arrivée du 
comte d'Auvergne, Charles de Valois, fils naturel de Char- 
les IX et de Marie Touchet, fit lever le siège à Saint-Sorlin 
et à d'Urfé, qui marchèrent alors contre Lesdiguières dont 
les troupes menaçaient Grenoble. 

Pour fêter l'arrivée du duc de Nemours en Auvergne, le 
gouverneur de Riom, Canillac, mène de nouveau, en juin 
1591, les troupes ligueuses contre Vichy, dont elles s'em- 
parent après un combat acharné qui fit tomber en leur pou- 
voir le commandant royaliste. En apprenant ce succès des 
ligueurs, notre gouverneur du Bourbonnais, escorté des 
capitaines Rivoire, Vrance et Bousquetraud, se hâte de 
porter secours à notre antique cité. Mais c'est en vain que, 
pour reprendre Vichy, il foudroie pendant plusieurs jours 
la ville à l'aide d'une formidable artillerie, soutenue d'une 
forte division d'infanterie. Comme dernière ressource, M. de 
Chazeron commande l'assaut, le 20 juillet à dix heures du 
matin, assaut qui produisit le plus grand effet, puisque, 
malgré la défense opiniâtre opposée par tous les braves de 
Canillac, qui lui-même trouva la mort dans cette sanglante 
journée, les royalistes entrèrent dans la place à midi, non 
sans laisser plus d'un des leurs aux fossés et aux portes. Le 
succès était complet ; plus de la moitié de la garnison li- 
gueuse avait péri, et le reste avait été obligé de rendre les 
armes et de rester prisonnière (I). Il va sans dire que le ri- 
che couvent des Célestins, espèce de forteresse qui domi- 
nait la ville, et à peine relevé de ses ruines après le désas- 
tre de 1576, grâce à la munificence de Henri III sollicitée 



(1) Imberdis, tome n. 



— 62 — 

par le bailli de Cusset au nom des religieux, avait été 
comme le point de mire de l'artillerie des assiégeants, et 
qu'il ne fut plus qu'une ruine après la journée du 20 juillet 
1591. Du reste, il eut aussi grandement à souffrir des dé- 
sordres occasionnés par les soldais du capitaine Bcaurc- 
gard qui s'en était emparé sous prétexte de le défendre (1). 

L'histoire nous a conservé encore les noms de quatre 
villes du Bourbonnais qui prirent une part plus ou moins 
grande aux guerres de la ligue; ces quatre villes sont 
Cusset, Ebreuil, Montmarault et Moulins. Un mot sur cha- 
cune d'elles, avant de terminer cette partie de notre tra- 
vail. 

Tout près de Vichy, et ne faisant pour ainsi dire qu'un 
avec cette ville, Cusset eut, justement à cause de ce voisi- 
nage, assez à souffrir pendant la Ligue. Comme l'une des 
treize bonnes villes de la Basse-Auvergne, elle choisit pour 
nommer les quatre députés qui devaient représenter le Bas- 



(l) Ancien Bourbonnais, tome n, Voyage pittoresque. 

Extrait de la requête que les Céleslins adressèrent au bailli de 
Cusset, tel qu'il se trouve, du reste, en note à la page 308 du 
Voyage pittoresque : — Supplient humblement les religieux, prieur 
et couvent de la Sainte-Trinité-lez-Vichy, en Bourbonnois, qu'au 
moyeu et en considération des ruines et démolitions faites en leur 
monastère et couvent, par le moyen du feu, qui fut mis en tous les 
endroits d'icclui, pendant les seconds troubles advenus en ce 
royaume, en l'an 1567, par ceux des troupes des vicomtes Bourni- 
quet et Mouvant et autres passans en la ville de Vichy, pays du 
Bourbonnais, et depuis par celles du duc Casimir et prince de 
Condé, qui auroient logé et séjourné au dit monastère avec leurs 
troupes, lesquels fauroient pourchevé de ruiner et ravager, et que 
peu étoit resté et demeuré du feu mis par lesdils vicomtes ; et ce 
que les dits suppléans ou leurs serviteurs auroient pu sauver et 
préserver, ils sont contraints recourir et au pouvoir et aux libéralités 
et bienfaits du roi etc. 



- 63 - 

Pays aux états de Blois, les sieurs P. Lamy, élu, et G. Ogïer, 
délégué , pendant qu'Ebreuil nommait les élus P. Mansac 
et A. Guillet. En 1589, d'Effiat s'empara en même temps de 
Cusset et de Thiers; et, en 1593, cette ville était du parti 
royal, en compagnie de Clermont, Montferrand, Usson, 
Thiers et Blanzat. 



XXII 



En juillet 1589, nous voyons les soldats d'Ebreuil s'unir 
à ceux de Clermont et d'autres villes pour attaquer Aigue- 
perse. Au contraire, en 1592, ce sont les hommes d'armes 
d'Ebreuil et d'Aigueperse qui se joignent aux troupes re- 
muantes du Bourbonnais pour se jeter sur Riom alors mal 
gardée et mal défendue. Enfin , nous pouvons dire 
qu'en 1593, elle était du parti du Maine avec Billom, Saint- 
Germain, Langeac, Courpières, Herment, Ennezat, Ollier- 
gues, La Chaise-Dieu, la Tour et Sauxillanges. 

De Montmarault, nous savons seulement que cette petite 
ville, située sur l'un des points les plus élevés de notre pays 
et •• assise, comme dit Nicolaï, en haut pays et maigre cam- 
pagne, » fut attaquée et pillée, en l'année 1589, par le 
comte de Chalus, qui, momentanément, avait quitté son 
gouvernement dlssoire pour s'emparer des importants ap- 
provisionnements qu'elle renfermait. 

A Moulins, une partie de la noblesse et le clergé tout en- 
tier avaient embrassé la Ligue. Malgré cela. M. deChazeron 
parvint à maintenir le chef lieu de la province sous l'auto- 
rité royale. Tel était du moins l'état des esprits en 1588. 
Aussi, deux ans après, le duc de Nemours essaya-t-il inu- 
tilement de s'en emparer. Un autre fait, pour finir, où se 
trouve le nom de Moulins. C'était en 1592, Aigueperse pré- 
sentait « l'aspect de la plus pauvre et de la plus misérable 



— 64 - 

ville de province. » Consternés et abattus, les habitants de- 
mandent à Henri IV de les exempter d'impôts pendant dix 
ans. Un sursis leur fut sur-le-champ accorde pour la pré- 
sente année ; mais pour le reste, le roi fit renvoyer leur re- 
requête aux trésoriers-généraux de Clermont et de Mou- 
lins (I). 

XXIII. 



L'année 1593 est une date mémorable dans les fastes de 
notre histoire : Henri IV donne, en effet, à la France, le 13 
avril, ledit de Nantes et signe le traité de Vervins le 2 mai; 
les guerres de religion et la guerre extérieure étaient donc 
terminées. « Par ledit de Nantes, dit M. Ozaneaux, Henri IV 
accorda aux protestants tout ce que les édits de pacification 
des règnes précédents leur avaient concédé de plus avan- 
tageux : la liberté de conscience, la protection pour leur 
culte, l'admissibilité à tous les emplois, enfin l'égalité de- 
vant la loi. Par le traité de Vervins, la France recouvra tout 
ce que lui avait assuré le traité de Cateau-Cambrésis, et les 
deux rois de France et d'Espagne promirent de s'aimer 
comme frères (2). » 

Les protestants de Moulins auraient dû, à l'abri de ledit 
de Nantes, pouvoir se livrer en toute liberté aux pratiques 
de leur culte bien et dûment reconnu ; et, cependant, ils 
allaient avoir encore de longues luttes et de nombreuses 
discussions à soutenir pour l'établissement d'un temple 
dans cette ville, tant il est souvent difficile de faire passer 
dans les idées et les mœurs ce qui se trouve dans la loi. Et, 
il est bon de noter qu'à cette époque, « malgré les fureurs 
du sieur de Montaret, un grand nombre d'habitants de no- 

(1) Imberdis, tome n. 

(2) Ozaneaux, Histoire de France, tome n, p. '35. 



— 65 — 

tre ville étaient restés fidèles à la religion réformée, » lisons 
nous dans l'Ancien Bourbonnais. Bien plus, nous voyons 
même que parmi les considérations que firent valoir les dé- 
putés de Tours, aux Etats de Blois. en 1588, pour empjcher 
Moulins d'être le siège d'un Parlement « qui aurait compris 
dans son ressort l'Auvergne, le Lyonnais, le Beaujolais, la 
Dombes, le Forez, la Marche, la Combrailles, le Bourbon- 
nais et tout ce qui ressortissait du présidial de St-Pierre-le- 
Moutier, » se trouvait le grief « de favoriser la religion ré- 
formée (1). »> 

XXIV. 



Jusque là, les réformés de la sénéchaussée du Bourbon- 
nais, comme cela ressort d'une des pièces des archives com- 
munales de Moulins (G a , 103 { ), n'ayant eu pour lieu de 
culte qu'un des faubourgs de Chantelle et le faubourg ap- 
pelé la Varenne, dans la ville d'Hérisson, lieux choisis le 
13 novembre 1600 par MM Le Gay et Chaudieu, premiers 
commissaires pour l'exécution de l'édit de pacification des 
troubles, voulurent enfin pouvoir se réunir au chef-lieu de 
la province. Aussi les voyons-nous, le 22 août 1603, s'a- 
dresser au roi pour demander que les faubourgs des Car- 
mes de cette ville leur soient accordés pour y exercer leur 
religion. De là une vive opposition de la part des catholi- 
ques qui, de leur côté, font supplier le roi de ne pas faire 
droit à une pareille demande. Invités à nommer « trois vil- 
lages es environ de la dite ville, » on verra à leur en oc- 
troyer un ; leur choix se porte sur Iseure, Saint Bonnet et 
Verne (Averme). On ne peut accepter ce choix, leur répond- 
on, Iseure et St-Bonnet étant les paroisses de la ville de 



(1) ancien Bourbonnais, tome n, p. 54 du Voyage pittoresque. 



- 66 - 

Moulins, el « Verne trop près d'icelle. » Leur accordera -t- 
on mieux les villages de la Tireuse et de Nomasy qu'ils de- 
mandent ensuite ? Pas davantage ; et voulez-vous connaître 
le motif de ce refus : c'est que ces deux lieux sont dépen- 
dants de la paroisse d'Iseure. Quant à Verne, on n'y pou- 
vait songer, à cause des apports qui y avaient lieu, à l'occa- 
sion de diverses fêtes, et des rixes qui , par conséquent, 
pouvaient s'élever entre les fidèles des deux communions. 
Après bien des luttes et des pourparlers, on finit par leur 
accorder « un village de la paroisse de Verne, nommé Cha- 
vennes, pour l'exercice de leur religion, et aussi deux bois- 
sellées de terre pour enterrer leurs morts en un champ et 
place vague qui est du public en la d. paroisse de Verne, 
proche et joignant l'héritage du nommé La Grange-Cadier. » 
Ce ne fut, toutefois, que neuf ans plus tard, le 4 juillet 
1612, que le procès-verbal et ordonnance de M. de Gonni- 
court, maître des requêtes, et de Saint-Germain, commis- 
saire de Sa Majesté, portèrent confirmation du lieu de 
Verne (Chavennes). 

Le 25 juin de la même année, au lieu du faubourg de 
Varenne à Hérisson, il leur fut donné dans la même ville, 
celui du pont (C a ,106 1 ). « Et ayant égard à la requête 
présentée par M. Guy Le Myre, procureur et syndic de ceux 
de la religion prétendue réformée, M. de Gonnicourt leur 
avait désigné pour cimetière quatre toises en carré de l'hé- 
ritage appelé Malvault, joignant le chemin public tendant 
d'Hérisson à Cosne, les terres du dit Pierre Lemyre, procu- 
reur du roi en la châtellenie d'Hérisson de deux autres parts, 
et la vigne de Jean Bonnet. » 

Enfin, dans cette même pièce, se trouvent Tordre et la 
recommandation qui suivent : « Enjoignons à ceux de la 
dicte relligion prétendue refformée de souffrir que le de- 
vant de leurs maisons soict tendu et paré par les dits ca- 
tholiques les jours de la feste Dieu, sansnéantmoings qu'ils 
soyent tenuz d'y contribuer auculne chose Enjoignons 



07 



aussy, tant aux catholiques qu'à ceulx de la dicte rclligion 
prétendue refformée, de vivre en bonne paix, union et con- 
corde, comme bons cocytoiens et subjeetz du roy doibvent 
faire sans scandai ny se meffaire, ny inesdire de faict ny de 
parolle, etc. » 



XXV. 



Les protestants de Moulins, trouvant Chavennes trop éloi- 
gné, tirent de nouvelles démarches pour obtenir un tem- 
ple dans l'intérieur même de la ville, ou au moins dans les 
faubourgs; et, parmi les cinq ou six personnes qui s'étaient 
adressées, à cet effet, à M. de Gonnicourt, on cite les noms 
de MM. Claude Descours et Aubin Goujon. Il va sans dire 
qu'il ne fut pas fait droit à leur requête. 

Le 3i octobre 1617, le roi adresse une lettre aux « maire 
et eschevins de Moulins, portant avis que les sieurs de 
ïlievyn et de Rouvray doivent se rendre en cette ville 
« pour régler les plaintes de ceux de la religion prétendue 
réformée sur Taproche des temples. »(G d 208, fol. 20, n°27.) 
Ces deux commissaires dont l'un appartenait, comme tou- 
jours, à la religion catholique, et l'autre à la religion réfor- 
mée, avaient, en effet, reçu leur commission le vingt du 
môme mois, pour visiter à ce sujet les provinces de Bour- 
gogne, Bresse, Geyx, Auvergne, Lionnois, Forests, Beaujo- 
lais et Bourbonnais. 



XXVI 



Les choses étaient toujours traînées en longueur, les ca- 
tholiques cherchaient à gagner du temps , et par tous les 
moyens possibles ne voulaient pas permettre aux protestants 



- 08 - 
de jouir paisiblement de ce qui leur avait été accordé pré- 
cédemment, tant au sujet de leur temple que de leur cime- 
tière de Chavennes. De guerre lasse, le 13 juin 1618, « le 
nommé Fécault antien, au nom des habitants et faubourgs 
de Moulins faisant profession delà religion prétendue ré- 
formée » se décide à adresser une requête, (C. a 107 2 ) aux 
commissaires généraux députés par Sa Majesté pour l'exé- 
cution des édits de pacification, pour se plaindre de 
cet état de choses qui semblait devoir durer indéfini- 
ment, malgré un arrêt qui blâmait le lieutenant général 
et lui ordonnait « quincontinant et sans delay toutes af- 
faires cessantes, il eut à mettre le premier arrêt du 30 dé- 
cembre 1514 à due et entière exécution de point en point 
selon sa forme et teneur, » et de leur en faire pleinement 
et paisiblement jouir. En un mot, le sieur Fécault, au nom 
de ses coreligionnaires, demandait que les commissaires 
généraux voulussent bien « faire publier l'Edit de paciiica- 
tion par les carrefours et places publiques de la ville et 
faubourgs avec inhibitions et défenses sur peine delà vie 
diniurier, travailler ni molester lesdits suppliantz en l'exer- 
cice de leur religion, » et que sans avoir égard aux préten- 
dues oppositions des maire et eschevins, on leur donne une 
maison a au bout du faubourg et franchise ducostéd' Avenue 
le plus proche que faire se pourra tant pour le soulagement 
desenfants, femmes et vieillards que pour la sûreté des sup- 
pliantz lesquels on craindra d'offencer pour la proximité 
des juges, soulz l'offre que les dits suppliantz font de payer 
sonjusteprix selon lestimation qui sera faictepar expertz de 
Tune et l'autre religion et encore qu'il vous plaise en con- 
séquence des esmotions qui se sont faictes les vouloir mettre 
de nouveau en la protection de sa majesté et en la garde 
desditz maire et eschevins et autres officiers royaux et leur 
feres justice. ■» 



- 69 - 



XWil 



En apprenant cette nouvelle prétention des protestants, 
les catholiques de Moulins s'adressèrent alors à la Reine mère 
pour la supplier de vouloir bien prendre en mains leurs in- 
térêts, lui envoyant pour porter leur supplique un sieur 
Pelingendes, l'un des membres d'une des plus célèbres fa- 
millesde notre Bourbonnais au XVII e siècle. De leur côté, leurs 
adversaires, comme on le pense bien, ne restèrent point sans 
faire agir les protections qu'ils pouvaient avoir en haut lieu. 
Les deux lettres de Delingendes, datées de Paris des 18 et 
25 juin 1618, nous mettent au courant de cette lutte des 
deux partis et nous permettent d'apprécier les efforts faits 
par les catholiques pour s'opposer à l'érection d'un temple 
à Moulins. Très peu connues et très curieuses, pour notre 
histoire locale, ces deux pièces nous paraissent devoir 
être reproduites ici. 

A Messieurs 
Messieurs les Maire et Eschevins de la ville de Moulins, 

Messieurs, 

La Roync mère a receu de bonne part l'advis que vous luy avez 
faict donner par moy, et témoignant sa bonne volonté anvers votre 
ville, et le ressentiment qu'elle a de l'entreprise nouvelle des 
ennemys de notre religion, au preiudiee du respect qu'ils luy 
debvoinl, elle rend votre affaire sienne, et veut anpescher ce 
dangereux establissement si près de vous. A ccsle fin elle a envoyé 
vers vous Monsieur de Villescrin gentilhomme de sa maison et 
son escuyer auquel elle ma commandé de faire compagnie, avec 
lettres au Roy contenantz toutes remonstrances et considérations 
nécessaires sur ce faict, afin qu'il plaise a sa Maieste desloigner de 



- 70 - 

nous de si mauvais voisins. Auiourdhuy ledict sieur cl moy sommes 
arrives en ceste ville, ou nous espérons que noire poursuite favo- 
rable de toutes partz en son subict et en la considération de sa 
Maicslc a qui elle touche, sera suivie d'une heureuse fin. Pour le 
moins debvez vous attendre toute sorte de diligence, tant de ma 
part que de celle du dict S r de Yillescrin qui est brave et fort 
advise gentilhomme, aymantla cause de Dieu elencorcs cognoissant 
votre ville pour y avoir este à la suite de la feue Royne Louise. 
C/est de quoy iay voulu vous tenir advertis par la présente a 
laquelle soubz votre permission i'ay ioinct quelques autres lettres 
estimant que vous nauries point désagréable de les recevoir pour 
les faire rendre a ceux a qui elles s'addressent. Si vous trouvez a 
propos de mescrirc, faictes sil vous plaist addresser de vos lettres 
en la maison de Monsieur le gênerai Hinselin rue sainct André 
des Ars. Je demeure Messieurs votre très humble et très affectionne 
serviteur Delingendes (1). 

A Paris ce lundy 18 juin 1618.' 

A Messieurs 
Messieurs les Maire et eschevins de la ville de Moulins 
A Moulins. 

Messieurs, 

Votre affaire a esté mise en délibération, et résolue au conseil 
du Roy ou les députes generaulx et syndics delà religion prétendue 
reformée ont faict toute sorte d'effortz pour l'antherinement delà 
requeste présentée à Messieurs les commissaires estant sur les 
lieux ; mais le respect et la considération de la Royne mère a 
obtenu en ce malheur nécessaire ce qui nous eut este autrement 
desniè. 11 avoit este iuge par un Arrest du conseil donné en Tannée 
seize cent quatorze sur ce qui estoit à exécuter de lEdit de Nantes 
en la Seneschaucee du bourbonnois et sur les procès verbaux et 
advis de Messieurs les iVIaislres des requestes ausquels la Com- 



(1) Archives communales de Moulins, C.-A. 107-5, 



— 71 — 

mission en avoit este cy devantdonnéc, que les dicls de la Religion 
auroint leur presche, en la paroisse de Vcrmc. Ce que sans double 
eust este maintenant confirmé et ordonne que lieu leur seroit 
dosnné par Messieurs les Commissaires Thcvin et de Rouvray 
dans la dite paroisse pour y construire leur temple ncantmoins 
l'intervention de la d. dame Royne a este de tel poidz auprès du 
Roy que pour son contentement sa Maiestô a voulu que les d. de la 
Religion soint establis ailleurs que en la d. paroisse et es dislance 
plus esloignée de la ville. Sur cela Monsieur de Seaux a faict 
response de la part du Roy à Monsieur Thevin par le Courrier 
qu'il avoit envoyé, par laquelle vous appendres ce qui a esté 
résolu au moindre dommage de la ville et en la considération de 
la Royne, a laquelle mesme il avait este advise de laisser la nomi- 
nation du lieu, afin que sur l'advis qui luy seroit donné elle fist 
choix de celuy qui seroit moins incommode et scandaleux à la 
ville. J'eusse bien désiré accompagner la d. réponse, mais ie ne 
m'en puis aller sans celle que sa Maiesté veut faire à la Royne sa 
mère; de laquelle ie suis commande de recevoir les commande- 
ments avant que me retirer auprès de vous Messieurs. Monsieur de 
Villcserin en la compagnie de qui ie suis venu icy, est tombé 
malade qui est la cause de la retardation de mon retour, par ce 
qu'il n'a peu retirer la depesclie du Roy. 

Aussy lost que ie l'aurai ie ne failliray d'aller retrouver la Royne 
mère pour recevoir les commandementz quelle me voudra faire, 
cl de vous revoir. Cependant ie demeure Messieurs votre très 
humble et 1res affectionné serviteur Delingendes (I). 
A Paris le 24 juin 1618. 



XXVIH. 

La reine-mère elle-même ne tarde pas à donner une 
preuve toute particulière de l'intérêt qu'elle porte à « ceste 



(l) Archives communales de Moulins C. A. 107-4. 

Les deux lettres de Delingendes ont été par moi lues à la So- 



— 72 — 

affaire » en écrivant, le 2 juillet de la même année, aux 
maire, eschevins et habitants de la ville de Moulins, la let- 
tre que voici : 



A Messieurs les Maire, eschevins et habitans de la ville 
de Moulins. 



Messieurs Jay veu par vostre lettre et parce que ma rapporte celuy 
que vous m'avez depesche ce qui s'est passé à Moulius sur l'establis- 
sement quon y vouloit faire dungpresche, et les moiens que vous 
avez tenus pour retarder lexeeution. Ce que je vous diray avoir 
trouve fort a propos, et aussi l'advis que vous men avez donné, 
Ayant aussi tost escrit au Roy monsieur mon fiz et a quelques ungs 
de son conseil pour les prié davoir ceste affaire en considération 
pour le bien et le repos de la Ville et du pais et mon particulier 
interest. Je me remelz a ce d. porteur de vous dire la résolution 
qui y a este prise au Conseil du Roy mon dict sieur et filz a vostre 
contentement et lassertion que jy ay contribue non seullement 
pour son mérite Mais aussi a la supplication que vous m'en avez 
faicle. Vous devez aussi croire que je la désire conserver toute 
entière pour vous en rendre toutes soriesde bons effecls en ce qui 
se présentera pour le bien commun et advantage de votre ville et 
dun chacun de vous en particulier. Escrit à Bloys le 2 e jour de 
juillet 1618(4). 

Signé, Marie. 

PHELYPEAUX. 



ciélé d'Emulation le 17 avril 1863, comme cela résulte du procès- 
verbal de ce jour. — Seulement, je m'empresse de faire ici une 
petite rectification : ce n'est point, comme je le supposais alors, 
le Jésuite Claude Delingendes, mais bien un autre membre de cette 
famille qui aurait écrit les deux lettres en question. 
(Il Archives communales de Moulins C. A. 107-7. 



- 73 - 



XXIX 



D'après ces documents, il est facile de voir que les réfor- 
més de Moulins continuaient à être plus que jamais en butte 
à toutes espèces de contrariétés, de tiraillements et d'offen- 
ses; aussi, lisons-nous, à la page quatre vingt-dix-septième 
du Voyage 'pittoresque de Y Ancien-Bourbonnais, qu'en 1620 
« le parti calviniste détruisit une grande partie des bâti- 
ments de l'hospice Saint-Gilles » fondé en 1499 par 
Pierre II et Anne de France , avec l'autorisation de l'évêque 
d'Autun et du curé d'Iseure, et auquel depuis peu avaient 
été ajoutés les hospices de Saint-Nicolas et de Saint-Julien. 
Les dégâts causés par ces tristes représailles furent bientôt 
réparés par les soins du comte de Saint-Jean, gouverneur 
de la Province qui, de concert avec les magistrats de la 
ville, mit à la tète de cet établissement des religieux 
de la charité de Saint-Jean de Dieu. Enfin, de tous ces dé- 
bats et de toutes ces contestations qui, comme nous venons 
de le voir, furent plus d'une fois portés jusqu'au roi, « il 
en résulta un édit qui ordonnait, qu'à dater de 1632, le 
lieu d'exercice de la religion protestante, pour la ville de 
Moulins, serait A ver mes (1). » 



Les pièces concernant rétablissement de la religion réformée 
dans le Bourbonnais sont au nombre de sept et se trouvent aux 
archives de la ville de Moulins, au chapitre C, article A n° 107 de 
l'inventaire sommaire des archives de cette ville antérieures à 
1790. 

(1). Ancien Bourbonnais, lome h, page 59 du Vorjage pittoresque. 

6 



74 - 



XXX. 



A partir de ce moment, nous n'avons plus trouvé aucun 
fait particulier au Bourbonnais. Il nous est donc impossible 
de dire quel fut 1 état des églises réformées d'Hérisson, de 
Chantelle et d'Avermes qui, néanmoins, tout porte à le 
croire, dût être des plus modestes, pendant qu'entre au- 
tres les églises et les académies protestantes de Montauban, 
de Saumur, de Sedan et de Nismes brillaient du plus vif 
éclat par la science et par l'éloquence de leurs pasteurs et 
de leurs docteurs. Le silence le plus complet règne aussi 
sur tout ce qui dut se passer en Bourbonnais, en 1661, an- 
née où furent nommés des commissaires chargés « d'exa- 
miner dans chaque province les violations vraies ou fausses 
de l'édit de Nantes, et de ramener la paix entre les deux 
communions (1). » Il en est de même en ce qui touche les 
dragonnades, de si triste mémoire, et qui eurent lieu dans 
le centre de la France comme ailleurs, puisque, selon 
M. Henri Martin « Paris et l'Alsace furent seuls préservés, 
jusqu'à un certain point (i). » Toutefois, au centre et au 
nord, les dragonnades se faisaient, parait-il, « avec plus de 
ménagements, de peur que les cris des victimes n'allassent 
troubler Versailles, où il y eut, dans cette même année, 
comme le raconte M m de Sévigné, de brillants carrousels, 
avec promotion de chevaliers du Saint-Esprit (3). » 



M) de Félice, p. 370. 

(2) Henri Martin, Histoire de France, tome xiv p 52. 

(3) de Félice, p. 412. 



— 75 



XXXI. 



Notre Bourbonnais ne put faire autrement que d'avoir sa 
part des calamités et des crimes qui couvrirent d'un voile 
de deuil et de sang la France entière, à l'époque de la ré- 
vocation de r'édit de Nantes (22 octobre 1685), l'une des pa- 
ges assurément les plus tristes et les plus affreuses de nos 
annales, surtout quand on sait que tout près de nous, en 
Auvergne, la lettre suivante de Louvois fut publiée à son 
de trompe : « Sa Majesté veut qu'on fasse éprouver les der- 
nières rigueurs à ceux qui ne voudront pas se faire de sa 
religion ; et ceux qui auront la sotte gloire de vouloir de- 
meurer les derniers, doivent être poussés jusqu'à la der- 
nière extrémité (I). » La désolation, la ruine, l'épuisement 
et la dépopulation de la patrie, tel fut le juste et terrible 
châtiment d'un crime si affreux ! C'est, du reste, à cette 
époque que fut démoli le temple d' Avenues, qui leur avait 
été concédé en 1632. Qui sait si quelques-uns des protes- 
tants de l'Allier ne suivirent pas « les destinées de ces trois 
cent mille proscrits volontaires, qui, comme dit M. Weiss, 
n'hésitèrent pas à sacrifier leur patrie à leur Dieu, et dont 
l'énergique résolution ne peut qu'inspirer une vive sympa- 
thie à ceux qui partagent leur doctrine, un respect profond 
à ceux qui professent une religion différente, un regret pé- 
nible à ceux qui aiment sincèrement leur pays (2). » 



(1) Imberdis, tome n, p. 542. 

(2) Préface de Y Histoire des réfugies prof estants de France de- 
puis la révocation de redit de Nantes jusqu'à nos jours, par Ch. 
Weiss, professeur d'histoire au lycée Bonaparte. Charpentier et 
Cherbuliez, 1853. 



76 



XXXII. 



L'implacable niveau de l'unité régna seul désormais sur 
notre contrée dont les religionnaires, trop peu nombreux 
et trop affaiblis du reste, ne durent pas connaître toute* 
les péripéties et toutes les horreurs endurées par les fidèles 
des églises du désert, qui se tinrent dans tant de lieux et 
dont on ne peut lire l'histoire sans éprouver les émotions 
les plus poignantes, sans ressentir l'indignation la plus 
grande contre les persécuteurs et les bourreaux. Heureuse- 
ment des temps meilleurs devaient venir, pour l'honneur 
de la religion et de l'humanité ! La liberté de conscience et 
de culte, proclamée par notre grande Révolution de 1789, 
ouvrait une ère nouvelle de paix et de justice pour les pro- 
testants, malgré bien des nuages, sans doute, qui, plus 
d'une fois, vinrent assombrir ce grand réveil de la cons- 
cience. Toutefois, ce ne fut que dans ces dernières an- 
nées que des temples ou oratoires furent ouverts à Moulins, 
à Vichy et à Montluçon, dans lesquels les protestants du 
Bourbonnais purent célébrer publiquement leur culte sous 
la protection des lois et des sages idées de tolérance des 
populations. 



LES 

TROUBLES DE LA FRONDE 

EN BOURBONNAIS 

Par M. BOUCHARD 
MEM1RE DE LA SOCIÉTÉ D'ÉMULATION DE i/ALLlER 



Notre étude sur les guerres de Religion en Bourbonnais 
terminée, il nous reste encore, pour traiter complètement 
la question du programme des Assises scientifiques que 
nous avons choisie, à essayer d'indiquer le retentissement 
que les troubles de la Fronde purent avoir dans ce même 
milieu. 

Une première question qu'il faut tout d'abord se poser 
est de savoir quelles furent les causes qui signalèrent chez 
nous « cette dernière échauffourée féodale. » (l)Ces causes 
peuvent se rapporter à deux ordres d'idées : le contre-coup 



(I) Feillet Alph La misère au temps de la Froide et Saint Vincent 
de Paul, page 82. 



- 78 — 

des événements politiques et militaires dont l'antique et re- 
doutable château de Monlrond fut le théâtre, et l'état de mi- 
sère extraordinaire que les marches et contre-marches des 
troupes royales et frondeuses laissèrent dans le pays, comme 
dans tout le reste de la France. 

Un coup d'œil rapide, jeté sur cette « étrange » guerre 
civile, servira d'introduction naturelle à ce travail. Pendant 
la minorité de Louis XIV, la France fut, de 1648 à 1653, en 
proie à un bouleversement général. Une lutte terrible éclate 
entre le parti de la cour, d'un côté, et celui de la noblesse 
et du parlement, de l'autre; c'est-à-dire entre le pouvoir ab- 
solu et les privilèges de toute espèce. Depuis long-temps 
déjà des ferments de discorde couvaient partout : la 
noblesse était indignée delà puissance el de l'autorité de 
Mazarin, la misère du peuple était à son comble, tout le 
monde se plaignait du poids énorme des impôts. On n'atten- 
dait plus, pour se soulever, qu'un prétexte que devait bien- 
tôt fournir le parlement de Paris qui, en juin 1648, se cons- 
tituait, par son édit d'union, en corps politique, pour traiter 
des affaires de l'Etat, de concert avec le grand conseil, la 
cour des comptes et la cour des aides. Sous l'instigation du 
cardinal, et comme l'on devait s'y attendre, la Cour cassa 
non seulement cet arrêt, mais ordonna encore, vu la résis- 
tance des magistrats, l'emprisonnement de deux d'entre eux, 
le président de Blancménil et le conseiller Broussel. En 
janvier 1649, toute la famille royale se retire à Saint-Ger- 
main devant l'attitude du peuple soulevé pour soutenir ses 
magistrats ; et, en octobre suivant, elle rentre à Paris, grâce 
à l'épée de Condé. Bientôt les choses changent de face ; 
Condé est à son tour arrêté en janvier 1650 avec Conty et 
Longueville, et un an après, février 1651, Mazarin lui-même 
est obligé de délivrer les prisonniers et de se retirer à Colo- 
gne. Enfin au bout de huit mois, le cardinal rentre en 
France et reconquiert, deux ans plus tard, cette puissance 
et cette autorité qu'il devait garder jusquà sa mort. 



- 79 - 

Tristes et malheureux temps que ceux que nous avons à 
étudier. Ou ne peut se douter, quand on n'examine pas de 
près les choses, de ce qu étaient alors les hautes classes de 
la société, au milieu de ce XVII e siècle si vanté et si admiré. 
Voulez-vous savoir ce qu'étaient les grands seigneurs du 
temps ? Ecoutez M. de Saint-Aulaire : « La vérité historique 
oblige de reconnaître, dit-il, que les grands seigneurs de la 
Fronde ne se faisaient pas plus de scrupule des émeutes po- 
pulaires que des alliances avec l'étranger. » Que dire de 
telle devise placée sur leurs étendards : « Frappe fort ; 
prends tout et ne rends rien, a (1). Pour dernier trait, lisez 
ces lignes : « Montai, Persan et les autres officiers de Condé 
ne faisaient que suivre l'autorisation que leur donnait leur 
chef de faire hardiment la maraude d'hommes, pour se 
procurer de l'argent. » (2). 



IL 



Avant d'aller plus loin, il est deux noms mêlés au sujet 
qui nous occupe que nous tenons à signaler ; ce sont ceux de 
l'abbé Lingendes et du poète de Blot, appartenant l'un et 
l'autre à ce pays. L'abbé Lingendes soutenant, comme 
presque tout le clergé de France, la cause royale, fut amené, 
le 6 mars 1649, à prononcer un sermon antifrondeur « où 
Beaufort crut se reconnaître dans le tableau passionné de 
la révolte d'Absalon. » (3). Le baron deChauvigny de Blot, 
gentilhomme de Gaston, duc l'Orléans, avait par ressen- 



ti) Fcillet, page 357 

(2) Feillet, pages 465 et 466. 

(3) Feillet, page 418. 



— 80 — 

timent embrassé la cause contraire qu'il soutint en poëte, 
par des épigrammes et des chansons. Pourquoi faut-il que 
que nous soyons obligé de dire, qu'une pension accordée 
plus tard fit subitement changer notre compatriote dont 
madame de Sévigné, en parlant de quelques-uns de ses 
couplets, prétendait qu'ils avaient le diable au corps (i). 



III 



Parmi les caractères particuliers que la Fronde présente à 
l'historien, il en est un qui est, on peut le dire, caractéris- 
tique, et qui peint bien l'époque ; c'est le rôle important 
que les grandes dames surent prendre et jouer habilement. 
C'est au point que M. Michelet a pu écrire « qu'à elles seules, 
elles vont mener la guerre civile , gouverner , intri- 
guer, combattre; les hommes se traînent derrière ces nobles 
amazones, menés , dirigés en seconde ou troisième ligne. 
Que le lecteur ne s'attende donc pas à beaucoup de suite 
dans les événements ; la logique est impossible avec tous ces 
êtres passionnés. » Les choses étaient poussées si loin qu'on 
fut obligé de prendre certaines mesures pour arrêter ce 
mouvement de propagande et d'entraînement. C'est alors 
que nous voyons la reine-mère enjoindre aux deux 
princesses de Condé de se retirer, dans cet admirable châ- 
teau de Chantilly, tour à tour habité par les plus illustres 
personnages et chanté par tant de poètes. Là, dans ces 
magnifiques salons et sous les ombrages des arbres sécu- 
laires de ce parc royal, se réunissait une société choisie, pas- 
sant des plaisirs aux affaires de l'Etat, selon les caprices 



(l) Annuaire de V Allier, année 1826. 



- 81 — 

d'une belle veuve, la duchesse de Châtillon, de la comtesse 
de Tourville, deMad. de Gouville et de Mlle Gerbier qu'on 
peut, sans crainte, nommer parmi les plus nobles et les plus 
belles de cette illustre compagnie. 

Pour déjouer tous ces projets et tous ces complots, on ré- 
solut en haut lieu d'envoyer les princesses et le jeune duc 
d'Enghien à Montrond, en Berry. En même temps, un des 
amis les plus dévoués de cette famille, Pierre Lenet, procu- 
reur général au parlement de Dijon, avait aussi choisi ce 
lieu solitaire et éloigné, afin de placer au milieu des nom- 
breux seigneurs qui pouvaient soutenir la cause des prin- 
ces, Claire-Clémence de Maillé et son fils, devenus la tête 
du parti, puisque Condé était renfermé à Vincennes. Ce 
hardi projet s'accomplit heureusement, grâce à d'assez sin- 
guliers stratagèmes, et malgré la présence à Chantilly du 
sieur du Vouldy, gentilhomme ordinaire du roi, envoyé 
pour exécuter les ordres de la cour. De telle sorte que, pen- 
dant que la duchesse douairière se rendait, elle aussi, en 
secret à Paris pour implorer l'aide et l'assistance du Parle- 
ment, la princesse de Condé et son fils, conduits par le 
brave Lenet, escorté d'un certain nombre de gentilshom- 
mes, arrivaient au château de Montrond le 14 avril 1650. à 
minuit, après trois jours de marche forcée exécutée non 
sans dangers. 



IV. 



Un mot maintenant sur cette antique et redoutable forte- 
resse, l'asile et le boulevard, pour quelque temps, du parti 
des princes. Le château de Montrond, situé au nord de Saint- 
Amand qu'il domine, « dans ce riche vallon de Saint-Pierre, 
le val d'or.. .. le seul lieu de France où l'on puisse cueillir 
une plante d'Orient, poétique souvenir des Croisés, qui 



— 82 — 

peut-être l'y apportèrent jadis (1). » dépendait autrefois, 
ainsi que cette ville, de l'importante châtellenie d'Ainay, 
en Bourbonnais. Ce manoir avait, cela va sans dire, et ses 
légendes et son histoire. Quelles luttes n'eut-il pas à soute- 
nir dans les guerres des Anglais, dans celle du bien public 
et pendant la Ligue? Les hôtes qui l'avaient habité étaient 
au nombre des plus illustres, car ils avaient nom Charles de 
Gonzague de Clèves, duc de Nevers ; Sully et Condé, qui 
s'étaient plu l'un et l'autre à l'orner et surtout à le fortifier. 
En effet, « le château de Montrond, dit M. Raynal, qui al- 
lait avoir tant d'importance dans les événements de la 
Fronde, était devenu un lieu de délices en même temps 
qu'une forteresse presque imprenable. Son enceinte avait 
plus d'une lieue de tour : elle comprenait de nombreuses 
constructions, un vaste et magnifique château à trois éta- 
ges, une grosse tour ou donjon de cent vingt pieds de haut, 
dont les murs étaient crénelés et qui se terminait par une 
plate-forme surmontée d'une colonne au sommet de la- 
quelle on voyait une statue de Mercure; des vergers, des 
parterres, des bosquets traversés par de longues allées de 
charmilles, des canaux et des réservoirs alimentés par la 
petite rivière du Chignon (2).» En un mot, « c'était, comme 
le raconte Lenet, un lieu propre à tenir toutes ces provin- 
ces (Berry, Bourbonnais, Nivernais, Marche et Limousin) 
en échec, à faire perdre au roi les recettes de la taille et 
delà gabelle, et à en tirer de l'argent suffisamment pour 
faire subsister le parti qui se pouvait former, favoriser le 
passage par la Bourgogne et la Guienne , provinces en 
lesquelles la disposition des esprits et divers intérêts fai- 
saient prévoir de grands orages. » 



il) Raynal, Histoire du Berry, tome i, préface, p. 9. 
(2) Raynal, tome iv, p. 285. 



83 — 



Il n'y avait pas encore un mois que la princesse de Condé 
et son (ils étaient à Montrond, quand survinrent des évé- 
nements qui la forcèrent à s'échapper de ce château, dans 
la nuit du 8 au 9 mai, pour se rendre secrètement à la tor- 
teresse de Blaye, que commandait M. de Saint-^imon. Bien 
soutenu par de nombreux soldats et par des chefs tels que 
Tavannes, Châtillon, Chavagnac etBussy-Rabutin, le mar- 
quis de Persan s'était chargé de défendre Montrond jusqu'à 
la dernière extrémité. 

De ce moment datent les ravages et la désolation de tout 
le pays environnant, tant par les troupes royales que par 
les partisans de Condé. « La garnison de Montrond multi- 
pliait, dit M. Raynal, ses courses dans le voisinage; elle al- 
lait jusqu'aux portes de Moulins (1). « Les lieux dont il est 
ici question, en ce qui regarde le Bourbonnais, sont prin- 
cipalement les villes de Cérilly, d'Ainay et d'Hérisson, qui 
beaucoup plus rapprochées du théâtre de l'action, eurent 
grandement à souffrir, comme nous allons le voir. Toute- 
fois, quant aux événements qui durent alors se passer à Cé- 
rilly, nous sommes obligé d'avouer que nous ne savons 
rien, si ce n'est ce qu'en disent les auteurs de Y Ancien 
Bourbonnais et de l 'A Hier pittoresque, savoir : « que cette 
ville prit une bonne part aux guerres de la Fronde, ajoute 
X Ancien Bourbonnais, mais sans trop avoir à souffrir de la 
résistance de Montrond et d'Ainay. » Fort heureusement 
les documents que nous avons pu recueillir concernant 
Ainay, Hérisson et Moulins nous permettront de retracer 
avec quelques détails cette page de notre histoire locale. 



(1) Raynal, tome iv, p. 323. 



— 84 — 



VI 



Presque immédiatement après la sortie de la princesse de 
la forteresse de Montrond, François de Vaudetar, marquis 
de Persan, en était venu prendre possession comme gou- 
verneur. Aussitôt, il n'eut rien de plus pressé que de faire 
« payer aux villes des environs de grosses contributions, 
prenant à rançon les personnes qu'il rencontrait dans la 
campagne, enlevant les bestiaux et volant le blé (1). » Parmi 
ces villes, Ainay fut, avec Hérisson, une de celles qui eurent 
le plus à souffrir des déprédations du marquis de Persan, 
sans parler de toutes les horreurs d'un siège en règle 
qu'elles eurent l'une et l'autre à soutenir. 

Le gouverneur de Montrond envoie contre Ainay cinq ou 
six cents hommes. Repoussé une première fois, il revient 
de nouveau à la charge, et trouve toujours la même résis- 
tance. Enfin, malgré toute l'énergie et la bravoure du sei- 
gneur de Beaugé, qui commandait cette place et de tous les 
hommes de la garnison ; malgré la ruse extraordinaire em. 
ployée pour faire croire aux assiégeants qu'on était beau- 
coup plus nombreux qu'on ne se trouvait en réalité, en fai- 
sant jouer des mannequins sur la muraille, il faut céder au 
nombre et se rendre. Tombé au pouvoir d'un tel adver- 
saire, le seigneur de Beaugé fut pendu; qu'on juge du sort 
des autres! Accablée de contributions de toutes sortes, 
vins, blé, paille, foin et argent, la malheureuse ville d'Ai- 
nay, pour comble de malheur, reçut encore en garnison, 
pendant vingt-quatre jours, a la compagnie de chevau-lé- 
gers du prince de Condé » 



(1) Ancien Bourbonnais, tom. u,p. 237 du Voyage pittoresque. 



— 85 — 

Plus heureuse qu'Ainay, Hérisson, commandée par un 
seigneur des environs, du nom de du Creux, put résister à 
un siège de trois mois dirigé par le même marquis de Per- 
san, à la tête des mêmes troupes frondeuses, même malgré 
la trahison de Simon Sanson, seigneur de Bries, qui était 
parvenu à introduire dans la ville, le 27 juillet 1650, quel- 
ques-uns des siens dans des coffres placés sur des charret- 
tes. Le même jour, le marquis de Persan était facilement 
parvenu à se rendre maître du château du Creux, ainsi que 
du fils de ce seigneur qui y était renfermé, et ce « afin de 
le proposer en échange au parti royal, contre les soldats 
qui devaient s'introduire dans Hérisson et qui pouvaient 
(comme cela arriva) ne pas réussir dans leur coup de 
main (1). » Pour punir la trahison du seigneur de Bries et 
faire un exemple capable d'intimider à l'avenir les plus 
audacieux, on résolut de déployer toute la rigueur, on peut 
même dire toute la barbarie légale du temps. A ce sujet, le 
lieutenant-général civil et criminel de la châtellenie d'Hé- 
risson, Pierre Demay, rendit un arrêt ordonnant que le 
corps de ce seigneur, du traître Simon Sanson, serait livré 
à l'exécuteur, pour être traîné sur une claie, une corde au 
cou. La sentence indiquait aussi qu'il serait placé sur un 
échafaud dressé au milieu de la place publique, et que sa 
tête, séparée du tronc, serait ensuite fixée à l'extrémité d'un 
poteau élevé sur une tour du château. Son corps, coupé en 
quatre morceaux, devait être attaché aux quatre princi- 
pales portes d'Hérisson. 11 va sans dire que sa maison fut 
rasée et ses biens confisqués. Telle fut cette cruelle et bar- 
bare sentence qui, chose assez curieuse, ne put être exécu- 
tée par le bourreau de Moulins, celui-ci, réclamant, pour 
l'accompagner Jusqu'au chef-lieu de la châtellenie, vingt 
personnes, que les malheurs du temps ne permirent pas de 



(1) ancien Bourbonnais, tomcii, page 231 du Voyage pittoresque. 



— 83 - 

lui fournir. Un pauvre, qui se trouvait de passage à Moulins, 
fut, moyennant un modique salaire, chargé de cette affreuse 
besogne (1). 



VII. 



Mais ce n'était pas seulement les villes environnantes, 
comme Cérilly , Ainay et Hérissson , villes si cruel- 
lement éprouvées déjà dans les guerres de religion, qui 
avaient à souffrir des courses et des déprédations delà garni- 
son deMontrond ; ses ravages s'étendaient encore beaucoup 
plus loin en Bourbonnais, puisque, d'après le témoignage 
de M. Raynal, « elle allait jusqu'aux portes de Moulins. » 
Le chef-lieu de la province était tellement préoccupé et ef- 
frayé des mouvements, des marches et contre- marches des 
gens d'armes qui occupaient ses frontières du côté du Berry, 
« que, puis deux mois aucuns des habitants n'ont osé dé- 
semparer leurs murailles, à la raison de trois ou quatre 
qui ont été aussi faits prisonniers par les parties de Mont- 
ron (2) ». Toutefois il est bon de dire que, grâce au cou- 
rage et aux mesures prises par un « homme sage et ferme/» 
le maire André Roi, nommé plus tard, comme récompense, 
conseiller d'Etat, « c'est à peine si la ville se ressentit des 
luttes qui désolèrent Hérisson, Montrond et Ainay-le-Cha- 
teau. » 

Voulons-nous d'autres preuves pour caractériser le mal- 
heureux état auquel les gens de guerre réduisaient notre 



(1) Ancien Bourbonnais, lome n, note des pages 231 , 232 et 233 
du Voyage pittoresque. 

(2) Ancien Bourbonnais, tome n, p. 233 du Voyage pittoresque 
(dernières lignes de l'arrêt du sieur Pierre Demay). 



— 87 - 

pays en général, et la ville de Moulins en particulier, pen- 
dant cette année I60O, voici deux lettres inédites de M. de 
Saint-Geran, gouverneur de la province, adressées au mi- 
nistre Letellier qui, malheureusement, ne peuvent laisser 
aucun doute à ce sujet (1). 

Lettre datée de Moulins du 14 septembre 1650. 

M N S I E U K , 

L'augmentation des courses de ceux de Monrond qui ont fait 
contribuer des paroisses jusques a trois lieux d'icy et fait plusieurs 
prisonniers, m'ont obligé a faire approcher aux environs de cette 
ville ce que j'ay peu lever de gens qui sont encor en petit nombre 
n'ayant encore rien receu de mes assignats par la recepte géné- 
rale, et sur quelque bonne volonté que celte ville témoignoit de 
donner quelques hommes pour joindre aux miennes et a quarante 
ou cinquante chevaux que Mons-le marquis de Levy a levés, affiu 
qu'avec cela nous puissions nous opposer a ces courses jusques a 
ce que ayant toutes nos troupes nous soyons en estât de reprendre 
sur eux les chastaux qui leur servent de retraite dans cette pro- 
vince ; j'ay aujourd'huy fait faire assemblée des officiers de celle 
ville pour savoir \bs moyens que l'on pourrait trouver par le secours 
des habitans de nous rendre assez forts et de trouver de l'argent a 
advancer pour nos levées qui se rendroit par le receveur général 
après en avoir receu ; pour ce dernier l'on n'a peu trouver de 
secours et pour l'autre l'assemblée conlinura demain pour résou- 
dre quelle assistence d'hommes Ion peut attendre des bourgeois, 
quelques parroisses de la Campagne a qui cette garnison enlevé 
des bestiaux offrent quelques chevaux pour syder a mettre des 
cavalliers en estât de servir, mais je ne scay encor sy cela aura 



(li Je suis heureux de pouvoir remercier ici M. Prélier, proprié- 
taire à Paris, qui a bien voulu prendre la peine de faire les dé- 
marches nécessaires pour pouvoir m'envoyer la copie de différentes 
pièces conservées au dépôt de la guerre. 



- 88 — 

beaucoup cléffet, jauray lhonneur Monsieur de vous en donner 
advis, et cependant sy je vois les choses en estât de faire resis- 
lence aux désordres que Ton fait dans cette province contre l'au- 
thorité du roy et à la ruyne du peuple je n'y perderay point de 
temps il y a eu quelques bourgs qui se sont deffendus contre eux, 
mais je vous supplie de considérer qu'ils sont forts en même 
temps les supplications que j'ay eu lhonneur de vous faire pour 
l'augmentation de quelques compagnies dans mes regimens et 
pour celuy de M. le comte de Pionsat, j'esperes ces grâces de vous 
comme une personne qui est avec toute sorte de passion. 
Votre très humble et très aff i0ne serviteur, 

Saint-Geran. 

Comme on vient de le voir, les frondeurs étaient assez 
nombreux dans une partie du Bourbonnais, et les troupes 
royales qu'on pouvait leur opposer, en si petit nombre, que 
le gouverneur en demande de nouvelles, ne fondant pas 
grand espoir sur les levées qu'on pourra faire dans le pays, 
vu le manque d'argent. Le danger devait être on ne peut 
plus pressant, puisque, trois jours après cette première let- 
tre au ministre, M. de Saint-Geran se hâte de lui en écrire 
une seconde pour lui annoncer que les courses et les pille- 
ries des soldats de lagarnisou deMontrond continuent, que 
deux châteaux, probablement ceux d'Ainay et d'Hérisson, 
et plusieurs villages voisins sont en leur pouvoir. Les ennemis 
du parti royal ne recul ent devant rien; ils vont môme jusqu'à 
adresser des billets à quelques paroisses pour les obliger à 
la contribution. Enfin, c'est toujours le nerf de la guerre 
qui manque et qu'on attend en vain ; et, malgré cela, on 
travaille, quoique sans grand espoir, à se mettre en état de 
pouvoir débarrasser la province de si dangereux voisins. 

Lettre datée de Moulins du 17 septembre 1650. 
Monsieur, 

Depuis la dernière que j'ay eu lhonneur de vous écrire, il y a 
toujours eu des courses et des pilleries par ceux de Monrond en 



- 89 - 

plusieurs endroils de cette province et les intelligences qu'il y ont 
par le moyen de ceux qui se sont jettes dans ce party leur y donne 
beaucoup de facilité, Ion me vint il y a trois jours donner advis en 
cette ville que soixante chevaux avaient passé la rivière d'Allier a 
gay, et bien que Tordre que jay mis de faire garder toutes les 
maisons forte ne me donnaist aucun soubçon ny pensée qu'ils 
peussent faire aucune entreprise favorable à leur party, je ne laisse 
pas de monter a cheval avec ce que jay de cavalerie sur pied et 
quelques amis qui se trouvèrent auprès de Monsieur le marquis 
i le Levy et moy au nombre de deux cents chevaux pour marcher 
du costédu passage que Ion m'avait dict, mais étant sur le lieu a 
cinq lieues d'icy il se trouva que la nouvelle estait fausse et que 
quelques archers du seel qui passèrent la rivière de nuit avaient 
donné cause cette alarme a un village dont le curé me donnait 
l'advis, ayant séjourné hyer en ce quartier la cause des billets 
que Ion a envoyez de la part de ceux de Monrond a quelques par- 
aisses pour les obliger à la contribution, je suis aujourdhuy re- 
tourné en ce lieu d'où je me promet de partir demain ou lundy 
avec ce que nous pourrons avoir de gens sur pied et le secours 
de cette ville et des bourgs et parroisses voisines pour aller du 
costé des deux chasteaux qu'ils tiennent dans celte province pour 
les obliger a se retirer et délivrer les villages voisins des pilleries 
qu'ils y font tous les jours, et sy nous recevons bientost n t,e argent 
dont je n'ay encor rien que mil escus j'esperes avoir bientost 
achevé de mettre nos gens sur pied et que je seray en estât de 
faire retirer ceux qui se sont jettes dans deux ou trois places de 
cette province, mais je vous supplie très humblement de consi- 
dérer Monsieur, que la milice de cette ville et des autres lieux 
cessera de venir aussytost que les comodités qu'ils reçoivent de 
ces garnisons la aura cessé et qu'aussy peu de troupes et des sei- 
gneurs si faibles de comp ies je ne pourrois p&s faire beaucoup de 
resistence et que si vous n'avez la bonté de me donner les moyens 
d'effectuer mon affection et mon zelle et que vous agréerez bien 
les importunités que vous en rende. 
Monsieur votre très humble très aff ne . 

Saint Geran. 



- 90 — 

Nous avons encore en notre possession deux autres piè- 
ces provenant,elles aussi, du dépôt delaguerre et qui, l'une 
et l'autre, font toucher au doigt l'état déplorable de cette 
contrée, tout en s'occupant plus particulièrement de Mou- 
lins. Ne pouvant tout reproduire, nous nous bornerons à 
les analyser et à en donner les principaux passages, 

Dans une lettre adressée à Letellier par M. de Bar, éche- 
vin, au nom du maire et des autres échevins de Mou- 
lins, nous voyons que les faubourgs de la ville, déjà épui- 
sés par un continuel passage de troupes, sont non-seulement 
désespérés d'apprendre que Sa Majesté en envoie d'autres, 
« le fonds de lestape » se trouvant absorbé, mais qu'ils 
murmurent fort contre eux « se plaignant d'estre surchar- 
gez après avoir toujours témoigné aucq seigneur la fidé- 
lité qu'ils doivent à leurs maiestes et notamment en nos 
dernières rencontres où la province est toute ch hr e, fai- 
sant une garde de grande fatigue, et très exacte, nespar- 
gnant aucune chose pour se fortiffier, et entretenant à leur 
frais et dépent tout les jours trois cent hommes qui travail- 
lent aux fossez de nostre nouvelle closture » 

L'autre pièce, faite au château de Moulins le 20 septem- 
bre 1650 et contresignée Foison, est un acte émané du comte 
de Saint-Geran, lieutenant-général des armes du roi, gou- 
verneur et sénéchal du Bourbonnais, capitaine de cent 
hommes d'armes, des ordonnances de Sa Majesté et maître 
de camp d'un régiment de cavalerie et d'un d'infanterie 
pour son service, le môme personnage, du reste, qui a écrit 
les deux premières lettres dont il a été question. A l'aide de 
ce document, nous voyons encore que « les incursions et 
désordres » des frondeurs ne font toujours que continuer 
« dans la plus grande partie de cette province » ; qu'ils lè- 
vent sans crainte des contributions sur les sujets du roi, 
qu'ils font des prisonniers , enlèvent les bestiaux et rava- 
gent, en un mot, tout le pays, à tel point que le gouver- 
neur, ainsi que M. de Lévy, n'ont pu achever la levée des 



- 01 — 

troupes. Il va sans dire que, toujours et toujours, se retrouve 
cette même plainte, le manque d'argent. Toutefois, l'action 
paraît cette fois devoir suivre les paroles ; la noblesse et le 
tiers-état sont appelés aux armes pour marcher contre l'en- 
nemi, comme cela venait d'être résolu dans une assemblée 
tenue au château. Nous ne pouvons mieux faire que de re- 
produire ce qui suit de cet important document 

« Nous mandons très-expres- 

sement aux officiers du roy dans chacune chastelenie de 
cette seneschaussée, consulz et habitans des villes d'assem- 
blée en toute diligence le plus grand nombre de cavaliers 
et soldats les plus propres à porter les armes que Ion 
pourra choisir dans les dites villes et parroisses du ressort 
de chacune des dites chastelenies, pour se trouver le vingt 
huitième jour du présent mois à Souvigny et se joindre 
aux troupes que nous avons levées et que nous y ferons 
trouver pour les entreprises nécessaires au bien du service 
de Sa Magesté et soulagement de cette province, lesquels of- 
ficiers des dites villes et chastelenies mettront en même 
temps ordre de faire subsister pédant un mois les cavaliers 
soldats assemblés et fournis par chacun d'icelles, au rem- 
boursement de laquelle despance il sera pourvue aussi que 
de raison, à quoy les dits officiers du roy et consulz tra- 
vailleront incessament à peine d'en respondre en leur 
propres et privez noms : exhortons et ordonnons sembla- 
blement à la noblesse, qui est dans l'estendue de nostre 
gouvernement et y possédant fiefz, de monter à cheval 
das le mesme temps pour se trouver en armes et équipage 
chacun selon son pouvoir pour servir le roy auprès de 
nous suivant les ordres qui leur seront par nous donnez et 
en notre absence par le dit sieur marquis de Lévy et autres 
maréchaux de camp, qui doivent servir souz notre charge 
ainsi qu'il sera par nous réglé, a peine contre chacun des 
contrevenans à notre présente ordonnance d'estre déclarez 
desobeissans et rebelles au service de Sa Magesté, d'estre 



- 92 — 

procédé contre eux par saisie de leurs terres et seigneuries 
et d'estre par nous commis des hommes pour servir à leurs 
places, lesquelz ils seront tenus mettre en équipage d'ar- 
mes et de chevaux et les soudoyer durant le temps de ser- 
vice à proportion des biens que chacun possède, et d'au- 
tant que jusqu'icy les peuples ont esté retenus de courir 
suz les ennemis et se deffandre de leurs incursions, leur 
engoignons aussitost qu'ils aprendront leur marche de 
sonner le toxain sur eux, les tailler en pièces en cas de ré- 
sistance, ou s'en saisir si faire se peut et les conduire a la 
plus prochaine ville delà capture et iceux délivrer aux offi- 
ciers du roy pour nous en faire la conduitte déclarant de 
bonne prise leurs armes, chevaux et autres choses dont 
ils seront trouvez saisis, et afin que personne n'en puisse 
douter que chacun ait a obéir promptement, la presante 
sera a la diligence du substitut du procureur du roy pu- 
bliée en toutes les villes et parroisses de notre gouverne- 
ment. » 



VIII 



Grâce à de précieux documents découverts par M. Meil- 
heurat, membre correspondant de la Société d'Emulation 
de l'Allier, et dont plusieurs publications importantes (1) 
ont déjà largement profité, nous pouvons indiquer le re- 
tentissement que les troubles de la Fronde eurent dans une 
autre partie du Bourbonnais. Les registres paroissiaux du 
Donjon, « complets depuis François P* (1525) jusqu'à l'éta- 
blissement des municipalités, » renferment, en effet, entre 
autres renseignements, les indications suivantes dues au 
curé Girard Gharnay, qui, de 1608 à 1653, ne laissa écouler 
aucune année sans y consigner quelque chose. 

(1) La Misère au temps de la Fronde et Saint Vincent de Paul, 
par Alph, Feillet. — Cabinet historique de il. L. Paris. 



— 93 — 

« Le i ei février 4650, il passa par le Donjon environ 
2,000 cavaliers que l'on dit être l'une des armées de M. le 
Prince, qui avaient passé à Vichy et sont allés vers Belle- 
garde, conduits par M. de Goligny. M. le gouverneur et 
M. de la Ferté ont fait battre le tocsin partout pour empê- 
cher les autres... Les habitants du Donjon et des paroisses 
depuis Vichy jusqu'à Digoin ont été commandés à prendre 
les armes et à se défendre et empêcher que les gens de 
guerre de M. le Prince, qui venaient par l'Auvergne ne 
puissent passer par le Bourbonnais pour aller à Bellegarde. 
Suivant ce commandement, les habitants ont fait de fortes 
barricades, se sont bien armés, fait de bons corps de 
garde et veillé jour et nuit, tellement que nos ennemis s'en 
sont retournés, et peu de temps après les habitants, fracti 
bello fatisque repulsi, ont abattu leurs barrières, quitté 
leurs corps de garde et retourné leurs armes au râ- 
telier * 



IX. 



Après la prise de Bordeaux par le parti de la cour, et le 
traité signé le 1 er octobre 1630, contenant des articles plus 
favorables que la princesse de Coudé ne pouvait l'espérer, 
puisque, outre une amnistie générale pour tous ceux qui 
avaient pris les armes, il lui était permis de se retirer, avec 
son fils, dans l'une de ses maisons d'Angers, « si mieux elle 
n'aime aller à Montrond, à condition de réduire la garnison 
à deux cents hommes de pied et cinquante hommes de 
cheval, qui seront entretenus à nos dépens sur la recette de 
Berry. » Le 23 octobre, les deux envoyés du cardinal , 
M. d'Alvimar, officier d'infanterie, et Jean Fradet de Saint- 
Août, comte de Chateaumeillant, signèrent avec le gouver- 
neur de Montrond, M. de Persan, une convention relative à 
cette forteresse, indiquant que tous les châteaux occupés 
de part et d'autre seraient rendus à ceux qui en avaient la 
(?arde avant les troubles, que les prisonniers seraient resti- 



— 94 - 

tués et que « les fonds accordés à la princesse pour la sub- 
sistance d'une garnison de 200 hommes et de 50 chevaux 
seraient acquittés sur les recettes générales du Berry et du 
Bourbonnais, et même sur l'élection deSaint-Amand, « par 
préférence à toutes les autres charges, » et mis entre les 
mains du sieur Damours, nommé commissaire et payeur de 
la garnison de Montrond. Le marquis de Persan s'enga- 
geait à sortir du château à l'arrivée de la princesse et du 
duc d'Enghien : en attendant, il était autorisé à laisser à 
Saint-Amand le régiment de cavalerie qu'il avait formé 

Les articles, à peine signés, furent publiés à Montrond, au 
bruit de l'artillerie, des tambours et des trompettes : bien- 
tôt on les publia également dans le Berry, le Bourbonnais 
et les provinces voisines (1). » 

Ce ne fut, toutefois, qu'au mois de novembre que la 
princesse de Coudé se rendit en Berry, et qu'au mois de fé- 
vrier 1651 que les princes furent mis en liberté. C'est alors 
que recommencèrent pour notre Bourbonnais et de nou- 
velles luttes et de nouvelles misères. Ainsi, « le jour de 
Saint-Claude, 6 juin 1651. les régiments de Conti et de 
Bourgogne ont logé dans le Donjon et y ont fait beaucoup 
de maux, battu et rançonné plusieurs hôtes, rompu les 
meubles et emporté tout ce qu'ils ont pu, et délogé le len- 
demain (2). » Peu aimé de la cour, le prince de Condé 
quitte Paris en juillet pour se rendre lui aussi en Berry au 
mois de septembre, déclarant « qu'il entendait persévérer 
au service du roi, mais qu'il voulait faire la guerre aux 
mauvais ministres; qu'il n'agissait que pour le bien de 
l'Etat. » Malgré cela, ce ne fut qu'à Montrond qu'il se dé- 
cida, quoique à regret, à faire la guerre. Laissant donc dans 
le pays, comme cela se voit dans les mémoires de La Bo- 
chefoucauld, le prince de Conti et MM. de Longueville et 

(1) Raynal, tome >v, p. 328. 

(2) Registres paroissiaux du Donjon. 



— 95 - 

de Nemours « pour y faire des levées et se rendre maître 
du Berry, du Bourbonnais et d'une partie de l'Auvergne, » 
sans oublier l'intendant de justice Vineuil, pour lever les 
tailles sur les deux premiers pays, accompagné du duc de 
La Rochefoucauld, il part pour Bordeaux « soulever le par- 
lement et le peuple. » 



Instruite de tout ce qui se passait, la cour se décide à se 
rendre en Berry où se tramaient toutes ces intrigues, et y 
arrive en octobre, avec quatre mille soldats. A l'appro- 
che du roi, les instigateurs, M. de Conti en tête, se hâtent 
de quitter Bourges et de se mettre à l'abri derrière les rem- 
parts de Montrond que dès le lendemain de l'arrivée de Sa 
Majesté, on résolut d'assiéger. Le comte de Palluau, 
Philippe de Clérambault, et le mestre de camp de Bougy y 
conduisirent donc immédiatement douze cents hommes de 
pied et cinq cents chevaux, y compris le régiment des gar- 
des suisses et françaises ; tandis que l'autre partie de l'ar- 
mée royale, confiée au comte d'Harcourt, était envoyée en 
Guyenne combattre le prince de Gondé. Mais déjà le prince 
de Conti, la duchesse de Longueville et le duc de Nemours 
s'étaient empressés de rejoindre le prince de Condé à Bor- 
deaux, laissant à Montrond MM. de Persan et de Baas pour 
veiller à la sûreté de cette place forte. En présence d'un tel 
état de choses, et contre des forces assez considérables ame- 
nées pour investir le principal boulevard du parti de Condé 
en Berry, les assiégés reconnaissant aussitôt qu'ils ne pou- 
vaient défendre la ville de Saint-Amand quoique protégée 
par cette forteresse, pensèrent n'avoir rien de mieux à faire 
que de « détruire une partie des faubourgs et les bâtiments 
situés de manière à favoriser les assaillants. » Il va sans 
dire qu'on s'empressa de donner asile dans l'enceinte du 
château à toutes les personnes qui voudraient s'y réfugier 



— 90 - 

et d'y transporter tout ce qui serait de nature à pouvoir ser- 
vir à la défense à laquelle on se proparait. 

Ce fut clans la nuit du 16 octobre que le comte de Palluau 
commença les travaux d'investissement de la place de 
Saint-Arnaud dont la résistance, comme nous venons de le 
laisser supposer, ne pouvait être de longue durée. Toutes 
les mesures prises contre Montrond, on employa la fin de 
ce mois et tout le suivant à se rendre maître des différents 
châteaux des environs dont les garnisons étaient favorables 
à Condé ; c'est ainsi qu'Hérisson ouvrit ses portes à M. de 
Saint Geran, gouverneur du Bourbonnais. De telle sorte que 
Montrond « se trouva sans auxiliaires au dehors, étroi- 
tement bloqué par l'armée royale, et par conséquent con- 
damné à succomber dans un délai plus ou moins long. 
Tout le pays, du reste, fut livré aux courses des soldats (1;. » 
On ne saurait dire quelle fut la misère des campagnes et 
des villes des environs, occasionnée par toutes les courses 
des soldats ; surtout, si on songe à la famine qui désolait 
déjà depuis plusieurs mois cette partie de la France. De son 
côté, l'armée royale disséminée un peu partout r afin de 
pouvoir vivre, causait de tels ravages aux paysans, qu'indi- 
gnés d'une telle conduite, qui ne tendait à rien moins qu'à 
les réduire à la dernière extrémité, ils finirent par s'enhar- 
dir jusqu'à repousser plus d'une fois la force par la force. 

Le comte de Palluau s'était cru obligé d'aller, en janvier 
1652, présenter ses hommages au cardinal Mazarin « dont 
le crédit semblait renaître ; » le mois suivant, de concert 
avec Bussy -Rabutin, il attaquait La Charité qu'occupait le 
régiment de Langeron dévoué au prince de Condé. En sorte 
que, commencé depuis plusieurs mois déjà, le siège de 
Montrond ne faisait que traîner en longueur. Cette sortie 
fut néanmoins très avantageuse à l'armée royale ; car, si 
on ne put s'emparer de la ville, on fut assez heureux pour 
obtenir que les habitants rompissent eux-mêmes deux ar- 

(1) Raynal, tome^iv, page 350. 



— 97 - 

elles de leur pont, ce qui rendait plus difficile aux fron- 
deurs de pouvoir se porter au secours des assiégés. Cepen- 
dant, malgré le succès de ses partisans, la cour n'était pas 
sans inquiétude sur le résultat final de tout ce mouvement; 
car il faut bien le dire, on n'était pas complètement rassuré 
sur la fidélité des gentilshommes des environs, entre autres 
de M. de Saint-Geran qui, paraît-il, éludait constammemt les 
ordres et les instructions qui lui étaient adressés pour con- 
duire ses troupes renforcer celles qui étaient occupées à faire 
le siège de Montrond. Tantôt il les faisait avancer, tantôt 
il les faisait rentrer en Bourbonnais. Pour couper court à 
tant d'incertitude, et le forcer d'agir selon les ordres qu'il 
avait reçus de la cour, MM. de Palluau, deBaradasetBussy 
Rabutin furent obligés de réunir des forces assez impo- 
santes à Cérilly et de lui faire savoir « qu'ils avaient ordre 
de faire marcher ses troupes ou de les charger. » Le parti 
des frondeurs comptait bien aussi un certain nombre de 
partisans dans le Bourbonnais, puisque M. de Palluau fut 
obligé de se rendre à Moulins, pour empêcher MM. de Coli- 
gny et de Lévy de réunir des soldats qu'ils se proposaient de 
conduire au secours des défenseurs de Montrond. 

A la lin de mai et pendant tout le mois de juin, les tra- 
vaux du siège furent, malgré tout ce qui manquait, poussés 
avec plus d'activité et d'ensemble. Les circonvallations 
étaient tracées, les tranchées ouvertes, des mineurs en as- 
sez grand nombre occupés à cette œuvre de destruction, 
lorsque le comte de Palluau reçut, au commencement du 
mois d'août, l'ordre de lever le siège. Heureusement que sur 
sa demande cet ordre fut retiré, puisque le 15 de ce même 
mois, le gouverneur de Montrond, le marquis de Persan, fut 
forcé, vu la détresse à laquelle les assiégés étaient réduits, 
d'entrer en pourparlers avec ses ennemis. Il s'engageait à 
rendre Montrond, si, dans quinze jours, il ne lui arrivait pas 
un secours, à condition néanmoins que lui et tous ses sol- 
dats, au nombre de cent quarante environ, auraient la vie 
sauve, qu'ils sortiraient avec les honneurs militaires et 



- 98 — 
qu'on leur fournirait jusqu'à Montargis des vivres « au 
taux de l'armée. » Si le secours si impatiemment attendu 
arrivait, le même marquis de Persan s'engageait, en retour, à 
ne pas inquiéter les ouvriers et soldats occupés à faire dans 
la ville de Saint-Amand tous les travaux de défense que lui, 
comte de Palluau, jugerait utiles. 

En apprenant cette capitulation, Condé s'était empressé, 
comme on le pense bien, d'envoyer de Saint-Cloud où il 
était alors campé, au secours de la place, M. de Briord, à la 
têtede cinq cents chevaux. Malgré toutes les difficultés d'une 
telle entreprise, ces nouvelles troupes parvinrent à déjouer 
les forces envoyées pour leur fermer le passage; car, au lieu 
de passer la Loire à La Charité, elles la passèrent à Chateau- 
neuf, et a au lieu de laisser Bourges à main gauche, comme 
on le présumait, Briord avait voulu s'approcher du Bour- 
bonnais, pour favoriser la levée de boucliers de MM. de 
Saint-Geran, de Goligny, de Lévy et de Valençay, qui réu- 
nissaient à la hâte des gentilshommes, afin de le rejoin- 
dre. Bussy partit aussitôt et se rendit à Bannegon, où il fit 
rompre les ponts jetés sur un marais que forme la réunion 
de l'Auron et du Sagonnin. » (i). Parvenus à rejoindre 
Briord à Baugy, avec quinze cents chevaux, MM. de Lévy 
ei de Valençay se mirent à leur tour à la poursuite de quel- 
ques troupes commandées par deux gentilshommes du 
Bourbonnais MM. de Franchesse et de la Pierre. Forcés 
de se « retirer du côté de Cérilly, » ces nouveaux 
auxiliaires ne purent donc pas aller rejoindre le comte 
de Palluau devant Montrond ; tandis que à la tête de 
« huit escadrons de cent maitres et deux cents mousque- 
« taires en quatre pelotons » M. de Briord « délicat au der- 
nier point sur l'honneur» s'avançait aussi près que possible 
de cette place d'armes. Malheureusement, tout ce qu'il put 
faire fut de tirer qnelques coups de pistolet aux avant postes, 
pour se diriger ensuite en toute hâte « vers Sancerre avec les 

(1) Raynal, tome iv, pages, 357, 358. 



- 99 - 

gentilshommes du Bourbon nais. «Cette tentative hardie ayant 
échoué, M. de Persan, n'ayant plus aucune espérance, se 
vit forcé, le 1 er septembre, d'exécuter la capitulation faite 
le 15 août précédent. Aussitôt M. de Palluau fut chargé 
par le roi de veiller aux opérations et aux travaux de des- 
truction des fortifications de Montrond. 



XI. 



Avec Cérilly, Ainay-le-Château doit encore être nommée 
une seconde fois, à cause de la part qu'elle prit forcément 
à la lin de ces troubles de la Fronde. Qu'on juge de la mal- 
heureuse situation de cette ville forcée, dès l'arrivée de 
M. de Palluau devant Montrond, de « fournir aux troupes 
royales toute espèce de munitions. » Les déprédations 
étaient poussées si loin a qu'on s'empara même par violence 
des gerbes de blé dans les granges des fermiers. » On alla 
même jusqu'à lui imposer de nourrir à discrétion pendant 
quarante-un jours les compagnies du régiment de Joyeuse 
et de recevoir en étape les régiments de cavalerie de Claire 
Richelieu et de Trassy. Pendant la moisson, on enlevait le 
blé ; pendant les vendanges, le vin; et, en tout temps, on 
ne se fit pas faute de mettre la main sur les bestiaux. En 
un mot, la détresse fut si grande que les malheureux la- 
boureurs ne purent pas ensemencer leurs terres,qu'une foule 
d'habitants dut abandonner le pays, et que les deux tiers 
moururent de faim. (1). 

Quelles ruines et quelles misères ces marches et contre- 
marches de soldats, se dirigeant depuis si long-temps sur 
Montrond, soit pour défendre cette forteresse, soit au con- 
traire pour l'attaquer, n'ont-elles pas dû occasionner ? Ce 
que nous connaissons déjà de Cérilly, d'Hérisson, d'Ain ay, 
et de Montrond, nous laisse facilement supposer ce qui dut 
forcément arriver à beaucoup d'autres villes, ainsi qu'à 

(I) Ancien Bourbonnais , tome n , page 237 du Voyage pittoresque. 



— 100 — 



toutes les campagnes environnantes. Et pourtant, ce n'est là 
malheureusement que quelques pages du lugubre drame 
qui se déroule partout. Combien d'autres pages nous res- 
tent encore à lire ! A l'aide des registres paroissiaux du 
Donjon, si heureusement consultés par M. Meilheurat, nous 
allons pouvoir faire connaître toutes les horreurs dont cette 
autre partie du Bourbonnais fut le théâtre. 



XII. 



La Fronde a été sans doute la cause de bien des malheurs, 
de beaucoup de souffrances; mais, il n'est pasjuste, pour cela, 
de lui attribuer tous les maux qui frappèrent à cette époque 
les populations. Sans remonter bien haut, sans parler par 
conséquent et des guerres des anglais et des guerres dereligion 
et de la ligue, le curé Girard Gharnay s'est chargé de ré- 
pondre d'une manière péremptoire à ceux qui seraient tentés 
de soutenir une telle opinion, du moins en ce qui concerne 
notre pays, et assurément l'on ne peut pas dire que cette 
thèse ait été faite pour les besoins de la cause. C'est par 
lui, en effet, que nous savons qu'en juin 1632, Monsieur 
traversa le pays avec dix mille cavaliers au moins, arriva 
au Donjon le 27 et le 30 à Vichy. Ce premier passage de 
troupes en amena forcément un second, celui de l'armée 
royale qui, quinze jours après, ayant à sa tète M. de La 
Force, poursuivit Monsieur jusqu'à Digoin avec cinq mille 
hommes. Peu de temps après, c'est M. de Sehomberg qui 
passe à « Molins » avec quatre mille hommes de troupes 
royales. Enfin, au mois d'août, c'est Louis XIII et toute la 
cour qui traverse le pays, en compagnie de vingt mille 
hommes, toujours pour faire poser les armes au même ad- 
versaire ; « quatre-vingts charrettes chargées de mèches et 
déballes à mousquet); sont alors passées par le Donjon. 
La Fronde, comme nous venons de le voir, ne peut donc 
pas avoir le triste privilège de toutes les calamités qui 



— 101 — 

désolèrent notre pays, pendant la première moitié du 
xvn e siècle ; elle ne lit que continuer un état de choses qui, 
depuis des siècles, venait trop souvent, et pendant trop 
longtemps, réduire ù toute extrémité les populations,, épo- 
que cependant que tant tic gens regardent encore comme 
l'âged'or delà société et qu'heureusement nous avons pour 
toujours laissé loin derrière nous. 

XIII. 

Mais, outre ce que nous savons déjà, concernant le pays 
joignant les frontières du Berry, que pouvons-nous mettre 
encore à la charge de la Fronde, à l'autre extrémité du pays 
joignant actuellement le département de Saône-et-Loire ? 
Hélas ! encore et toujours la désolation et la ruine si triste- 
ment caractérisées par les quelques lignes suivantes de 
M. Feillet : « Dans le Bourbonnais, toujours d'après les re- 
gistres du Donjon, la coupe de blé seigle (mesure de trente 
livres ou double décalitre, dont le prix ordinaire était dix 
sols) est vendue communément 40 sols en fin de cette an- 
née 1651 (1). » Laissons encore la parole, sur un autre su- 
jet, à ces mêmes registres et à ceux de Montcombroux. 
Dans les registres paroissiaux de Montcombroux , il n'y 
a aucune trace de mariage pendant les trois années 
1650, 1651, 1652; en 1648, il y en avait 3 ; un seul en 1649, 
et 4 en 1654. « Au Donjon, on trouve des mariages, mais 
le nombre diminue considérablement : au lieu de 15 unions 
célébrées en 1649, on n'en trouve plus que 4 en 1650, 7 
en 1651, 8 en 1652 et 6 en 1653 (2). » Il en sera de même 
en ce qui concerne les naissances. Au Donjon, « les nais- 
sances qui, en 1649, s'élevaient à 42, ne sont plus que de 
28, 32, 23. 32, 27 pendant les cinq années (1650-1655) ; les 
décès avaient été de 7 en 1649 ; en 1650, ils montent à 12 : 

(!) Feillet, p. 303. 
(2) Feillet, p. 371. 



— 102 — 

à 18, dans chacune des années 1651 et 1652 ; à Montcom- 
broux, qui ne voyait d'ordinaire qu'une seule inhumation 
par année, ellesvont à 6 en 1651 et à 5 en 1652; nous ne reve- 
nons au chiffre normal de l'unité qu'en 1654 (1). » Les 
quelques lignes suivantes, encore empruntées aux registres 
paroissiaux du Donjon, achèvent de peindre le triste état 

dans lequel était tombé le pays : « Le 16 mars 1650 

sont arrivées au Donjon trois compagnies de cavalerie, qu'il 
faut nommer tyrans, cruels et diables, lesquelles ont de- 
meuré sept jours au Donjon et y ont fait les plus grandes 
extorsions, rançons et excès que personne ait connu ni ouï 
dire. On dit que c'est M. le gouverneur et M. de Gaumin, 
intendant à Moulins, qui nous ont envoyé ce déluge, afin 
de contraindre le pauvre peuple de payer toutes les tailles 
encourues depuis 1647, 1648, 1649 (2). » 

XIV. 

Dans cette affreuse misère, qui frappe plus ou moins 
toutes les populations du royaume, d'où viendra le secours, 
qui songera à apporter quelque remède à une situation si 
désespérée? Pourquoi faut-il être obligé de dire que ce ne 
sera pas la cour de France et toute cette noblesse que nous 
venons de voir, il n'y a qu'un instant , réduire le pays à 
toute extrémité. « A la cour, lisons- nous dans le remar- 
quable ouvrage de M. Feillet, on avait le temps, le courage 
de s'amuser, on trouvait de l'argent pour les plaisirs, lors- 
que toute la France s'épuisait en aumônes insuffisantes 
pour essayer de combler cet abîme béant. De février en mai, 
ii ne se passe guère de semaine qu'il n'y ait mascarade en 
forme de ballet, ballet proprement dit, entre autres, celui 
de Cassandre, 26 février 1651, où l'on trouve le nom de 
Molière dans la quatrième entrée ; comédie, collation, mu- 

(1) Feillet, p. 373. 

(2) Feillet, p. 263, 



— 103 — 

sique des vingt-quatre violons pendant la collation, feu 
d'artifice, soit au Palais-Cardinal, au Louvre ou chez des 
courtisans comme le président Tubeuf. Les expéditions mi- 
litaires même n'empêchent pas les plaisirs : à Poitiers, dit 
la feuille, officieux rapporteur des faits et gestes du jeune 
monarque, « le roi continue de prendre ses divertissements 
au manège et au bal , comme la reine ses dévotions 
(1 er janvier 1652) (1). » Aussi, dans un pamphlet en vers de 
l'époque, la Finance affligée, se permet-on de faire tenir au 
roi ce triste langage : 

« Si la France est en deuil, qu'elle pleure et soupire ; 
Pour moi, je veux chasser, galantiser et rire. » 

Qui donc enfin, prendra en main l'organisation et la direc- 
tion des secours que tout un peuple réclame ; quel sera ce 
sauveur si impatiemment désiré ? Qui aurait pu le croire; 
ce sera un enfant du peuple, un pauvre berger des Landes, 
Vincent de Paul. C'est dans l'ouvrage de M. Feillet auquel 
nous avons fait, chemin faisant, plus d'un emprunt, qu'il 
faut apprendre à connaître cette grande et sainte figure, 
l'honneur du catholicisme et de l'humanité tout entière 
qui le revendique comme un de ses plus glorieux enfants. 
C'est, en effet, avec un cœur de chrétien et d'apôtre que 
Vincent de Paul va répondre aux cris de détresse et de dé- 
sespoir poussés par tout un peuple, et par ses missions et 
ses institutions de toute sorte, entreprises et créées dans le 
noble but d'apporter quelque soulagement tant au moral 
qu'au physique des populations, comme nous l'apprennent 
les Relations, espèce de petit journal destiné « à signaler à 
la pitié publique la détresse de la capitale aussi bien que 
celle des provinces, » Vincent de Paul fut donc lame de 
toutes les institutions charitables de cette époque si trou- 
blée et si malheureuse. Toutefois, quant à ce que la charité 

(1) Feillet p, 305. 



— 104 — 

de notre saint put taire pour le Bourbonnais, nous n'en 
sommes réduits qu'à de simples conjectures, n'ayant abso- 
lument aucun document à cet égard. Nous aimons cepen- 
dant à penser que son action bienfaisante put se faire sentir 
jusqu'au milieu de ce pays, et ce qui peut assez raisonna- 
blement nous le faire supposer, c'est que nous voyons le 
Berry être visité par des prêtres dévoués, les dignes coopé- 
rateurs de Vincent, comme en fait foi une pièce charitable 
du temps intitulée : Avis aux fidèles sur les nécessités et mi- 
sères extrêmes de plusieurs provinces (1,\ Quoi qu'il en soit, 
ce grand mouvement de charité ne put faire autrement que 
d'adoucir au moins un peu les souffrances des malheureux 
habitants du Bourbonnais. 



XV, 



Nous venons de retracer, avec tous les détails que nous 
avons pu recueillir çà et là, le retentissement que ces deux 
grands faits de notre histoire, les guerres de religion et les 
troubles de la Fronde, Ont eu dans notre province ; sachons 
maintenant mettre à profit les leçons qu'ils renferment, 
nous souvenant que l'histoire doit être l'institutrice et des 
individus et des peuples Aussi, est-ce par les paroles sui- 
vantes de l'historien et controversiste Palma Cayet que nous 



— 105 — 

terminons ces études : « Pour ce que l'histoire est la maî- 
tresse de la vie, j'ay taché de réciter au vray les choses 

comme elles sont advenues , afin que si les Français 

tumbent à l'advenir en pareils troubles (que Dieu ne veuille 
par sa grâce), que ce qui est advenu de ce temps leur serve 
d'exemple (1). » 



(1) Cette citation de Palma Cayet se trouve à la dernière page 
du dernier volume de Vmstoire des guerres religieuses en Auvergne^ 
par M Imberdis. 



PUBLICATIONS DU MEME AUTEUR, 



Notice bibliographique sur Durand de Saint-Pour- 
çain, brochure de 24 pages publiée dans le 7 e vol. 
du Bulletin de la Société d'Emulation de l'Allier, janvier 
1859. 

« Cet illustre théologien fut le premier , voyons-nous 
dans le dictionnaire de Moreri, qui, sans s'assujétir à sui- 
vre les principes d'aucun autre, prit des uns et des autres 
ce qu'il jugea à propos, et avança quantité de sentiments 
nouveaux, ce qui lui a fait donner le nom de docteur très- 
résolutif. » 

La vie de Durand de Saint-Pourçain, qui se faisait gloire 
d'aimer la vérité par -dessus tout, tout en conservant la 
charité envers tous, réalisa, on peut le dire, cette belle 
pensée de Madame Swetchine : « qu'il faut travailler 
sans 6e lasser à rendre sa piété raisonnable et sa raison 
pieuse. » Durand partage avec Auriol la gloire d'avoir pré- 
paré la voie à Guillaume d'Ockam, dont il fut le maître, 
pour frapper le dernier coup à la doctrine réaliste. Avec 
les auteurs du Gallia Christiana, nous le proclamons : 



— 108 — 

excellent , fameux et antique maître en théologie. Avec, 
M. Haureau, dans son savant ouvrage sur la philosophie 
scolastique, nous n'hésitons pas à le placer au nombre des 
principaux docteurs du XIV e siècle, et, en lui rendant cet 
hommage, nous ne faisons que sanctionner le jugement de 
ses contemporains. Pour nous, son plus grand mérite, son 
véritable titre de gloire aux yeux de la postérité, c'est d'a- 
voir voulu être et d'avoir été lui-même. Grand et salutaire 
exemple, nécessaire aussi bien aux hommes d'aujourd'hui, 
qu'il le fut pour ses contemporains. Honneur donc à sa 
mémoire î 



Notice sur Jean Benoist, docteur en théologie de la 
maison de Navarre et curé des Saints-Innocents à 
Paris, mort en 1573. (manuscrit). 

Le fait le plus saillant et le plus caractéristique de la vie 
de ce théologien est le démêlé qu'il eut avec son vicaire, 
l'abbé Semel, au profit duquel il avait résigné son béné- 
fice. Il intervint à ce sujet, le 29 avril 1558, un arrêt du 
Conseil privé par lequel J. Benoist, qui avait résigné son 
bénéfice sans condition, et en extrémité de maladie, fut 
reçu à y rentrer. Cet arrêt se trouve aux pages 1942 et 1943 
du 4 e vol. des Edits et ordonnances des rois de France 
depuis saint Louis jusqu'à Henri IV, par Fontanon, avocat 
au Parlement de Paris. 

On a de lui : 1° des notes marginales sur toute FEcriture- 
Sainte, imprimées à Paris en 1565 chez Macé ; 2° un recueil 
de Scholies, tirées des interprètes grecs et latins, sur les 
quatre Évangiles et sur les actes des Apôtres , commencé 
par Jean de Gaigni ; 3° une nouvelle concordance des deux 
Testaments par phrases. 

Dans cette étude, lue en juin 1859 à la Société d'Emu- 



— 109 - 

iation de l'Allier, M. Bouchard établit par des preuves au- 
thentiques que c'est à tort que certains biographes ont fait 
naître J. Benoist à Verneuil, l'une des dix-sept châtellenies 
de l'Ancien Bourbonnais. Ce personnage est complètement 
étranger à notre contrée ; il appartient à la Normandie et 
est né à Verneuil, chef-lieu de canton du département de 
l'Eure. Les preuves les voici : Dans la bibliothèque sacrée 
du Père Le Long, prêtre de l'Oratoire, au volume deuxième 
et dernier, nous trouvons à la table de l'ouvrage l'indica- 
tion suivante : Benedictus Joannes , normanus, Vernolii 
natus. Biblia lalina valgatœ editionis recensait, scholiisque 
illustravit. Le mot normanus signifie bien, pensons-nous, 
que la Normandie est la patrie de ce théologien. Dans la 
bibliothèque des R. P. Richard et Giraud dominicains, nous 
trouvons : Benoist J. né à Verneuil au Perche ; et nous 
savons que cet ancien pays de France, le Perche, était 
situé entre la Normandie, le Maine, l'Orléanais et l'île de 
France. Enfin, le dictionnaire historique de Moreri fait jus- 
tement mention, avant l'article consacré à ce Benoist, d'un 
autre Benoist, théologien lui aussi, et né dans le départe- 
ment de l'Eure ; ce qui prouverait encore ce que nous avan- 
çons , si ces deux personnes appartenaient à la même 
famille, et tout le fait supposer, puisque Moreri, en donnant 
Verneuil, pour lieu natal à notre théologien, n'indique pas 
de quel Verneuil il entend parler. 



Notice biographique et littéraire sur Biaise de 
Vigenère, brochure de 17 pages publiée dans le 8 e 
vol. du Bulletin de la Société d'Emulation de l'Allier, juin 
1861, avec un portrait dû à Th. de Leu. 

« Le public a cru faire justice à Vigenère, dit Adrien 
Baillet, de lui donner le second rang après Amiot parmi les 



— 110 — 

illustres traducteurs français. En effet, on a toujours jugé 
que s'il^a été surmonté en quelque chose par un traduc- 
teur, il a en récompense passé de fort loin tous les autres 
qui s'étaient mêlés de traduire jusqu'alors ; et que s'il a 
eu un supérieur, il n'en a point eu d'autres qui lui furent 
égaux jusqu'à la réforme de notre langue. » C'est donc à 
bon droit que nous pouvons compter Vigenère au nombre 
des illustrations du XVI e siècle, et lui donner un rang 
élevé parmi les hommes dont nos annales bourbonnaises 
doivent enregistrer avec orgueil les noms. 



Notice biographique sur Henri Griffet, brochure de 
60 pages publiée dans le 8 e vol. du Bulletin de la 
Société d'Emulation de l'Allier, avec un portrait par 
M. Queyroy, 1863. 

Après un coup d'œil rapide jeté sur la vie et les] œuvres 
de trois autres membres de cette famille, le jésuite Claude 
Griffet, et les deux neveux Antoine-Gilbert Griffet de la 
Baume , infatigable traducteur, et Charles Griffet de la 
Baume mort à Nice, le 10 mars 1800, ingénieur des Alpes 
maritimes , M. Bouchard arrive au personnage qui fait 
tout particulièrement le sujet de cetteétude, à Henri Griffet, 
né à Moulins, le 9 octobre 1698, d'une famille ancienne 
dans la magistrature et l'étudié tour à tour comme théolo- 
gien, comme moraliste, comme orateur chrétien et comme 
historien. 

Disons avec les Siècles littéraires de la France de Deses- 
sarts : « qu'une mémoire heureuse, un esprit facile, joint 
à beaucoup d'amour pour le travail, donnèrent à Henri 
Griffet les moyens de se livrer avec succès à plusieurs 
genres de littérature. » Nous sommes heureux de pouvoir 



— 111 — 

ajouter, à la louange de notre compatriote « écrivain labo- 
rieux et estimable » que peu de vie fut mieux remplie par 
letude et par le travail : par l'étude des grands problèmes 
de l'existence humaine dans ses rapports avec Dieu et dans 
les rapports des hommes entre eux ; et par le travail par 
excellence, l'apostolat des âmes. A son exemple, sachons 
nous mettre au-dessus des préjugés et des passions humai- 
nes, et ne craignons pas de proclamer le mérite d'un 
de nos compatriotes, malgré sa qualité de membre d'une 
Société que l'histoire a depuis longtemps jugée. Si nous 
nous sommes étendu avec complaisance sur ce sujet, si 
nous avons extrait des œuvres Je Henri Griffet tant de 
pages, c'est que nous avons cru que, pour honorer sa mé- 
moire, nous devions surtout, et avant tout, fait revivre au 
milieu de nous, et dans leur style, des pensées aussi élevées 
et aussi pratiques que celles qu'il nous a léguées dans les 
différents ouvrages dont nous avons parlé. « Etablir, comme 
il le dit lui-même dans une de ses méditations pour chaque 
jour de l'année, le règne de Dieu dans son âme et s'il se 
peut dans celles des autres, » tel a été, si nous ne nous 
trompons, le but de la vie entière de notre compatriote. 
Quel monument n'aurions-nous pas élevé à sa mémoire, si 
cette pensée était entendue, si cet exemple était suivi ! 



Nous nous permettons de reproduire ici la note que 
M. le D r A. Mignot, lauréat de l'Institut, et l'un des fonda- 
teurs de l'hospice cantonal de Chantelle, a bien voulu faire 
paraître, sur ces deux dernières notices biographiques, 
dans le numéro du Mémorial de l'Allier, du 21 juin 1864. 

« Tirer de l'oubli le nom des hommes qui, à certaines 
époques, ont illustré une province, est, tout à la fois, une 
œuvre d'érudition et de patriotisme. Les générations, les 
yeux fixés vers l'avenir, négligent trop souvent le culte du 



— lli> - 

passé ; éprises des gloires et des idées nouvelles, elles igno- 
rent les richesses de leur propre héritage, et, lorsque la 
main d'un jeune savant remet en lumière la ligure de l'un 
de ces ancêtres remarquables tombés de leur piédestal, on 
la contemple avec une surprise mêlée d'orgueil. 

Ce travail réparateur pour la mémoire de deux de nos 
compatriotes, Biaise de Vigenère, savant traducteur du 
XVI e siècle, et le jésuite Henri Griffet, éloquent prédicateur 
et historien du XVIII e siècle, vient d'être accompli avec 
succès par M. Bouchard, avocat à Moulins, membre distin- 
gué de la Société d'Emulation. 

Le premier, né à Saint-Pourcain, eut une existence mul- 
tiple : la liste variée de ses productions porte bien le carac- 
tère de la science de son temps, plus nourrie d'hypothèses 
que de faits, de réminiscences que de découvertes, science 
confuse et mal réglée, comme le langage de ses écrivains, 
mais féconde, car elle préparait à la fois la réforme du lan- 
gage et celle de la science elle-même. Vigenère eut le mé- 
rite de contribuer par ses nombreuses et doctes traductions 
à cette renaissance littéraire qui caractérisera l'époque où 
il vécut, et la gloire d'être placé, par ses contemporains, 
au premier rang, après Amyot. 

Le portrait de Henri Griffet, né à Moulins, est présenté 
avec plus de détails. M. Bouchard apprécie dans une juste 
mesure et fait connaître par des extraits bien choisis, l'é- 
minent orateur chrétien, qui, sans égaler Massillon, dont 
il fut le successeur devant un auditoire royal, eut ses qua- 
lités propres et d'un genre différent, et peut encore être 
offert comme modèle : disons à la louange de sa ville na- 
tale, qu'elle lui a donné de nos jours, dans la chaire sacrée, 
de dignes continuateurs. A ces titres, il faut encore ajouter 
celui d'historien estimé. 

Il dut cependant partager les destinées de son ordre, 
banni par le Parlement, et se retirer à Bruxelles où il mou- 
rut. Les rigueurs qui attristèrent la dernière partie de sa 



— no — 
carrière achèvent à nos yeux d'honorer sa mémoire ; car il 
n'y a de véritable grandeur que celle que l'adversité à con- 
sacrée. — « C'est, dit un ancien, à la manière dont ils la 
supportent que se montrent la valeur et la différence des 
hommes. » 

En lisant cette intéressante notice biographique, on 
éprouve l'impression que traduit cette pensée de Lavater, 
qui lui sert d'épigraphe et à nous de conclusion : 

« Une vie morale, spirituelle, religieuse, excite aussi 
dans les autres des idées morales, spirituelles, religieuses. » 



Note lue à la Société d'Emulation de l'Allier, le 17 avril 
1863, sur un ouvrage de M. Rosseuw Saint-Hilaire, pro- 
fesseur à la Faculté des Lettres de Paris, auteur d'une 
histoire générale d'Espagne et membre correspondant 
de la Société, intitulé : Etudes religieuses et littéraires. 
(Paris, Dentu et Meyrueis, 1863, 1 vol. in-12). 

Contentons-nous de dire ici, que le morceau le plus 
considérable de ce recueil est une brochure, Ce qu'il faut 
à la France, publiée à la lois chez Dentu et dans la Revue 
Chrétienne, en février 1861. « On a beaucoup fouillé dans 
l'Histoire de France depuis quelque temps, dit M. Hosseeuw 
Saint-Hilaire, on s'est placé pour l'écrire à des points de 
vue nouveaux , la démocratie, le Tiers-État, les com- 
munes, etc 11 n'y en a qu'un qu'on ait oublié, c'est le 

point de vue de la religion ; or, c'est à celui-là que nous 
voulons nous placer. » Cette étude historique et religieuse 
est divisée en cinq parties. La première période va de 
Clovis à la mort de Saint-Louis ; c'est l'époque des croi- 
sades et avec elles de la piété militante. Les cloîtres et la 
lutte avec le Saint-Siège, c'est-à-dire de la mort de Saint- 



— 114 — 

Louis à la pragmatique sanction de Charles VII, forment 
la deuxième période. La troisième, de François I er à Riche- 
lieu, embrasse le Concordat et la Réforme. Le jansénisme 
et la révocation de ledit de Nantes forment la quatrième 
période qui se déroule de Richelieu à la mort de Louis XIV. 
La cinquième et dernière, de la mort de Louis XIV jusqu'à 
nos jours, est intitulée la France sans Dieu. « Dans cette 
revue trop rapide, lisons-nous dans la conclusion, deux 
traits saillants auront frappé tout esprit libre de préven- 
tions : il y a toujours eu de la piété en France, et cette 

piété a toujours fait fausse route 

Battue de tant d'orage, brisée sur tant 

d'écueils, notre pauvre France n'a plus qu'un port où elle 
puisse s'abriter, et ce port c'est l'Évangile ! » Et ailleurs : 

c Sans l'Evangile, tout en France est et restera 

frappé de stérilité, les lettres, les arts, les institutions poli- 
tiques et sociales ; sans lui, il n'y aura jamais pour notre 
pauvre pays, ni repos, ni sécurité, ni bien-être, ni gloire 
digne de ce nom. Ce que je dis ici, je l'ai dit partout, dans 
ma chaire comme dans mes livres, et je le répéterai, avec 
nue conviction toujours plus ardente, tant qu'il me restera 
un souffle de vie ; car Dieu m'a fait la grâce, que comme 
ce livre, ma vie entière converge maintenant vers un seul 
but ; et dussé-je ne pas l'atteindre, il me restera du moins 
la conscience d'y avoir tendu. » Quel but plus noble, plus 
élevé, et pour le dire en un seul mot, plus chrétien, peut- 
on donner à sa vie et à ses travaux ? La foi, une foi éclairée 
et ardente peut seule suggérer de telles pensées. Aussi, 
nous écrierons-nous avec M. Rosseuw Saint-Hilaire, dans 
une de ses leçons de la Sorbonne, la Restauration d'Israël : 
« Ah ! passons-nous de main en main, comme aux fêtes 
de la Grèce, ce flambeau sacré dont il faut raviver la 
flamme ! Luttons courageusement pour empêcher ces 
saintes traditions, la foi, le devoir, le dévouement, le sacri- 
fice, de disparaître du monde et de se laisser prescrire ! » 



— 115 — 

Le Musée de Moulins, (manuscrit.) 

Ce travail a été lu en grande partie déjà à la Société 
d'Émulation de V Allier (séances du 14 août 1863 et du 
2 décembre 1864) et sera bientôt complètement terminé. 
Faire connaître d'une manière générale et succincte les ri- 
chesses et les raretés de notre Musée, et tout particulière- 
ment celles de l'art céramique, tel est le mobile qui nous a 
engagé à entreprendre cette étude. Inutile de dire que 
toute prétention scientifique est loin de notre pensée et que 
ce n'est qu'une œuvre de vulgarisation que nous avons 
tentée. 



' Etude sur Bernard de Ventaclour et Bertrand de 
Born. 

Cette étude a été écrite pour répondre à une des ques- 
tions du programme des Assises scientifiques du centre, 
tenues à Limoges au mois de décembre dernier. Voici ce 
que nous lisons dans le numéro du jeudi 27 décembre 1866 
du Courrier du Centre (Haute-Vienne, Corrèze, Creuse), 
« M. le Préfet, ayant déclaré la séance ouverte, a invité 
M. Bouchard, secrétaire-général des Assises du Bourbon- 
nais, à lire un travail sur deux célèbres troubadours limou- 
sins : Bernard de Ventadour et Bertrand de Born. Ce tra- 
vail conciencieux. et élégant a été écouté avec intérêt. 
M. le Préfet a remercié l'orateur au nom de l'assemblée et 
en son nom particulier du plaisir qu'il a causé. » 



11() 



Vrticles i>arixs dans l.o Messager tic l'Allier 



Un bon livre. 

Sous ce titre, M. Bouchard se proposait de populariser 
le Manuel d'Agriculture que M. Théodore Chevalier venait 
de publier chez Desrosiers. Après avoir fait connaître la 
division de cet ouvrage tout élémentaire, il terminait son 
article, en disant, que cette publication, faite sous le pa- 
tronage de l'administration et de la Société d'Agriculture de 
l'Allier, était un encouragement donné aux personnes qui 
s'intéressent à nos populations rurales, et qui savent qu'a- 
vec le pain matériel, nous nous devons aussi le pain de 
l'intelligence, afin que l'homme s'élevant de plus en plus 
vers Dieu, vive en paix sur cette terre où il n'a été placé 
que pour se perfectionner. (Numéro du mercredi 10 février 
1858.) 



Collection de figurines en argile , œuvres pre- 
mières de l'art gaulois avec les noms des céramistes 
qui les ont exécutées, par Edmond ïudot, 1 vol. in-4°, 
Moulins, chez Desrosiers, Paris chez Rollin. 

L'ouvrage de M. Tudot , dont M. Bouchard a rendu 
compte dans trois articles successifs, se divise en deux 
i >ar ties principales : 1° Considérations générales au sujet 
des pièces de cette collection, et 2° description des planches. 
Au texte se trouve joint un atelas du même auteur qui ren- 



— 117 — 

ferme tous les objets en argile blanche trouvés dans le dé- 
partement de l'Allier. L'étude attentive de ce livre et l'exa- 
men intelligent des planches peuvent fournir de précieuses 
données à toutes les personnes qui s'intéressent à notre Bour" 
bonnais et qui étudient son histoire. 

Depuis lors, la mort est venue enlever, à ses travaux et 
à ses amis, cet artiste et ce travailleur infatigable. (Numéros 
des 27 décembre 1860, 4 et 6 janvier 1861.) 



Droit criminel à l'usage des Jurés. Science morale, 
code et vocabulaire du Jury par Gustave Bascle de 
Lagrèze, conseiller à la Cour impériale de Pau, Paris, 
1 vol. in-8° chez Cotillon. 

Populariser un livre comme celui-là, c'est rendre un 
véritable service à toutes les personnes qui peuvent être 
appelées à remplir les nobles et délicates fonctions de jurés. 
— Qu'attend de moi la Société ? Quelle garantie en exige- 
t-elle ? Voilà la double question que trop rarement se 
posent les hommes appelés à remplir les fonctions de jurés. 
Pour résoudre ces questions, M. de Lagrèze étudie et com- 
mente, en jurisconsulte et en moraliste profond , l'article 
312 du Code d'instruction criminelle , « admirable résumé 
des conditions sous lesquelles la Société leur remet ses 
pouvoirs. » En un mot, cet ouvrage clair, profond et simple 
tout à la fois, devrait être le vade-mecum du juré qui a à 
cœur de remplir ses devoirs avec intelligence et conscience. 
(Numéro du vendredi 24 mai 1861.) 



- US - 

Histoire de la fondation de l'hôpital cantonal de 
Chantelle par M. le D r A. Mignot, lauréat de l'Institut, 
l'un des fondateurs. 

L'histoire de la fondation de l'hôpital cantonal de Chan- 
telle est écrite, disons-le à la louange de son auteur, avec 
l'esprit et le cœur d'un philanthrope chrétien. Le but que 
M. le D r Mignot s'est proposé en l'écrivant et en la publiant, 
a été tout d'abord de faire connaître les moyens employés 
pour arriver à la réalisation de cette grande et bonne 
pensée, les difficultés inséparables d'une entreprise de ce 
genre, et les résultats précieux auxquels on était arrivé 
C'est encore là un exemple à populariser, car il peut sug- 
gérer à quelques autres personnes de bonne volonté, l'idée 
de prendre une initiative de ce genre, afin de doter leur 
canton d'une institution si utile. 

Cet ouvrage se vendait au profit de la fondation d'un 
hospice cantonal à Chantelle, aujourd'hui constitué. Pour- 
uivant son œuvre, M. le D r Mignot a fait paraître, en 186o. 
l'histoire du projet de fondation de cet établissement de 
bienfaisance, avec cette épigraphe : Soutenir les faibles, 
c'est l 'œuvre des forts. (Numéro du dimanche 5 avril 1863.) 



Cours de législation usuelle pour l'instruction pro- 
fessionnelle des ouvriers par Ch. Rameau, licencié 
en droit, officier d'académie, 1 vol. in-12, Paris, chez 
Napoléon-Chaix et C ie . 

Tout ce qu'il importe le plus à tout le monde de con- 
naître touchant 1p. droit civil, le droit commercial, indus- 
triel et administratif, se trouve renfermé dans ce petit 
volume de 314 pages dont le prix n'est que de 1 fr. — En 



— 119 — 

terminant son article, M. Bouchard s'exprimait ainsi : 
Assurément, voilà un livre bien propre à éclairer, à instruire 
et à moraliser le peuple, tout en lui faisant comprendre que 
partout et toujours le législateur surveille avec la plus 
grande vigilance l'intérêt du faible et de l'ignorant. Sa 
place est toute marquée dans ces bibliothèques populaires 
dont le gouvernement de l'Empereur s'occupe avec cette 
sollicitude qu'il sait apporter à tout ce qui a trait au bien- 
être matériel et moral des masses. (Numéro du mercredi 
24 juin 1863.) 



OEuvre de la commune de Frotey (Haute-Saône). 

A plusieurs reprises, M. Bouchard a cru devoir appeler 
l'attention des lecteurs du Message7' sur cette œuvre capi- 
tale et moralisatrice par excellence de créer une commune 
modèle, c'est-à-dire un centre de population dans lequel 
tout soit établi de façon à concourir au développement du 
corps, de l'esprit et du cœur de ses habitants. Telle est l'œu- 
vre sainte à laquelle a voué son intelligence et ses forces, 
un homme de bien et de bonne volonté, M. Auguste Guyard. 
Voulez-vous savoir quel est le moyen employé par notre 
philanthrope pour arriver à régénérer son pays natal ; mé- 
ditez ces paroles renfermées dans son Bulletin de l'OEuvre 
(5 e et 6 e livraisons) : « Il faut réformer les Sociétés, dit-il, 
non par des secousses révolutionnaires, mais par des évo- 
lutions pacifiques ; non par ces systèmes absolus qui veu- 
lent refondre la Société d'un bloc, mais par l'amélioration, 
pas à pas, des éléments constitutifs des Sociétés : l'individu, 
la famille, la commune. » Avec le digne enfant de Frotey 
et de la France, nous terminions notre premier article de 
propagande par ce chaleureux appel que nous voulons re- 
produire encore : « A l'œuvre donc, hommes d'intelli- 



— 120 — 

gence, de paix et de bon vouloir de toutes les religions et 
de toutes les sectes : sursum corda! Sortons un instant de 
1 etroitesse de nos dogmes particuliers, pour nous élever 
ensemble et communier sur les hauteurs au sein des 
dogmes universels ! Et si là, par hasard, il y avait encore 
des froissements, Excelsior! Montons plus haut ! Elevons- 
nous jusqu'à Dieu, source commune, principe fondamental, 
lien indissoluble des êtres; à Dieu, religion des religions, 
tolérance infinie de toutes les tolérances humaines. » 
L'œuvre de Frotey-les-Vezoul se fait principalement par 
des abonnements aux Lettres aux gens de Frotey (10 fr.), 
et au journal la Commune modèle (10 fr. par an). Les per- 
sonnes qui voudraient avoir ces lettres ou s'abonner au 
journal doivent s'adresser à M. A. Guyard, fondateur de 
l'œuvre, rue de Fleurus, 31, à Paris. Il est bon d'ajouter, 
en terminant, que certains autres ouvrages de M. Guyard 
se vendent aussi au profit de l'œuvre. (Numéros du 24 avril, 
du 12 juillet et du 14 août 1865). 



Société pour la propagation des connaissances 
utiles. 

S'il est une œuvre utile et moralisatrice par excellence , 
c'est bien celle de la vulgarisation des notions d'instruction 
et d'éducation que tous devraient posséder, pour pouvoir 
accomplir la tâche pour laquelle Dieu nous a tous placés 
ici-bas — Faire connaître le rapide développement de la 
Société pour la propagation des connaissances utiles, dont 
la création est due au zèle de M. Clairefond, son dévoué 
président, tenir le public au courant des améliorations 
apportées et des progrès réalisés dès la première année, tel 
était le but que se proposait M. Bouchard qui, en parlant 
de la séance d'ouverture de ces cours (19 mars 1865), s'ex- 



— 121 — 

primait ainsi : « C'est une heure qui comptera dans les 
fastes de notre cité ; elle sera là, comme le vivant témoi- 
gnage des généreuses tendances de notre époque , elle 
apprendra à ceux qui viendront après nous que Moulins 
n'a pas voulu rester en dehors du mouvement qui entraîne 
partout les esprits dans la voie du progrès. Relever l'homme, 
lui faire comprendre et cultiver les grandes facultés que 
Dieu lui a données, l'aider à s'en servir, mettre à sa portée 
les moyens de se perfectionner, de travailler avec plus de 
fruit, d'acquérir en un mot une somme de connaissances 
suffisantes pour agrandir son esprit et élever son âme, tel 
est le but que se proposent les personnes de bonne volonté 
qui ont bien voulu concourir à fonder cette institution. » 
Et ailleurs, « Mais ce n'est pas, hâtons-nous de le dire, 
seulement au point de vue pratique que ces cours sont faits, 
ils ont encore pour but d'élever et d'agrandir l'intelligence 
des personnes qui les suivent, au moyen de notions simples 
et claires, sur des sujets d'histoire, de géographie, de mo- 
rale et d'éducation ; et, par l'intelligence, on veut arriver 
au cœur, c'est-à-dire moraliser. C'est ainsi qu'en France, 
au xix e siècle, pour ne citer que quelques noms avec celui 
de M. Duruy, l'infatigable ministre de l'instruction publi- 
que, le baron de Gérando, Benjamin Delessert et Charles 
de Lasteyrie, hommes d'intelligence, de foi et de dévoue- 
ment , avaient compris l'instruction ; et qui peut nier 
qu'ainsi donnée, elle ne soit le meilleur remède contre ces 
idées de trouble et de désordres qui trop souvent tourmen- 
tent les esprits.^) (N (s des 20 mars, 12 juillet et 14 octobre 
1865.) 



Meeting en faveur des esclaves affranchis des Etats- 
Unis. 

En appelant l'attention des lecteurs du Messager sur le 
meeting de la salle Herz, nous avons eu, qu'il nous soit per- 



_ [22 

mis de le dire, un double but : engager nos concitoyens à 
se procurer une jouissance intellectuelle et morale en li- 
sant le numéro du 11 novembre dernier de la Revue des 
cours littéraires, qui contient in extenso tous les discours 
prononcés dans cette grande assemblée ; ensuite, et surtout, 
les inviter à adresser leurs offrandes à M me C. Coignet, tré- 
sorière et secrétaire du comité, 22, rue de Berri, à Paris. 
(N° du mardi 21 novembre 1865). 



Société de secours mutuels des ouvriers et ouvriè- 
res de la ville de Moulins. 

Avec les Sociétés pour la propagation des connaissances 
utiles et les caisses d'épargne,) les Sociétés de secours mu- 
tuels sont appelées à transformer, au double point de vue 
moral et matériel, la classe ouvrière si digne d'intérêt à 
tant d'égards. 

La Société actuelle des ouvriers de la ville de Moulins a 
été fondée le 4 juillet 1853, et, depuis lors, elle n'a cessé de 
voir s'accroître le nombre de ses membres, qui est aujour- 
d'hui de 457 (31 décembre 1866), dont 104 membres hono- 
raires et 353 membres participants. — Les recettes se sont 
élevées, en 1866, à la somme de ô,356 fr. 04 c, et les dé- 
penses à 6,248 fr. 95 c, dont 700 fr. versés à la caisse des 
retraites. Ces chiffres indiquent suffisamment le bien qui a 
été fait. 

Grâce à l'initiative et au zèle de M. Gillot, vice-président 
de la Société de secours mutuels des ouvriers, une Société 
du même genre a pu être fondée parmi nous, pour les ou- 
vrières, au mois de juillet dernier (1856). Quoique compo- 
sée actuellement que de 36 personnes (18 membres hono- 
raires et 18 membres participants), nous aimons à espérer 
qu'elle prospérera comme son aînée, les bienveillants pa- 



- 123 - 

tronages qui ont encouragé ses débuts en sont un sur ga- 
rant. 

Dans son rapport sur la situation morale et financière de 
la Société, pendant l'année 1864, M. Bouchard s'exprimait 
ainsi : « Le chiffre de nos dépenses, 5,040 fr. 04c, dit assez 
le bien que nous avons fait ; et, pour tout esprit impartial, 
il signifiera que le but que se propose notre Société est un 
but éminemment philanthropique et chrétien. C'est donc à 
vous, ouvriers, qui avez éprouvé les bienfaits de cette asso- 
ciation ou qui en comprenez toute l'efficacité, puisque vous 
en êtes membres, de faire une active propagande pour ap- 
peler à faire cause commune avec vous tous les ouvriers 
honnêtes et laborieux qui n'en sont pas encore, afin qu'eux 
aussi ils puissent profiter de tous les bienfaits de la mutua- 
lité 

. . , Avant de terminer, permettez-moi , Mes- 
sieurs, de vous rappeler que votre Société a des devoirs à 
remplir envers vous, et vous venez de voir comment elle 
les remplit; vous aussi, vous en avez à remplir envers elle. 
Chacun de vous doit se montrer lier d'être membre de cette 
Société, être jaloux de vivre de la vie d'un ouvrier honnête, 
probe et laborieux, en s'efforçant de résister à tout ce qui 
peut l'entraîner au mal, et en travaillant de toutes les for- 
ces de sa volonté au perfectionnement physique, intellec- 
tuel et moral de son être. » (N os du 15 février 1865, 3 fé- 
vrier 1866 et 28 janvier 1867) . 



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Bouchard, Ernest 

Les guerres de religion 
et les troubles de la 
fronde en Bourbonnais 



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